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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311647

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311647

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 août 2023 et 26 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la même date ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle se borne à lui reprocher la contestation de sa minorité à la date de son entrée en France, alors même que cette condition n'est pas requise au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cantié,

- et les observations de Me Dhieux, substituant Me Seguin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 2001, déclare être entré en France le 3 décembre 2017. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 5 juillet 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a refusé son admission au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Ces dispositions, qui ne prévoient ni ne prescrivent la délivrance d'un titre de plein droit, ni que l'étranger justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels est en droit de se voir délivrer un titre de séjour, laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né le 1er décembre 2001, est entré en France en 2017, à l'âge de seize ans. Dès son arrivée en France il a suivi des cours de français dispensés par le groupement des éducateurs sans frontières (GREF). Il a ensuite intégré l'Ecole de Production Agapè en vue d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en cuisine, après avoir suivi un semestre de CAP de service en salle en 2020. A l'issue de sa formation, dont il a obtenu le diplôme en 2022, il a été embauché en tant que cuisinier en contrat à durée indéterminée par la société " Restaurant le Buisson ", auprès de laquelle il avait effectué son stage de fin d'études. M. A justifie, par la production de bulletins de salaire pour la période allant de juillet 2022 à juillet 2023, avoir travaillé douze mois en continu pour cette entreprise à la date de la décision attaquée. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que le requérant était toujours employé par cette entreprise en mai 2024. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que son employeur s'est montré investi dans les démarches visant à sa régularisation, preuve de sa volonté de maintenir M. A en poste et de la satisfaction du travail qu'il fournit. Enfin, la cohérence de son projet professionnel ainsi que les attestations produites tant par ses professeurs que son employeur et les membres de l'association Asile et Partage font état de sa réelle motivation pour le métier de cuisiner. Ainsi, ces éléments confirment le sérieux et l'implication de M. A dans son parcours d'insertion socioprofessionnelle en France. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé l'admission au séjour de M. A, de même que, par voie de conséquence, les autres décisions que comporte l'arrêté en litige doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de Maine-et-Loire délivre à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Seguin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Seguin.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 juillet 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Seguin, avocat de M. A, la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Seguin et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 29 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe 19 novembre 2024.

Le président-rapporteur,

C. CANTIÉ

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

M. BARÈS

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. DUMONTEIL

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