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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312153

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312153

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 août 2023 et 24 octobre 2023 sous le numéro 2312152, Mme C F épouse E, représentée par Me Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 13 octobre 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été pris dans le respect des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 :

. l'existence du rapport du médecin doit être établie ;

. la preuve que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant rendu l'avis doit être apportée ;

. le caractère collégial de la délibération doit être établi ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale et de la situation médicale de sa fille ; elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle en particulier au regard de l'intérêt supérieur de ses enfants et ce en méconnaissance des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée au regard de l'avis rendu par le collège national des médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet a considéré que son époux et elle étaient rentrés de manière irrégulière sur le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle en particulier au regard de l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle en particulier au regard de l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme F épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2023.

II- Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 août 2023 et 24 octobre 2023 sous le numéro 2312153, M. B E, représenté par Me Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 13 octobre 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été pris dans le respect des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 :

. l'existence du rapport du médecin doit être établie ;

. la preuve que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant rendu l'avis doit être apportée ;

. le caractère collégial de la délibération doit être établi ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale, de la situation médicale de sa fille, en particulier au regard de l'intérêt supérieur de ses enfants, ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée au regard de l'avis rendu par le collège national des médecins de l'OFII ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle en particulier au regard de l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle en particulier au regard de l'intérêt supérieur de ses enfants, et ce en méconnaissance des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 juillet 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de M. et Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2312152 présentée pour Mme F épouse E et n° 2312153 présentée pour M. E concernent la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer sur un seul jugement.

2. Mme C F épouse E et M. B E, ressortissants marocains nés respectivement en mai 1984 et septembre 1974, sont entrés en France en février 2019 sous couvert de visas de court séjour délivrés par les autorités espagnoles avec leurs quatre enfants aînés. Ils ont sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'accompagnants d'un étranger mineur en raison de l'état de santé de leur fille A, née en décembre 2019 en France. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions du 13 octobre 2022 portant en outre obligations de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office lorsque le délai sera expiré. Mme F épouse E, et M. E demandent au tribunal d'annuler chacun en ce qui le concerne les décisions du 13 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

3. Les arrêtés attaqués ont été signés par Mme D, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 5 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 154 du même jour, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués manque en fait.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. Les refus de séjour attaqués du 13 octobre 2022 comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour du droit des étrangers, de l'article 3-1 de la convention internationale relative les droits de l'enfant, et de l'avis de l'OFII du 31 mai 2022 qu'ils visent. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions portant refus du séjour n'est pas fondé et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

7. Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Enfin aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

8. Il résulte de ces dispositions, que l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme, soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'étranger intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par le collège de médecins.

9. Il ressort de l'avis émis le 31 mai 2022 par le collège de médecins de l'OFII, produit à l'instance par le préfet de la Loire-Atlantique que celui-ci mentionne tant le nom des médeciennes et médecins composant le collège que le nom de la médecienne ayant rédigé le rapport médical du 8 mars 2022, laquelle ne faisait pas partie du collège de médecins de l'OFII ayant émis un avis sur l'état de santé de la petite A. Il s'ensuit que l'avis a été émis dans le respect des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 6, notamment dans le respect de la règle selon laquelle le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Il ressort également des pièces produites par le préfet défendeur que tant les médecins composant le collège que la médecienne ayant émis un avis sur l'état de santé de l'enfant ont été régulièrement nommés par une décision du directeur général de l'OFII du 7 juin 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le refus de séjour pris à son encontre aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.

10. En troisième lieu, si le préfet de la Loire-Atlantique a repris à son compte la teneur de l'avis du collège des médecins de l'OFII, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que le préfet a porté une appréciation propre au cas d'espèce pour estimer que l'enfant des intéressés, eu égard à l'ensemble des circonstances relatives à sa situation personnelle, ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 et de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a relevé que la petite fille pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen de leur situation personnelle en ne se prononçant pas sur ce point et qu'il se serait cru lié par l'avis du collège de médecins pour refuser les titres de séjour sollicités. Dès lors, les moyens selon lesquels les décisions seraient entachées d'une erreur de droit, et d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de leur enfant, la situation de l'ensemble de la famille ayant également été examinée, doivent être écartés.

11. En quatrième lieu, les requérants soutiennent que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur de fait en indiquant, aux termes de la décision attaquée, qu'ils étaient rentrés sur le territoire français de manière irrégulière. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont arrivés régulièrement en Espagne sous couvert d'un visa de court séjour avant d'arriver sur le territoire français. Toutefois, compte tenu des éléments relatés au point 13 du jugement, cette erreur de fait est sans incidence sur la légalité de la décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

12. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité en se fondant, notamment, sur l'avis de l'OFII qui a estimé que si l'état de santé de A E, fille de Mme F épouse E et M. E, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut de traitement pourrait entraîner pour l'intéressée des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut toutefois bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Maroc eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays.

