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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312178

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312178

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantDIA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 21 août 2023 sous le n° 2312178, Mme C D et M. A B, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de Mohamed Al Hadi B, représentés par Me Dia, demandent au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, la décision née le 25 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de délivrer à Mme D et à Mohamed Al Hadi B des visas de long séjour au titre du regroupement familial a, à son tour, implicitement refusé de délivrer les visas sollicités et, d'autre part, les décisions consulaires ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à leur conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les décisions consulaires sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;

- M. A justifie des conditions nécessaires pour que les demandeurs se voient délivrer des visas au titre du regroupement familial ;

- l'identité des demandeurs et leur lien de filiation avec le regroupant sont établis par les documents d'état civil produits et par la possession d'état ;

- la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par ordonnance du 25 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 octobre 2023 à 17h00.

Un mémoire en défense présenté par le ministre de l'intérieur et des outre-mer le 13 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2024.

La demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle présentée par Mme D a été rejetée par une décision du 12 avril 2024.

II. Par une requête enregistrée le 21 août 2023 sous le n° 2312247, Mme C D et M. A B, agissant en qualité de représentants légaux de Mohamed Al Hadi B, représentés par Me Dia, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) a refusé de délivrer à Mohamed Al Hadi B un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- M. A justifie des conditions nécessaires pour que le demandeur se voit délivrer un visa au titre du regroupement familial ;

- l'identité du demandeur et son lien de filiation avec le regroupant sont établis par les documents d'état civil produit et par la possession d'état ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par ordonnance du 28 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 octobre 2023 à 17h00.

Un mémoire en défense présenté par le ministre de l'intérieur et des outre-mer le 13 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tavernier a été entendu au cours de l'audience publique du 24 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2312178 et 2312247 sont relatives à une même famille, une même décision et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. A B, ressortissant sénégalais, a obtenu le bénéfice du regroupement familial par une décision de la préfète de la Haute-Vienne du 12 mai 2022 au profit de son épouse alléguée, Mme C D, et de leur enfant déclaré, Mohamed Al Hadi B. Les demandes de visas de long séjour déposées à ce titre ont été rejetées par l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal). Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces décisions de refus consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, implicitement refusé de délivrer les visas sollicités par une décision née le 25 juillet 2023, laquelle, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée aux décisions consulaires. Les requérants doivent donc être regardés comme demandant au tribunal l'annulation de la seule décision née du silence de la commission le 25 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de caractère probant des documents destinés à établir l'identité du demandeur ou de la demandeuse de visa et le lien familial avec la personne ayant sollicité le bénéfice du regroupement familial.

4. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

5. Aux termes des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ". Il ressort des dispositions précitées que la décision en litige doit être regardée comme étant fondée sur le même motif que les décisions consulaires auxquelles elle s'est substituée, tiré du défaut d'authenticité des documents d'état civil produits à l'appui des demandes de visa.

6. D'une part, pour justifier de l'identité de Mme D et du lien matrimonial les unissant, les requérants produisent l'acte de naissance n° 3605/1995, dressé le 7 décembre 1995 par l'officier de l'état civil du centre principal de Ziguinchor (Sénégal), pris en transcription d'un jugement n° 25632 rendu le 20 octobre 1990. Si ce jugement n'est pas versé au débat, les requérants joignent toutefois à leurs écritures une " attestation de carence " établie par le greffier en chef du tribunal d'instance de Ziguinchor, faisant état de ce que ledit jugement n'a pu être authentifié en raison d'une indisponibilité des minutes d'état civil et de la détérioration du registre de l'année de son édiction. En outre, les requérants produisent une copie littérale de l'acte de mariage n° 120/CGSC/2018, établie par les autorités sénégalaises, indiquant que les époux se sont mariés le 13 décembre 2018 à Casablanca (Maroc). Il ressort des pièces du dossier que les mentions relatives à l'état civil de Mme D figurant sur ces documents sont identiques entre elles et coïncident avec celles mentionnées sur son passeport, également versé au débat. Au surplus, les requérants produisent des justificatifs de transferts d'argent adressés par M. B à la demandeuse. Dans ces conditions, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les documents d'état civil produits seraient inauthentiques, l'identité de l'intéressée et son lien matrimonial avec M. B doivent être tenus pour établis. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation à ce titre.

7. D'autre part, pour justifier de l'identité de Mohamed Al Hadi B et du lien de filiation l'unissant au regroupant, les requérants produisent une copie littérale de l'acte de naissance n° 374/CGSC/2019, établi par la direction des affaires consulaires du ministère des affaires étrangères et des sénégalais de l'extérieur, faisant état de ce que l'intéressé est né le 4 septembre 2019 à Casablanca (Maroc) de l'union des requérants. Dans ces conditions, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les documents d'état civil produits seraient inauthentiques, l'identité de Mohamed Al Hadi B et son lien de filiation avec M. B doivent être tenus pour établis. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est également entachée d'une erreur d'appréciation à ce titre.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que des visas de long séjour soient délivrés à Mme D et à Mohamed Al Hadi B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer aux intéressés les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de sa notification, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. En demandant au tribunal de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à leur conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, les requérants doivent être regardés comme se fondant implicitement mais nécessairement sur les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

11. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Me Dia, sous réserve de sa renonciation au versement de la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 25 juillet 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme D et à Mohamed Al Hadi B les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Dia la somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Dia.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

Mme Glize, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

M. LE BARBIERLa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 2312247

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