Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 août 2023, Mme E... A... C..., représentée par
Me Renaud, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d’un mois à compter de la décision à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n’est pas suffisamment motivée et révèle un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur de fait dès lors que les enfants ne peuvent pas la suivre dans son pays d’origine et porte ainsi atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnaît les stipulations du paragraphe 1 article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de son éloignement sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée des mêmes vices de légalité externe que la décision portant refus de titre de séjour ;
- l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par la requérante n’est fondé.
Mme A... C... a été admise à l’aide juridictionnelle totale par une décision du
19 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Rimeu ;
- et les observations de Me Sachot, substituant Me Renaud, avocat de Mme A... C..., en présence de celle-ci.
Considérant ce qui suit :
Mme E... A... C..., ressortissante camerounaise née le 1er août 1990 est entrée en France en 2016. Elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique son admission exceptionnelle au séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 10 juillet 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office lorsque le délai sera expiré. Mme A... C... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».
Il ressort des pièces du dossier que Mme A... C... est arrivée en France en 2016 accompagnée de son fils B... C... né le 12 novembre 2014. L’enfant, sujet aux violences de sa mère et son compagnon, fait l’objet d’une mesure de placement depuis le 16 décembre 2022. Son second enfant, D... C... né en France le 16 mars 2023, a été placé provisoirement par une ordonnance du 22 mars 2023 du procureur de la République de Nantes suite à un signalement des services gynécologiques constatant la vulnérabilité de la mère et les difficultés rencontrées par celle-ci dans sa grossesse et depuis la naissance de l’enfant. Par trois ordonnances du 7 avril 2023 la juge des enfants auprès du tribunal judiciaire de Nantes, constatant la volonté de la mère d’être prise en charge dans un centre mère-enfant et estimant qu’il convient de privilégier cette orientation qui permet un suivi de l’évolution de l’enfant ainsi qu’un soutien de la mère dans ses responsabilités, a ordonné une mesure judiciaire d’investigation éducative à l’égard de D... C... ainsi que de sa situation familiale, une expertise psychiatrique de
Mme A... C... et a confirmé et renouvelé le placement de D... C... jusqu’au
31 décembre 2023 dans le cadre d’un accueil mère-enfant. A ainsi été ouvert un droit de visite régulier à raison de deux fois par semaine en présence d’un professionnel au bénéfice de
Mme A... C... pour laquelle la coordinatrice de l’aide sociale à l’enfance du département de la Loire-Atlantique atteste de son investissement. Il suit de là que, dans les circonstances particulières de l’espèce, les enfants de Mme A... C... ne peuvent ni la suivre dans son pays d’origine ni demeurer en France sans leur mère, qui constitue leur seul lien parental. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que l’arrêté attaqué porte atteinte à l’intérêt supérieur de ses enfants, garanti par le paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que Mme A... C... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 10 juillet 2023.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Loire-Atlantique délivre un titre de séjour à Mme A... C..., dans le délai d’un mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
Mme A... C... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que
Me Renaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er :
L’arrêté du 10 juillet 2023 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer un titre de séjour à Mme A... C..., dans le délai d’un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera à Me Renaud la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Renaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C..., au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Renaud.
Délibéré après l’audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Jégard, premier conseiller,
M. El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
La présidente-rapporteuse,
S. RIMEU
L’assesseur le plus ancien
dans l’ordre du tableau,
X. JEGARD
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,