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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312335

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312335

mercredi 13 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Asile - 15 jours
Avocat requérantARNAL

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- les règlements (UE) nos 603/2013 et 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.

Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 septembre 2023 à partir de 10h30 :

- le rapport de M. Labouysse, magistrat désigné ;

- les observations de Me Arnal, représentant le requérant, et celles de M. B, assisté de Mme C A, interprète en langue anglaise.

Les conclusions et les moyens de la requête sont repris. Il insiste sur le fait qu'il n'a jamais séjourné d'une manière ou d'une autre en Italie et qu'il justifie de sa présence au Cameroun au cours de la période durant laquelle les autorités italiennes et françaises considèrent qu'ils se trouvaient dans cet Etat.

Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue après les observations présentées par M. B en vertu de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, rendu applicable par l'article R 777-3-6 du même code.

Considérant ce qui suit :

1. Le requérant se présente sous l'identité de M. D B. Il indique être un ressortissant camerounais né le 20 juillet 1994. Il est entré en France le 2 juin 2023. Il a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée par les services de la préfecture de la Loire-Atlantique le 28 juin 2023. Lors de la consultation du fichier "Eurodac" pour la comparaison des empreintes digitales, régi par le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il a été constaté que les empreintes digitales de l'intéressé avaient été enregistrées en Italie et en Suède. Les autorités de chacun de ces Etats ont été saisies le 10 juillet 2023 par les autorités françaises au titre de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile de M. B. Chacune des autorités saisies ont accepté de se considérer responsable de cet examen. Par un arrêté du 3 août 2023, pris au nom du préfet de Maine-et-Loire, sur le fondement de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision de transfert vers l'Italie a été opposée à M. B. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. 2. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre. ". Selon l'article 12 du même règlement : " 1. Si le demandeur est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. () ".

3. Pour désigner l'Italie comme l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile introduite en France par M. B, le préfet de Maine-et-Loire a, selon les termes de l'arrêté du 3 août 2023, relevé qu'il appliquait les critères tels qu'ils étaient fixés par les articles 7 à 15 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et que l'intéressé était "en possession d'un permis de travail italien, valable jusqu'au 10/10/2024". Cette autorité a ainsi entendu retenir, comme critère de détermination de l'Italie, celui, inscrit au sein des dispositions précitées de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, auxquelles l'arrêté du 3 août 2023 se réfère expressément, tiré de ce que le demandeur est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité délivré par les autorités italiennes.

4. Cependant, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'acte du 3 août 2023 adressé par les autorités italiennes aux autorités françaises en application de l'article 34 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, relatif au partage d'informations entre les Etats membres portant sur les données à caractère personnel concernant le demandeur, s'agissant notamment des titres de séjour délivrés par un Etat membre, que le permis de travail italien constitue un titre de séjour qui a été délivré à M. B, sous une autre identité, postérieurement à la présentation, par cette même personne, auprès des autorités italiennes, d'une demande d'asile. Or, il résulte des dispositions précitées du paragraphe 2 de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que la détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le chapitre III de ce règlement, au nombre desquels figure celui inscrit à l'article 12, s'effectue sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre. Or, à ce moment-là, le requérant n'était en possession d'aucun titre de séjour délivré par les autorités italiennes. Il suit de là qu'en retenant, pour mettre en œuvre le critère énoncé au paragraphe 1 de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, un fait survenu postérieurement à l'introduction de sa demande d'asile en Italie, le préfet de Maine-et-Loire a commis une erreur de droit au regard des dispositions précitées du paragraphe 2 de l'article 7 de ce règlement.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer explicitement sur les autres moyens qui ont été examinés, que la décision de transfert vers l'Italie, opposée par l'arrêté du 3 août 2023 pris par préfet de Maine-et-Loire à l'encontre de M. B, doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. En vertu de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité préfectorale doit statuer à nouveau sur le cas d'un ressortissant étranger dont la décision de transfert a été annulée. Selon l'article L. 911-2 du code de justice administrative, un jugement impliquant nécessairement qu'une autorité administrative prenne une nouvelle décision relative à la situation d'une personne fixe le délai à l'issue duquel doit intervenir cette décision.

7. L'annulation de la décision de transfert de M. B vers l'Italie a été prononcée au motif qu'elle est entachée d'erreur de droit concernant la date à laquelle le préfet de Maine-et-Loire s'est placé pour déterminer l'Etat membre responsable de la demande d'asile que l'intéressé a présenté en France. Une telle annulation n'implique pas, eu égard à ce motif, que la France soit considérée comme responsable de l'examen de cette demande. Elle implique, en revanche, que le préfet de Maine-et-Loire mette en œuvre une nouvelle procédure de détermination de l'Etat responsable de cet examen et procède à une nouvelle appréciation de la situation du requérant au regard de l'ensemble des éléments ressortant à la date à laquelle l'autorité préfectorale déterminera quel sera l'Etat qui examinera sa demande d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de prendre cette décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre de la présente instance. Aussi, et dans la mesure où l'Etat est la partie perdante à cette instance, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à sa charge, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, la somme de 850 (huit cents cinquante) euros hors taxe à verser à Me Arnal, avocate du requérant. Ce versement vaudra, conformément à cet article 37, renonciation à ce qu'elle perçoive la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle dont bénéficie M. B.

D E C I D E

Article 1er : La décision de transfert vers l'Italie opposée à M. B par l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 3 août 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de prendre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une nouvelle décision relative à l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile présentée par M. B.

Article 3 : L'Etat versera la somme de huit cents cinquante (850) euros hors taxe à Me Arnal en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 4 : Les autres conclusions présentées par M. B sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Yseult Arnal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

D. LABOUYSSELa greffière,

G. PEIGNÉ

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le greffier

No 2312335

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