lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2311801 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | MEGHERBI |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 9 août 2023 sous le numéro 2311801, M. B A, représenté par Me Megherbi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 2 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 5 avril 2023 de l'autorité consulaire française à Annaba (Algérie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de visiteur, ainsi que cette décision consulaire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer ce visa dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est entachée d'un défaut d'examen ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation s'agissant de ses ressources ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation s'agissant des conditions de son séjour ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 12 de la déclaration universelle des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée est également fondée sur le motif tiré de l'absence de justification de la nécessité d'un séjour permanent en France.
II. Par une requête enregistrée le 9 août 2023 sous le numéro 2311802, Mme C A, représentée par Me Megherbi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 2 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 5 avril 2023 de l'autorité consulaire française à Annaba (Algérie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de visiteur, ainsi que cette décision consulaire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer ce visa dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation s'agissant de ses ressources ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation s'agissant des conditions de son séjour ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 12 de la déclaration universelle des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée est également fondée sur le motif tiré de l'absence de justification de la nécessité d'un séjour permanent en France.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Heng a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A et Mme C A, ressortissants algériens, ont présenté des demandes de visa de long séjour en qualité de visiteurs auprès de l'autorité consulaire française à Annaba. Par deux décisions du 5 avril 2023, cette autorité a refusé de leur délivrer ces visas. Par des décisions implicites nées le 2 juillet 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires. M. A et Mme A demandent l'annulation de ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2311801 et n° 2311802, présentées par M. A et Mme A présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de l'autorité consulaire française à Annaba :
3. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, les décisions implicites nées le 2 juillet 2023 de cette commission se sont substituées aux décisions consulaires. Il en résulte que les conclusions des requêtes doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre les décisions de la commission de recours.
Sur le surplus des conclusions :
4. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article D 312-8-1 du même code dispose que : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".
5. D'une part, en l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où un visa de long séjour demandé en qualité de visiteur et visiteuse peut être refusé, il ne saurait être reproché à la décision refusant la délivrance d'un tel visa de ne pas mentionner les considérations de droit qui lui servent de fondement. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entendu fonder ses décisions sur le motif opposé par les décisions du 5 avril 2023 de l'autorité consulaire française à Annaba, tiré du caractère incomplet et/ou non fiable des informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé. Ce motif, qui s'apprécie nécessairement au regard de l'objet de la demande dont les requérants ont saisi cette autorité consulaire, ainsi qu'au regard des justificatifs produits à cette fin, les met à même de contester utilement le refus de visa pris à leur encontre. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France visant M. A est entachée d'un défaut d'examen dès lors qu'elle indique comme fondement un visa de court séjour, il résulte des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fondé sa décision sur le motif opposé par la décision consulaire, laquelle s'est placée dans le cadre d'analyse correspondant à la demande. En outre, il ne ressort pas des éléments du dossier que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation individuelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " (). ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles () 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité et un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné des pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".
8. M. A et Mme A soutiennent vouloir se rendre en France pour une durée supérieure à trois mois afin de rendre visite à la famille de M. A. Les requérants produisent une attestation d'hébergement manuscrite, des justificatifs de leur activité professionnelle en Algérie, ainsi que des justificatifs de leurs revenus et de leurs actifs fonciers, ainsi qu'une attestation d'assurance. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les informations présentées à l'appui de la demande de visa seraient incomplètes ou ne seraient pas fiables, l'administration n'apportant au demeurant aucune précision quant à la teneur de ce motif. Dans ces conditions, M. A et Mme A sont fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation.
9. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas les requérants d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
10. Dans ses mémoires en défense, communiqués aux requérants, le ministre fait notamment valoir que les demandeurs ne justifient pas de la nécessité de leur long séjour en France.
11. L'étranger désirant se rendre en France et qui sollicite un visa de long séjour en qualité de visiteur doit justifier de la nécessité dans laquelle il se trouve de résider en France pour un séjour de plus de trois mois. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où ce visa peut être refusé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises, saisies d'une telle demande, disposent, sous le contrôle par le juge de l'excès de pouvoir, d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, tel que le détournement de l'objet du visa, mais aussi sur toute considération d'intérêt général.
12. Si M. A et Mme A soutiennent qu'ils ont sollicité la délivrance de visas de long séjour " établissement privé / visiteur " afin de pouvoir séjourner en France plus de trois mois et de passer ainsi plus de temps avec leur famille y résidant, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A s'est vu délivrer de nombreux visas de court séjour pour la France dont le dernier, un visa de court séjour multi-circulation d'une durée de deux ans, lui permettait de voyager entre la France et l'Algérie pour une durée de 90 jours maximum sur une période de 180 jours à compter du 20 novembre 2021. Par ailleurs, les requérants ne justifient pas, par les pièces produites, de la nécessité pour M. A de disposer simultanément d'un visa de long séjour " visiteur " ni, pour Mme A, de la nécessité d'un séjour de plus de trois mois en France. Le motif invoqué par le ministre est, ainsi, de nature à fonder légalement les décisions attaquées. Dans ces conditions, il y a lieu de procéder à la substitution de motif demandée, laquelle n'a privé les requérants d'aucune garantie.
13. En troisième lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de ce qu'ils disposent des ressources pour financer leur séjour en France, la décision attaquée n'étant pas fondée sur un tel motif.
14. En quatrième lieu, il est constant que M. A peut se rendre en France pour une durée de 90 jours maximum sur une période de 180 jours. Par ailleurs, il n'est ni établi ni même allégué que la famille et les proches des requérants ne pourraient leur rendre visite en Algérie. Par suite, et alors que les requérants se sont au demeurant vu délivrer postérieurement aux décisions attaquées des visas de court séjour de circulation d'une durée de validité de deux ans, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. En dernier lieu, les requérants ne sauraient utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 12 de la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations-Unies, lequel est dépourvu d'effet direct en droit interne.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A et Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également l'être.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A et Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
Mme André, première conseillère,
Mme Heng, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.
La rapporteure,
H. HENGLa présidente,
M. LE BARBIERLa greffière,
A. VOISIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2,231180
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026