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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311653

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311653

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantLASSORT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, ressortissant géorgien, qui contestait le refus de délivrance d'un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié. La commission de recours avait fondé son refus sur le motif que la demande de visa visait en réalité à permettre à l'intéressé de s'établir durablement en France. Le tribunal a jugé que ce motif était légal, car la possession d'une autorisation de travail ne fait pas obstacle à un refus de visa pour un tel motif, et que la décision n'était entachée d'aucune erreur d'appréciation ou de droit. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, en application des articles L. 5221-2 du code du travail et des stipulations de l'accord franco-géorgien du 12 novembre 2013.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2023, M. A B, représenté par Me Lassort, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 19 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'ambassade de France en Géorgie, refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié, a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité, ainsi que la décision consulaire ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dès la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Lassort au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'accord franco-géorgien relatif au séjour et à la migration circulaire de professionnels du 12 novembre 2013 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit, dès lors qu'il y a adéquation entre ses compétences et le poste proposé et qu'il n'y a pas de risque de détournement de l'objet du visa.

- le motif tiré du risque de détournement de l'objet du visa est entaché d'une erreur d'appréciation et méconnaît à cet égard les articles L. 312-2 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a vocation à s'installer durablement en France ;

- la décision de la commission méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 08 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 octobre 2023 à 17 heures.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a produit un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2024, qui n'a pas été communiqué.

Le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de M. B par une décision du 26 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Glize a été entendu au cours de l'audience publique du 8 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de salarié en se prévalant d'une autorisation de travail pour un emploi d'ouvrier de la maçonnerie en contrat à durée indéterminée. Cette demande a été rejetée par une décision de l'ambassade de France en Géorgie le 13 avril 2023. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ce refus, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité par une décision du 19 juillet 2023, laquelle, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée à la décision consulaire. Le requérant doit donc être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de cette seule décision expresse de rejet.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de cette loi : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Par une décision du 26 avril 2024, postérieure à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de M. B. Par suite, les conclusions tendant à ce que lui soit accordée l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Pour refuser la délivrance du visa sollicité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que la demande de visa en qualité de salarié a pour objet de permettre à l'intéressé de s'établir durablement en France.

5. Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général.

6. M. B s'est vu délivrer, le 2 novembre 2022, une autorisation de travail pour occuper, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, un poste d'ouvrier de la maçonnerie au sein de la société " les rénovateurs girondins du bâtiment ", à compter d'une date prévisionnelle fixée au 3 octobre 2022. La circonstance que l'intéressé a fait l'objet, en 2019, d'une obligation de quitter le territoire français à la suite d'une demande d'asile qui a été rejetée, n'est pas de nature à établir un risque avéré de détournement de l'objet du visa sollicité à des fins migratoires, dès lors que M. B a vocation à s'installer en France compte tenu de la nature du visa sollicité ainsi que de la durée du contrat envisagé. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. Il résulte de ce tout qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. La demande de M. B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle a été rejetée par décision du bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 19 juillet 2023 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. B le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Lassort.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

Mme Glize, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.

La rapporteure,

J. GLIZE

La présidente,

M. LE BARBIERLa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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