vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2312420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BENVENISTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 août 2023, le 25 octobre 2023, le 6 mai 2024 et le 3 juin 2024, M. B A, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentant du mineur C A, représenté par Me Benveniste, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision en date du 23 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) en date du 28 mars 2023 refusant un visa d'entrée et de long séjour à M. C A en qualité d'enfant étranger de ressortissant français ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de visa de M. C A dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil dès lors que le jugement supplétif et l'acte de naissance produits sont conformes au droit local ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de l'identité du demandeur et du lien de filiation avec le ressortissant français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ravaut, rapporteur,
- les observations de Me Benveniste, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant français, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision du 23 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant un visa de long séjour à M. C A en qualité d'enfant étranger de ressortissant français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle comporte l'exposé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé de dix-huit à vingt et un ans, ou qu'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, ou qu'il est à la charge de ses parents, l'enfant étranger d'un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. / Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ".
4. S'il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer aux descendants de moins de vingt-et-un ans de ressortissants français les visas qu'ils sollicitent afin de mener une vie familiale normale, elles peuvent toutefois opposer un refus à une telle demande pour des motifs d'ordre public, au titre desquels figurent le défaut de valeur probante des documents destinés à établir l'identité et le lien de filiation allégué.
5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil aux termes duquel : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ".
6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
7. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé par M. A au motif que les documents d'état civil présentés ne sont pas suffisamment probants pour établir l'identité et la filiation du demandeur de visa. Dans ses écritures, le ministre de l'intérieur précise que le caractère non probant des actes résulte de l'intention frauduleuse de M. A laquelle se déduit des circonstances dans lesquelles il a pu obtenir deux jugements supplétifs d'acte de naissance et la transcription de ces derniers dans les registres de l'état civil.
8. Pour établir l'identité et le lien de filiation C A à son égard, le requérant a produit un jugement supplétif du 26 mars 2018, n° 6888/2018, du tribunal de première instance de Dixinn, ainsi qu'un extrait d'acte de naissance, n° 4866, pris en transcription de ce jugement le 12 avril 2023. Le ministre de l'intérieur fait valoir, dans son mémoire en défense, que le demandeur de visa a joint à sa demande un deuxième jugement supplétif du 27 mars 2018, du tribunal de première instance de Conakry 2, rendu sous le n° 8326/2018, ayant permis la délivrance d'un acte de naissance transcrit sous le n° 1735 le 12 avril 2018. Enfin, M. A verse à l'instance un jugement supplétif du 5 juin 2024, n° 432, du tribunal de première instance de Dixinn annulant le jugement supplétif du 26 mars 2018 au profit de celui du 27 mars 2018, ainsi que l'acte de naissance du 12 avril 2023.
9. La coexistence de deux actes de naissance différents pour une même personne est en principe de nature à remettre en cause leur valeur probante en l'absence d'explication apportée sur une telle incohérence. Pour justifier l'existence de ces deux actes de naissance, M. A soutient qu'en raison d'une erreur entachant le premier jugement du 26 mars 2018, et qui portait sur la mention d'un article du code civil non applicable au litige, il a, dès le lendemain, saisi le même tribunal d'une demande afin d'obtenir un nouveau jugement supplétif. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la correction de l'erreur matérielle ainsi constatée nécessitait que soit rendu un second jugement supplétif, prononcé après audition de nouveaux témoins, sans que ne puisse être matériellement corrigé le premier. En outre, si le requérant soutient que les deux jugements ont été rendus par la même juridiction et le même juge, leur présentation diffère d'un jour à l'autre, et les cachets de signature ne sont pas identiques et ne correspondent pas à l'intitulé de la section ayant rendu le jugement. Enfin, le troisième jugement du 5 juin 2024, annulant le jugement supplétif du 26 mars 2018 susmentionné et l'acte de naissance pris en transcription le 12 avril 2023, a été sollicité après l'introduction de la présente requête, alors que le mémoire en défense du ministre de l'intérieur révélant l'existence du jugement supplétif n° 8326 du 27 mars 2018 avait été communiqué au requérant. Ainsi, les circonstances dans lesquelles ont été obtenus ces jugements, rendus le jour même ou le lendemain de la saisine du tribunal, sont de nature à révéler le caractère frauduleux des jugements supplétifs en litige et à remettre en cause le caractère probant des actes de naissance produits.
10. Enfin, les éléments produits pour justifier du lien de filiation allégué par le mécanisme de la possession d'état se limitent à une mention du jeune C A dans le formulaire de demande de naturalisation, des transferts d'argent pour lesquels l'émetteur n'est pas identifié et trois photographies, et ne peuvent ainsi être regardés comme suffisants. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil ni commis d'erreur d'appréciation.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
12. Les documents d'état civil présentés ne permettant pas de déterminer de manière suffisamment probante l'identité de M. C A et son lien de filiation à l'égard de M. A, ce dernier n'est pas fondé à se prévaloir des stipulations précitées.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions accessoires :
14. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Paquelet-Duverger, première conseillère,
M. Ravaut, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le rapporteur,
C. RAVAUT
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026