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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312443

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312443

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 25 août 2023, le 9 octobre 2023 et le 19 juillet 2024, Mme D, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante des enfants mineurs E B et F B, représentée par Me Pronost, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée) rejetant la demande de visa de long séjour présentée pour la jeune E B au titre de la procédure de réunification familiale ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 440 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à son profit en application des dispositions de ce dernier article.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la commission de recours s'est crue à tort en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant dès lors que E, dont le père est décédé et qui est atteinte d'une pathologie grave, est isolée dans son pays de résidence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de cette enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'aucun délai n'est imposé au réunifiant pour déposer une demande de réunification ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son lien de filiation avec la jeune E est établi par les pièces versées au dossier.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision attaquée peut être fondée sur le motif tiré de ce que le lien de famille allégué n'est pas établi ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fessard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne, déclare être mère d'un premier enfant né de sa relation avec M. G B, la jeune E B, née le 28 septembre 2015, et d'une fille, F B, née le 23 décembre 2018, issue de sa relation avec M. C B L'enfant F B a été admise au statut de réfugiée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 2 février 2021. La jeune E a alors sollicité un visa au titre de la procédure de réunification familiale auprès des autorités consulaires françaises à Conakry, qui lui a été refusé par une décision du 29 décembre 2022. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, par une décision implicite née le 5 juin 2023, dont la requérante demande l'annulation, a rejeté le recours préalable formé contre la décision consulaire.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 3 octobre 2023 le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce que Mme B soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, compte tenu des mentions indiquées sur l'accusé de réception transmis par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France à la requérante, la commission, dont la décision se substitue à celle des autorités consulaires, doit être regardée comme s'étant approprié la motivation en droit et le motif retenu par ces autorités, tiré de ce qu'" en application de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, votre lien de famille allégué avec la bénéficiaire de la protection OFPRA ne correspond pas à l'un des cas vous permettant d'obtenir un visa au titre de la procédure de réunification familiale. ". La décision de la commission comporte donc, par appropriation des motifs de la décision consulaire, l'exposé de motifs de droit et de fait, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale () 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; () Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective.".

5. Il résulte de ces dispositions que les ascendants directs d'un enfant mineur non marié réfugié en France ou bénéficiaire de la protection subsidiaire peuvent demander à le rejoindre au titre de la réunification familiale. Ces mêmes dispositions prévoient que ces derniers peuvent être accompagnés, le cas échéant, par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment du jugement supplétif, de l'acte de naissance pris en transcription et du passeport de l'intéressée, versés à l'instance, dont les 11ème, 12ème et 13ème chiffres du numéro personnel sont concordants avec ceux de son acte de naissance, que la jeune E est la demi-sœur de F B, bénéficiaire du statut de réfugiée. Par suite, la jeune E, dont la mère réside déjà sur le territoire français, n'entre pas dans le champ d'application des dispositions précitées relatives aux conditions d'attribution des visas au titre de la procédure de réunification familiale.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration se serait crue en situation de compétence liée pour refuser à l'intéressée le visa sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En quatrième lieu, la requérante ne peut utilement faire valoir qu'aucun délai n'est imposé au réunifiant pour présenter une demande de réunification familiale et que le lien de filiation avec la jeune E est établi par les documents qu'elle a produits, la décision attaquée ne reposant pas sur de tels motifs.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de cette même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la jeune E, qui est née en Guinée et y a toujours vécu, ne disposerait d'aucune attache familiale dans ce pays, ni même, qu'elle y serait dans une situation de précarité ou de vulnérabilité particulière. Si Mme B soutient que sa fille est exposée à un risque d'excision, elle a déclaré, lors du dépôt de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, que E avait déjà été excisée. Enfin, si la requérante fait valoir que E est atteinte de drépanocytose de type SS, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de motifs présentée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction et une demande présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à Me Pronost et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Ravaut, conseiller,

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

A. FESSARD

La présidente,

V. POUPINEAU

Le greffier

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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