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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311857

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311857

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 août 2023, M. D C, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ; le préfet ne justifie pas de la disponibilité des soins dans son pays d'origine ; le préfet ne fait pas référence à l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- il revient au préfet de démontrer que la procédure prévue par les articles R. 425-12 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a bien été respectée, que le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a établi un rapport sur son état de santé n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant émis l'avis dont le préfet se prévaut, que l'avis rendu l'a bien été à l'issue d'une délibération collégiale, que les signatures apposées par les médecins sur l'avis sont lisibles et présentent des garanties d'authenticité ;

- le préfet a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le traitement dont il a besoin n'est pas disponible au Cameroun eu égard à la défaillance dans ce pays des infrastructures sanitaires, à l'absence de professionnels ainsi qu'à la difficulté d'accès aux médicaments ; quand bien même il pourrait y avoir accès, ce traitement serait excessivement coûteux ; ses problèmes de santé sont en lien avec des événements traumatisants s'étant déroulés au Cameroun de telle sorte que, s'il est renvoyé dans ce pays, son état de santé se

dégradera très fortement ;

- le préfet a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la circulaire du 28 novembre 2012 et a porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il justifie d'une installation durable et de l'ancrage de sa vie familiale sur le territoire français où vivent sa femme et ses trois enfants dont deux sont scolarisés en France depuis trois ans ; présent en France depuis 7 ans, il remplit parfaitement les conditions fixées par la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation en vertu de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; dès lors que son état de santé nécessite qu'il soit suivi médicalement en France, il lui est impossible de se rendre dans un autre pays ; en cas de retour au Cameroun, il risque d'être retrouvé par les personnes qui le menaçaient ; du fait de sa maladie mentale, il risque d'être stigmatisé ; ainsi, ses craintes de subir des traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont réelles ; cette circonstance humanitaire justifie la délivrance d'un titre de séjour ;

- le préfet n'a pas examiné le risque de violation de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, au regard de l'intérêt supérieur de ses enfants ; ceux-ci n'ont aucun souvenir du Cameroun ; leur intérêt supérieur commande qu'ils restent en France ; ils y ont retrouvé de la stabilité après que les deux aînés ont été séparés de leur père durant leur parcours d'exil ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en ce qui concerne son état de santé et la disponibilité des soins au Cameroun ; la question de savoir s'il entre dans le champ d'application du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aurait dû faire l'objet d'un examen particulier ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- le préfet a méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il incombe à la partie adverse de démontrer sur quels éléments elle s'est fondée pour considérer qu'il pourrait avoir accès à son traitement médical au Cameroun ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- elle n'est pas suffisamment motivée au regard des risques qu'il encourt en cas de retour au Cameroun ; le préfet s'est abstenu d'examiner sa situation au regard des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a méconnu les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a pas examiné son état de santé au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 juin et 18 novembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par un courrier du 6 novembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été invité à produire l'entier dossier au vu duquel s'est prononcé son collège de médecins dans le cadre de sa demande d'avis sur l'état de santé de M. C.

Des pièces, enregistrées le 15 novembre 2024, ont été présentées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et communiquées.

Des observations, enregistrées le 21 novembre 2024, présentées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ont été communiquées.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté de la ministre des affaires sociales et de la santé et du ministre de l'intérieur du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 29 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant camerounais né le 6 août 1984, est entré irrégulièrement en France en 2017. Le 23 décembre 2021, il a demandé au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour pour raison de santé au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé, dans son avis du 17 mai 2022, que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il pouvait bénéficier au Cameroun d'un traitement approprié. Faisant sien cet avis, le préfet, par un arrêté du 30 septembre 2022, a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Cameroun comme pays de renvoi. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 5 septembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il retrace le parcours de M. C depuis son arrivée sur le territoire français et mentionne les raisons ayant conduit le préfet de la Loire-Atlantique à estimer qu'il ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant refus de séjour manque en fait et doit être écarté. Il ressort de cette motivation que le préfet de la Loire-Atlantique a bien procédé à un examen préalable suffisamment approfondi de la situation particulière de M. C.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". L'article R. 425-12 dudit code prévoit que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article (). / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Les dispositions précitées instituent une procédure particulière à l'issue de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'OFII, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

