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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311688

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311688

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 7 août 2023 et le 18 juillet 2024 sous le numéro 2311688, M. F E G et Mme C D B, agissant en leurs noms propres et en qualité de représentants légaux des enfants D F E,

E F E, G F E, H F E, J F E, K F E, représentés par Me Le Floch, demandent au tribunal :

1°) d'admettre M. E G au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 6 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'ambassade de France en Ethiopie, refusant de délivrer à Mme D B et aux enfants D F E, E F E, G F E, H F E, J F E, K F E des visas de long séjour au titre de la réunification familiale, a, à son tour, refusé de délivrer les visas sollicités ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen des demandes de visas, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle ou d'admission à l'aide juridictionnelle partielle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser au requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas établi que la commission était régulièrement composée lors de la séance au cours de laquelle la décision attaquée a été prise ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de fait s'agissant du caractère partiel de la réunification et méconnaît les dispositions de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation.

Il fait valoir qu'il a pris attache avec l'autorité consulaire française à Addis Abeba (Ethiopie) afin que les visas sollicités soient délivrés.

M. E G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2024.

II. Par une requête enregistrée le 20 mars 2024 sous le numéro 2404248, M. F E G, et Mme C D B, agissant en leurs noms propres et en qualité de représentants légaux de l'enfant I F E, représentés par Me Le Floch, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'ambassade de France en Ethiopie refusant de délivrer à l'enfant I F E un visa de long séjour au titre de la réunification familiale, a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de la demande de visas, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas établi que la commission était régulièrement composée lors de la séance au cours de laquelle la décision attaquée a été prise ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de fait s'agissant du caractère partiel de la réunification et méconnaît les dispositions de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation.

Il fait valoir qu'il a pris attache avec l'autorité consulaire française à Addis Abeba (Ethiopie) afin que le visa sollicité soit délivré.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Glize a été entendu au cours de l'audience publique du 2 septembre 2024.

Deux notes en délibéré, présentées pour les requêtes enregistrées sous les n° 2311688 et n° 2404248, ont été enregistrées le 12 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. E G, ressortissant somalien, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 mai 2018. Des visas de long séjour ont été sollicités au titre de la réunification familiale pour son épouse Mme D B, et pour ses enfants, D F E, E F E, I F E, G F E, H F E, J F E, K F E, auprès de l'ambassade de France en Ethiopie, laquelle a refusé de délivrer les visas sollicités. Saisie de recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions de refus, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, a, à son tour, refusé de délivrer les visas sollicités pour Mme D B, et les enfants,

D F E, E F E, G F E,

H F E, J F E, K F E, par une décision du 6 juillet 2023, puis par une décision implicite née le 29 février 2024 s'agissant I F E. Les requérants demandent au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2311688, et n° 2404248, relatives à deux décisions rejetant les demandes de visas de long séjour, concernent la même procédure de réunification familiale, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

3. Si le ministre de l'intérieur fait valoir qu'il a pris attache avec l'autorité consulaire française à Addis Abeba afin que des visas de long séjour au titre de la réunification familiale soient délivrés à Mme D B, ainsi qu'aux enfants, D F E, E F E, I F E, G F E, H F E, J F E, K F E, , il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date du présent jugement, les visas auraient été délivrés. Par suite et alors que le ministre n'apporte aucun autre élément de nature à établir que les présentes requêtes seraient désormais dépourvues d'objet, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle dans le cadre de la requête n° 2311688 :

4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de cette loi : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

5. Par une décision du 26 mars 2024, postérieure à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. E G le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que lui soit accordée l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. ".. Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables () ". Enfin, aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ".

7. A résulte de ces dispositions que le regroupement familial doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'une réunification familiale partielle ne peut être autorisée à titre dérogatoire que si l'intérêt des enfants le justifie. L'intérêt des enfants doit s'apprécier au regard de l'ensemble des enfants mineurs du couple, qu'ils soient ou non concernés par la demande de réunification. C'est au ressortissant étranger qu'il incombe d'établir que sa demande de réunification familiale partielle est faite dans l'intérêt des enfants.

8. D'une part, pour refuser la délivrance des visas sollicités au profit de Mme D B et de ses enfants, D F E, E F E, G F E, H F E, J F E, K F E, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré du caractère partiel de la réunification familiale, dès lors qu'aucune demande de visa n'a été déposée pour I F E. D'autre part, aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. ". Pour refuser la délivrance du visa au profit I F E, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui est réputée s'être approprié les motifs de la décision consulaire, s'est également fondée sur le motif tiré du caractère partiel de la réunification familiale.

9. S'il ressort du formulaire de renseignements du bureau des familles de réfugiés, complété par le réunifiant le 22 février 2022, qu'à cette date aucune demande de visa n'avait encore été déposée pour I F, il est toutefois constant qu'une demande de visa a été déposée pour cette dernière auprès de l'autorité consulaire française à Addis-Abeba au plus tard le 27 juin 2023, date à laquelle un justificatif de paiement des frais de dossiers a été édité. A la date des deux décisions attaquées, la réunification familiale ne présentait dès lors pas de caractère partiel. Dans ces conditions, et alors que l'identité des demandeurs de visas et leur lien familial avec le réunifiant n'est pas remis en cause, les requérants sont fondés à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'erreurs de fait.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que des visas de long séjour soient délivrés à Mme D B, à D F E, E F E, à I F E, à G F E, H F E, à J F E et à K F E. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

12. M. E G a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de l'instance n° 2311688. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Me Le Floch, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat dans le cadre de l'instance n° 2404248 la somme de 500 euros à verser à M. E G au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2311688 tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 6 juillet 2023 et la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 29 février 2024 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités à Mme D B, à D F E, à E F E, à I F E, à G F E, à H F E, à J F E et à K F E, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Le Floch la somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : L'Etat versera à M. F E G la somme de 500 (cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. F E G, à Mme C D B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Le Floch.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

Mme Glize, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La rapporteure,

J. GLIZE

La présidente,

M. LE BARBIERLa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2311688, 2404248

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