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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311798

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311798

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 août et 13 novembre 2023, M. B A et M. C A, représentés par Me Bourgeois, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 14 mars 2023 de l'autorité consulaire française à Kinshasa (République démocratique du Congo) refusant de délivrer à M. C A un visa de long séjour en qualité de membre de la famille d'un réfugié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ce visa, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée faute pour cette commission d'avoir répondu à la demande de communication des motifs dans le délai d'un mois prévu par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'identité du demandeur de visa et son lien familial avec le réunifiant sont établis ;

- le motif tiré de ce que la demanderesse ne serait pas éligible à la procédure de réunification familiale est entaché d'une erreur de droit ;

- le motif tiré de ce que le demandeur de visa n'est pas éligible, en raison de son âge, à la réunification familiale, est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences sur leur situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, le principe de l'unité de famille et le droit au regroupement familial protégé par la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A et M. A ne sont pas fondés.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Heng,

- les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public,

- et les observations de Me Rombout, substituant Me Bourgeois, représentant M. A et M. A.

Une note en délibéré a été enregistrée pour les requérants le 1er juillet 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 26 juillet 2013. Son fils, M. C A, ressortissant de même nationalité né le 1er janvier 2002, a déposé une demande de visa de long séjour, auprès de l'autorité consulaire française à Kinshasa (République démocratique du Congo) au titre de la réunification familiale. Par une décision du 14 mars 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa sollicité. Par une décision du 13 septembre 2023, dont M. A et M. A demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

3. Il résulte de ce qui précède que, la décision expresse de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'étant substituée à la décision implicite initialement intervenue, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision implicite tiré de l'absence de communication de ses motifs ne peut qu'être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, pour rejeter le recours administratif préalable obligatoire introduit par le conseil des requérants, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'étant âgé de plus de dix-neuf ans le jour du dépôt de la demande de visa et étant issu d'une union antérieure, M. C A n'est pas éligible à la procédure de réunification familiale.

5. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire () / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Aux termes de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais () ". Pour l'application de ces dispositions, l'article R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La demande de réunification familiale est initiée par la demande de visa des membres de la famille du réfugié ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire mentionnée à l'article L. 561-5. Elle est déposée auprès de l'autorité diplomatique ou consulaire dans la circonscription de laquelle résident ces personnes ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'âge de l'enfant pour lequel il est demandé qu'il puisse rejoindre son parent réfugié sur le fondement de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être apprécié à la date de la demande de réunification familiale, c'est-à-dire à la date à laquelle est présentée la demande de visa à cette fin, sans qu'aucune condition de délai ne puisse être opposée. La circonstance que cette demande de visa ne peut être regardée comme effective qu'après son enregistrement par l'autorité consulaire, qui peut intervenir à une date postérieure, est sans incidence à cet égard. Par ailleurs, lorsqu'une nouvelle demande de visa est déposée après un premier refus définitif, il convient, pour apprécier l'âge de l'enfant, de tenir compte de cette demande, et non de la première demande.

7. Il est constant que M. C A, né le 1er janvier 2002, ne s'est pas présenté au rendez-vous prévu le 26 juin 2019, auquel il avait été convié par l'autorité consulaire française à Kinshasa, afin de déposer des demandes de visa avec sa mère, son frère et sa sœur. Si les requérants font valoir que la famille n'a pu honorer ce rendez-vous en raison de l'épidémie de covid-19, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à cette date, cette épidémie aurait empêché la réalisation de ce rendez-vous, ni que le consulat ne recevait alors plus de public. Par ailleurs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que, à supposer qu'un des membres de cette famille aurait contracté une pathologie liée à ce virus rendant difficile le déplacement à ce rendez-vous, ils auraient informé le consulat de l'impossibilité de s'y présenter, ni sollicité son report, alors au demeurant que les convocations à ce rendez-vous comportaient un lien permettant d'en modifier la date ou de l'annuler. En raison de ce silence et eu égard à l'interruption de toutes démarches jusqu'au 26 mai 2021, date à laquelle la mère, le frère et la sœur de M. C A ont déposé de nouvelles demandes de visas, ce dernier doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement renoncé à la demande de visa introduite en 2019. Par suite, sa demande ne peut être regardée comme ayant été introduite en 2019, ni comme ayant fait l'objet d'un enregistrement de sorte qu'aucune décision implicite de rejet n'a pu naître. Si les requérants font également valoir que l'autorité consulaire aurait refusé d'enregistrer la nouvelle demande de visa que M. C A aurait déposé concomitamment à celle de sa famille le 26 mai 2021, il est constant qu'à cette date, ce dernier était déjà âgé de plus de dix-neuf ans et il ne ressort par ailleurs d'aucune des pièces du dossier que les requérants auraient de nouveau tenté de contacter l'ambassade de France entre les mois de juin 2019 et de mai 2021. Dans ces conditions, et dès lors que l'inaction ainsi constatée et l'inaboutissement de la procédure entamée en 2019 ne sont pas imputables à l'administration, il y a lieu de se placer, pour apprécier l'âge de M. C A, à la date de sa seconde demande, soit en 2023. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation ni porter atteinte au principe d'unité de famille que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu se fonder sur ce motif pour rejeter la demande de visa. Il résulte de l'instruction que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

8. En troisième lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de ce que l'identité de M. C A et le lien de filiation les unissant sont établis, dès lors que la décision attaquée n'est pas fondée sur un tel motif.

9. En quatrième lieu, les requérants n'apportent que peu d'éléments relatifs à la situation concrète de M. C A en République démocratique du Congo depuis le départ, en 2023, de sa mère, de son frère et de sa sœur, les mandats de transferts d'argent, extraits de conversation et photographies datant majoritairement d'avant leur départ. Ainsi, compte tenu de ce qui précède, et alors que M. B A est protégé en France depuis 2013, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

10. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration n'aurait pas pris en considération la qualité de réfugié de M. B A, en méconnaissance de la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe premier de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est inopérant dès lors que M. C A était majeur à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, et à supposer que ce moyen vise son frère et sa sœur mineurs, les pièces produites ne permettent pas d'établir une continuité des liens unissant la fratrie depuis le départ de ces derniers pour la France.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles qui sont relatives aux frais liés au litige doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à M. C A, à Me Bourgeois et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

La rapporteure,

H. HENGLa présidente,

M. LE BARBIER

La greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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