6. Il ressort de l'avis du 17 mai 2021 émis par le collège de médecins de l'OFII, versé à l'instance par le préfet, que le médecin, auteur du rapport sur l'état de santé de M. C, n'a pas siégé au sein de ce collège, composé de trois autres médecins ayant rendu leur avis au vu de ce rapport. L'identité de ces trois médecins et leurs signatures figurent de façon lisible sur l'avis. Aucun élément avancé par le requérant ne permet ne remettre en cause l'authenticité de ces signatures qui ne sont pas des signatures électroniques devant satisfaire aux conditions énoncées par les articles 2367 du code civil et L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration. La circonstance, invoquée par M. C, que les trois médecins membres du collège n'auraient pas rendu chacun leur avis à l'issue d'un échange entre eux est, à la supposer établie, compte tenu des règles énoncées au point 5, inopérante. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'avis du collège des médecins de l'OFII aurait été émis à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.

7. En troisième lieu, comme il a été dit, le collège des médecins de l'OFII, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9, doit émettre son avis au vu notamment du rapport médical établi par le médecin rapporteur. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par ledit collège. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

8. Comme il a été dit, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé, en se fondant sur l'avis du collège médical de l'OFII, que si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment du certificat du 4 novembre 1922 de la psychiatre qui suit M. C, que celui-ci présente un trouble bipolaire. Selon ce certificat rédigé peu après la prise de l'arrêté attaqué, l'état clinique du requérant était stable, du fait d'un suivi psychiatrique bien investi, dont il honorait chacun des rendez-vous, ainsi que d'un traitement thymorégulateur pris quotidiennement, composé des médicaments Abilify et Tercian. La psychiatre a simplement relevé que la situation sociale précaire de l'intéressé constituait un facteur fragilisant son rétablissement. Le requérant soutient qu'il ne pourra pas avoir accès au Cameroun à un traitement approprié car ces médicaments ne figurent pas sur la liste des médicaments essentiels au Cameroun, les infrastructures sanitaires sont défaillantes au Cameroun, le nombre de psychiatres y est insuffisant et l'accès aux médicaments y est difficile. Il ressort toutefois des éléments produits par l'OFII que le requérant, qui est originaire de Douala, peut bénéficier dans cette ville d'un suivi ambulatoire et d'hospitalisations, si besoin, du fait de l'existence de plusieurs établissements disposant d'un service de santé mentale (hôpital de la Quintinie) ou de professionnels en santé mentale (polyclinique de la Gare, hôpital catholique). S'agissant du traitement, l'OFII indique que, selon les recherches internet, l'aripiprazole (Abilify) est disponible au Cameroun et à Douala dans les pharmacies Gabriel et La Coupole. Quant au Tercian, il peut, selon l'Office, être aisément remplacé par d'autres médicaments anxyolitiques tels que le Diazepam qui est disponible au Cameroun, notamment dans certaines pharmacies de Douala. Par ailleurs, si M. C se prévaut du coût excessif des traitements et d'une pénurie de ceux-ci au Cameroun, il n'assortit cette affirmation générale d'aucun élément propre à sa situation permettant d'établir que ces circonstances, à les supposer établies, lui interdiraient l'accès effectif à un traitement approprié. Ainsi, les pièces médicales ainsi que les rapports et articles de presse à caractère général dont se prévaut M. C ne peuvent suffire à infirmer l'avis émis collégialement par les médecins de l'OFII. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant de délivrer un titre de séjour pour raison de santé au requérant, n'a ni méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur d'appréciation sur les possibilités d'accès effectif aux soins au Cameroun au regard de son état de santé.

10. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait invoqué dans sa demande de titre de séjour, outre l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice de dispositions relatives à la délivrance de titres de séjour pour un motif familial ou bien, en cas de rejet de sa demande, l'existence d'une atteinte à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le refus de séjour méconnaîtrait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relatifs au droit au respect de la vie privée et familiale, ne peuvent être utilement invoqués pour contester la légalité de la décision portant refus de séjour. Eu égard au fondement de la demande de titre de séjour, qui n'était en relation qu'avec l'état de santé de M. C, le préfet de la Loire-Atlantique pouvait légalement s'abstenir d'examiner sa situation au regard des stipulations de ces articles.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

12. M. C fait valoir qu'il est père de trois enfants, les deux premiers nés au Cameroun en 2013 et 2015 et le troisième né en France le 12 janvier 2022. Il indique que les aînés sont scolarisés en France, n'ont plus de souvenir du Cameroun et se trouvent dans une situation familiale stable auprès de leurs parents après avoir été séparés de leur père, durant leur parcours d'exil, de 2015 à 2020. Il soutient que leur intérêt supérieur commande qu'ils restent en France. Toutefois, comme il a été dit, l'intéressé n'a demandé qu'un titre de séjour pour raison de santé. La décision attaquée refusant de délivrer ce titre de séjour n'a pas pour effet de séparer M. C de ses enfants. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une circonstance particulière s'opposerait à ce que la cellule familiale se reconstitue au Cameroun. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point 9 sur la disponibilité au Cameroun d'un traitement médical approprié à l'état de santé du requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour raison de santé, le préfet aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants et les stipulations citées au point précédent.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour étant écartés, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ".

15. Comme il a été dit au point 3, la décision portant refus de séjour, opposée à M. C par l'arrêté attaqué, est suffisamment motivée. En application des dispositions citées au point précédent, la décision portant obligation de quitter le territoire français, fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette obligation doit, par suite, être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3, dans sa rédaction alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

17. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, M. C n'est pas fondé à soutenir que son état de santé ferait obstacle à son éloignement. Par suite, le moyen tiré par le requérant de la méconnaissance des dispositions, citées au point précédent, de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ".

19. M. C se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, de l'installation de sa famille en France, de l'impossibilité dans laquelle il se trouverait de se soigner s'il devait quitter ce pays et des craintes qu'il éprouve de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Cameroun. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si le requérant est arrivé en France en 2017, il n'y a été rejoint en France par ses deux premiers enfants et la mère de ces derniers qu'en juin 2020. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9 sur la possibilité pour l'intéressé de se faire soigner dans son pays d'origine et en l'absence de circonstance particulière faisant obstacle à ce que la cellule familiale, composée du requérant, de son épouse et de leurs trois enfants, se reconstitue hors de France, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique, en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination :

20. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français étant écartés, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant fixation du pays de renvoi.

21. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il fixe le pays de destination, mentionne la nationalité de M. C, vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que, dès lors que l'intéressé n'a produit aucun élément qui justifierait d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine, la décision qui lui est opposée ne contrevient pas à l'article 3 de ladite convention. Cette décision comporte ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, un énoncé suffisamment précis des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement.

22. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

23. M. C, qui n'a jamais déposé de demande d'asile, fait valoir qu'il a subi des menaces au Cameroun de la part de la Famla, une association de personnes semblable à une secte pratiquant de la sorcellerie. Il ajoute qu'il a refusé de prendre la succession de son grand-père, qui était chef de communauté, et que, faisant partie de la communauté des témoins de Jéhovah, il ne pouvait trouver aucun soutien auprès des autorités. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations de nature à établir la réalité des craintes qu'il invoque. S'il soutient également qu'il ne pourra pas bénéficier d'un traitement médical approprié au Cameroun et qu'en tant que malade mental, il sera stigmatisé, il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 9 que cette crainte n'est pas fondée. Par suite, les moyens tirés par l'intéressé de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 721- 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

24. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir du défaut d'examen de sa situation au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ces dispositions n'ont pas trait à la fixation du pays de destination.

25. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 19, le moyen tiré la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

26. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 30 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

27. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

28. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par le requérant, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Emmanuelle Neraudau.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

Le président-rapporteur,

L. MARTIN

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MARTEL

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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