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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2311899

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2311899

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2311899
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 11 août 2023, sous le n° 2311899, Mme A B, représentée par la SAS ITRA Consulting, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française en République du Congo en date du 2 mars 2023 rejetant sa demande de visa d'entrée et de long séjour, ensemble la décision de l'autorité consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal de délivrer le visa sollicité à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est dépourvue de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit car elle est dépourvue de base légale ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation du risque de détournement de l'objet du visa et concernant l'éligibilité de la requérante au visa sollicité ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par ordonnance du 26 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 novembre 2023.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a produit un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024.

II. Par une requête enregistrée le 13 novembre 2023, sous le n° 2316861, Mme A B, représentée par la SAS ITRA Consulting, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 14 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française en République du Congo lui refusant un visa d'entrée et de long séjour, ensemble la décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal de délivrer le visa sollicité à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est dépourvue de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit car elle est dépourvue de base légale ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la qualité d'ascendant à charge et concernant l'éligibilité de la requérante au visa sollicité ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par ordonnance du 14 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 janvier 2024.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a produit un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Ravaut a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise, demande au tribunal d'annuler la décision implicite née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Brazzaville (République du Congo) en date du 2 mars 2023 rejetant sa demande de visa d'entrée et de long séjour en qualité d'ascendante à charge, la décision en date du 14 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française lui refusant un visa d'entrée et de long séjour, ensemble la décision consulaire.

2. Les requêtes nos 2311899 et 2316861 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. Le sous-directeur des visas, au sein de la direction générale des étrangers en France du ministère de l'intérieur, est chargé d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de court séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de l'une ou l'autre de ces autorités, selon la nature du visa sollicité, est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions qu'en raison des pouvoirs ainsi conférés à la commission, les décisions par lesquelles elle rejette, implicitement ou expressément, les recours introduits devant elle se substituent à celles des autorités diplomatiques ou consulaires. Les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent, par conséquent, être regardées comme uniquement dirigées contre la décision du 14 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de refus de l'autorité consulaire en République du Congo.

4. En premier lieu, la commission a rejeté le recours de Mme B au motif qu'elle ne prouve pas être sans ressources, bénéficier de virements consistants et réguliers de son fils ni que ce dernier dispose de ressources suffisantes pour prendre en charge sa mère. Ainsi, cette décision comporte l'exposé des considérations de fait et de droit qui en sont le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être rejeté.

5. En deuxième lieu, en l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où un visa de long séjour demandé en qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français peut être refusé, il ne saurait être reproché à la décision refusant la délivrance d'un tel visa de ne pas mentionner les considérations de droit qui lui servent de fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial () ".

7. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour par un ressortissant étranger faisant état de sa qualité d'ascendant à charge de ressortissant français, les autorités consulaires peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B, qui n'apporte aucune précision ou explication sur ce point, serait dépourvue de ressources. En outre, s'il ressort des pièces du dossier des transferts d'argent de M. C, fils de la requérante, vers sa mère, non seulement il n'est pas possible d'en déterminer le montant mais, en outre, la preuve de ces versements n'est apportée que pour les mois de janvier, février et mars 2023. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que le fils de Mme B perçoit un revenu mensuel brut de 1 726 euros et il a trois enfants mineurs à sa charge. Dans ces conditions, Mme B ne peut être considérée comme à la charge de son fils de nationalité française. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu son éligibilité au visa sollicité.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Mme B a toujours vécu au Congo et en outre il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'y aurait plus d'attaches. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas portée une atteinte disproportionnée au droit de Mme B de mener une vie familiale normale.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

11. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2311899 et no 2316861 présentées par Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

Le rapporteur,

C. RAVAUT

La présidente,

H. DOUET

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2311899,

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