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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311606

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311606

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 3ème chambre
Avocat requérantL'HELIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juillet 2023, Mme E C, représentée par Me L'Helias, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel la préfète de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et l'a astreinte à se présenter au commissariat de police chaque mercredi à 15 heures durant la période de départ volontaire ;

2°) d'enjoindre à l'autorité compétente de réexaminer sa situation en lui remettant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à occuper un emploi, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité habilitée ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- son droit d'être entendue n'a pas été respecté ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention des Nations-Unies contre la torture ;

Sur la décision portant obligation de se présenter aux services de police :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2023, la préfète de la Mayenne conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens invoqués par la requérante sont infondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 janvier 2024.

Le président du tribunal a délégué à M. B les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants adoptée à New York le 10 décembre 1984 ;

- le traité sur l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 février 2024, à 11 heures, M. B a lu son rapport et constaté l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante camerounaise née le 8 avril 1993, entrée en France le 15 décembre 2018, s'est présentée en préfecture le 8 juin 2020 pour solliciter son admission au séjour au titre de l'asile. Statuant en procédure accélérée, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision du 31 mai 2022. Par une décision du 31 mai 2023, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par l'intéressée contre cette décision. Par un arrêté du 7 juillet 2023, dont Mme C demande l'annulation, la préfète de la Mayenne a refusé le renouvellement de son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et l'a astreinte à se présenter au commissariat de police chaque mercredi à 15 heures durant la période de départ volontaire

Sur le fondement de l'arrêté contesté :

2. Il résulte des dispositions de l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé ou qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 de ce code, à moins que l'intéressé ne soit titulaire d'une autorisation de séjour. En l'espèce, Mme C a vu sa demande d'asile rejetée, en sorte qu'elle se trouve dans le champ de ces dispositions.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour la préfète et par délégation, par Mme D A, directrice de la citoyenneté de la préfecture de la Mayenne. Par un arrêté du 2 mai 2023, publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète de la Mayenne a accordé à la directrice de la citoyenneté une délégation de signature à l'effet de signer, notamment, les obligations de quitter le territoire français prises à l'encontre de ressortissants étrangers en situation irrégulière et les décisions distinctes fixant le pays à destination duquel les personnes concernées peuvent être éloignées. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

4. En deuxième lieu, l'acte litigieux fait mention des considérations utiles de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de Mme C et des autres décisions qu'il comporte. Par ailleurs et nonobstant l'erreur matérielle concernant l'auteure de la demande d'asile en cause, dont se plaint la requérante, affectant les visas de l'arrêté litigieux, il ne ressort ni des énonciations de cet arrêté, qui fait état des éléments circonstanciés concernant Mme C, ni des autres pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée avant de prendre les décisions attaquées. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir que ces mesures sont insuffisamment motivées, ni qu'un tel examen n'a pas été opéré.

5. En dernier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Toutefois, en l'espèce, Mme C ne justifie d'aucune circonstance relative à sa situation qui aurait fait obstacle à ce que soit décidée la mesure d'éloignement attaquée et les mesures prises concomitamment ou sur son fondement, ou qui aurait pu conduire la préfète à ne pas les édicter. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

Sur les autres moyens de la requête :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, Mme C, qui a séjourné en France durant quelques années pour les besoins de l'examen de sa demande d'asile, ne conteste pas être la mère d'un enfant résidant au Cameroun et ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle particulière. Eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui protège le droit au respect de la vie privée et familiale ou est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoit la possibilité d'admettre exceptionnellement au séjour un étranger justifiant de considérations humanitaires ou d'un motif exceptionnel.

7. En second lieu, Mme C ne fait pas état d'éléments suffisamment précis et probants attestant de ce que la prise en compte de son état de santé aurait dû amener la préfète à saisir pour avis le collège des médecins de l'Office français pour l'immigration et l'intégration avant de prescrire son éloignement. Il ne ressort pas des pièces produites que la pathologie dont serait affectée l'intéressée présenterait un caractère avéré de gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne les autres décisions contestées :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de Mme C doit être écarté.

9. En second lieu, Mme C ne fait état d'aucun élément précis et circonstancié en vue d'établir qu'elle encourt un risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à Me L'Helias et à la préfète de la Mayenne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le magistrat désigné,

C. BLa greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. DUMONTEIL

N°2311606

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