vendredi 23 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2311636 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAUMETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés, les 2 août 2023 et 15 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Chaumette, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Allio-Rousseau, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Drouet, substituant Me Chaumette, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant malien né le 17 janvier 2004, déclare être entré irrégulièrement en France en août 2016, alors qu'il était âgé de seize ans. Il a fait l'objet d'une évaluation de minorité le 6 octobre 2020 par le département du Val-d'Oise, puis d'une ordonnance d'ouverture de tutelle le 4 mai 2021 le confiant aux service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire-Atlantique jusqu'à sa majorité. Alors qu'il a conclu un contrat jeune majeur avec le département de Loire-Atlantique à sa majorité, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 20 septembre 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Et aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
4. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
5. En premier lieu, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que les documents d'état civil produits par l'intéressé étaient apocryphes et qu'il ne justifiait pas, en conséquence, de son identité dans les conditions prévues par l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. A l'appui de sa demande de titre de séjour, le requérant a produit, pour justifier de son identité, un jugement supplétif n° 2 679 du 24 août 2020 rendu par le tribunal de grande instance de la commune II du district de Bamako (Mali), ainsi que le volet n° 3 de son acte de naissance n° 493 établi le 26 août 2020 pris en transcription de ce jugement supplétif.
7. Si le préfet fait valoir que le jugement supplétif fait l'objet d'un grattage et d'une modification de données, en s'appuyant sur un rapport de police des frontières en date du 20 janvier 2021, il ne ressort pas de la copie du jugement supplétif versé par le préfet dans la présente instance qu'il ait effectivement fait l'objet d'un grattage ou d'une modification quelconque des données. Si le préfet soutient en outre en ce qui concerne l'acte de naissance qu'une faute d'orthographe a été relevée au niveau de la rubrique verticale " OFFIER ", cette erreur est absente de l'acte de naissance qu'il produit en défense. S'agissant de cet acte, dont les mentions sont parfaitement concordantes avec le jugement supplétif du 24 août 2020, les circonstances que la date d'établissement de l'acte soit mentionnée en chiffres et non en toutes lettres comme le prescrit l'article 126 du code des personnes et de la famille malien et qu'il porte une mention " TGII " abréviation de " tribunal de grande instance de la commune II " alors que l'article 124 du même code prévoit l'interdiction d'abréviations dans les actes d'état civil ne sauraient suffire à remettre en cause son caractère probant. Par ailleurs, si le rapport de la police des frontières relève l'absence de numéro NINA, en dépit de la loi du 11 septembre 2006 portant institution du numéro d'identification nationale des personnes physiques et morales au Mali, cette irrégularité, à la supposer établie, ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les informations identiques contenues dans le jugement supplétif et l'acte de naissance. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'absence de "numérotation de la souche en typographie" ou de référence de l'imprimeur constitueraient des irrégularités de nature à remettre en cause la force probante des mentions de l'acte de naissance produit. Enfin si le préfet soutient que cet acte de naissance ne respecte pas les dispositions du décret 95/254 P-RM du 15 septembre 1999 portant code de la procédure civile, commerciale et sociale, il n'apporte aucune explication sur les dispositions qui auraient été méconnues.
8. Au regard de l'ensemble de ces éléments, les conclusions de la police aux frontières sur le jugement supplétif de naissance et l'acte de naissance dressé en transcription de M. B, dont les mentions concordent en tous points avec la carte consulaire délivrée par les autorités maliennes en France, ne suffisent pas à en établir le caractère frauduleux et à remettre en cause son identité. Il s'ensuit que le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que M. B ne justifiait pas de son identité et en refusant, pour ce motif, de lui délivrer la carte de séjour qu'il a sollicitée sur le fondement de l'article L. 435-3 du même code.
9. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a présenté sa demande de titre de séjour dans l'année suivant son dix-huitième anniversaire, a été confié à l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance d'ouverture de tutelle du juge des affaires familiales du tribunal judiciaire de Nantes le 7 mai 2021. Il est constant qu'à la date de la décision litigieuse, M. B suivait une formation professionnelle en alternance afin de lui permettre d'obtenir un CAP cuisine et qu'il donnait entière satisfaction tant à l'équipe pédagogique qu'à son éducatrice référente, étant décrit comme un élève qui progresse dans ses apprentissages. Bien que son niveau d'acquisition de la langue française pouvait être regardé comme faible au cours de l'année 2022, il ressort de l'attestation émise par sa professeure principale au sein du lycée professionnel auprès duquel il était inscrit que M. B adopte une posture ouverte et curieuse face à la langue et la culture françaises, et bénéficie d'une heure hebdomadaire supplémentaire de langue française à sa demande. De surcroît, il ressort des pièces du dossier que M. B a obtenu une attestation de réussite d'un certificat de langue française niveau A1. Enfin, l'absentéisme scolaire évoqué par le préfet de la Loire-Atlantique n'est pas établi. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique, en estimant qu'il ne justifiait pas d'une scolarité réelle et sérieuse, a entaché son refus de titre de séjour d'illégalité, sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que la décision du préfet de la Loire-Atlantique du 20 septembre 2022 refusant de délivrer un titre de séjour à M. B doit être annulée de même que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer le titre de séjour sollicité à M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans que le prononcé d'une astreinte soit nécessaire.
Sur les frais liés au litige :
12. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chaumette renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 septembre 2022 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B le titre de séjour qu'il a sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : L'Etat versera à Me Chaumette la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Chaumette renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Chaumette.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Benoist, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.
La présidente-rapporteure,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAUL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
L. FRELAUT
La greffière,
C. MICHAULT
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026