13. Mme F épouse E et M. E de nationalité marocaine sont les parents de cinq enfants. Ils ont demandé à être admis au séjour en raison de l'état de santé de leur plus jeune fille née en décembre 2019. Par un avis du 31 mai 2022, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de l'enfant, de nationalité marocaine, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont ils sont originaires, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement du dernier compte-rendu de consultation en date du 10 décembre 2021, soit la veille des deux ans de l'enfant, que l'examen général de cette dernière est normal, et que les reins sont de taille symétrique sur l'échographie. La chirurgienne autorise l'arrêt du traitement urinaire et un suivi annuel de la croissance rénale, avec une batterie d'imagerie complète en cas de pyélonéphrite aiguë. Toutefois, si l'enfant des intéressés est susceptible de développer des complications nécessitant une prise en charge chirurgicale, la seule citation dans leurs écritures d'un extrait d'article de journal en date du 25 janvier 2022 faisant état des nombreuses défaillances dans le système de santé marocain, ne permet pas à elle-seule d'établir que l'enfant des requérants ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans leur pays d'origine. Au surplus, si les requérants soutiennent qu'ils ne bénéficient pas d'une mutuelle au Maroc et qu'ils ne peuvent prendre en charge les frais médicaux de leur fille dans leur pays d'origine, il ressort toutefois de la loi 65-00 portant code de la couverture médicale de base que l'Etat marocain possède un régime d'assistance médicale fondée sur les principes de l'assistance sociale et de la solidarité nationale au profit de la population démunie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

15. La présence en France de Mme F épouse E et M. E, qui ont vécu la majorité de leur vie dans leur pays d'origine, est récente puisqu'ils résident en France depuis février 2019 et de manière irrégulière depuis l'expiration de leurs visas de court séjour. Les requérants font valoir la présence en France des trois frères de M. E ainsi que d'une tante paternelle et la présence de leurs cinq enfants scolarisés en France. Toutefois, leurs enfants ne résident également en France que depuis environ quatre ans à la date des décisions contestées. De plus, il n'existe aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine, la dernière enfant de la fratrie pouvant y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. Au surplus, les époux n'établissent pas entretenir des liens anciens, intenses et stables avec leur famille sur le territoire français. Si les intéressés produisent des attestations bénévoles ainsi qu'une promesse d'embauche à M. E, ces éléments ne permettent pas d'établir la réalité de leur insertion socio-professionnelle en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

17. Les décisions portant refus de titre de séjour du 13 octobre 2022 n'ont ni pour effet ni pour objet de séparer Mme F épouse E et M. E de leurs cinq enfants qui pourront poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

18. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 15 et 17 du jugement, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur leur situation personnelle.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

19. En premier lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

20. Les obligations de quitter le territoire français du 13 octobre 2022 comportent les exposés des considérations de droit et de fait et qui les fondent et sont ainsi suffisamment motivées au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

21. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes des décisions attaquées que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. et Mme E.

22. En troisième lieu, l'illégalité des décisions portant refus de délivrance de titre de séjour n'étant pas établie eu égard à ce qui a été dit précédemment, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant obligations de quitter le territoire français devraient être annulées en conséquence de l'annulation des décisions du même jour portant refus de séjour.

23. En quatrième lieu, compte tenu des motifs exposés au point 17 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée.

24. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 17 et 19 du jugement, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur leur situation personnelle. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation des arrêtés attaqués ni des autres pièces des dossiers que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle des intéressés avant de les obliger à quitter le territoire français.

25. En dernier lieu, compte tenu des motifs exposés au point 17 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle des requérants au regard du principe de l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3 alinéa 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

26. En premier lieu, les décisions fixant le pays de destination comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles se réfèrent notamment aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi qu'à l'absence de démonstration par les intéressés de ce qu'ils seraient exposés à une menace personnelle en cas de retour dans leur pays d'origine. Dès lors, les décisions fixant le pays de destination sont suffisamment motivées.

27. En deuxième lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français étant écartés, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays d'éloignement devraient être annulées en conséquence de l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français.

28. En dernier lieu, compte tenu des motifs exposés au point 17 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle des requérants au regard du principe de l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3 alinéa 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

29. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme F épouse E et M. E doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme F épouse E et M. E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F épouse E, M. B E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Renard.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIEL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°s 2312152, 2312153

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