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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312447

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312447

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2023, Mme C B et M. I E, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants des enfants mineurs G A F, H D E et J E, représentés par Me Pronost, demandent au tribunal :

1°) d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision en date du 3 mai 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) refusant des visas d'entrée et de long séjour aux mineurs G A et H D en qualité de membres de famille de réfugié ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de leurs situations dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 440 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à leur profit en application des dispositions de ce dernier article.

Ils soutiennent que :

- il appartiendra au ministre de l'intérieur et des outre-mer de démontrer que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui s'est réunie le 3 mai 2023, était régulièrement composée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle s'est crue à tort en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fessard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B et M. E, ressortissants ivoiriens, sont les parents de trois enfants mineurs G A F, H D E, et J E. Cette dernière a été admise au statut de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 septembre 2021. Mme B et M. E résident en France sous couvert d'une carte de résident et les jeunes G A et H D ont sollicité des visas au titre de la réunification familiale auprès des autorités consulaires françaises à Abidjan. Par des décisions du 20 décembre 2022, l'autorité consulaire a rejeté leur demande. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, par une décision du 3 mai 2023, dont les requérants demandent l'annulation, a rejeté le recours préalable formé contre les décisions consulaires.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 6 décembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce que Mme B soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Aux termes de l'article D. 312-5 du même code : " Le président de la commission mentionnée à l'article D. 312-3 est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Le président et les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Pour chacun d'eux, un premier et un second suppléant sont nommés dans les mêmes conditions ". L'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prévoit que cette commission " délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ".

4. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a produit la feuille d'émargement de la séance du 3 mai 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France au cours de laquelle a été examiné le recours des jeunes G A et H D E. Les requérants se bornent à soutenir qu'il appartient au ministre de l'intérieur et des outre-mer de démontrer que la commission de recours était régulièrement composée sans indiquer quelles conditions fixées par les dispositions précitées pour la composition de cette commission ont été précisément méconnues. Par suite, le moyen, qui n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, en application de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les ascendants directs d'un enfant mineur non marié réfugié en France ou bénéficiaire de la protection subsidiaire peuvent demander à le rejoindre au titre de la réunification familiale. Ces mêmes dispositions prévoient que ces derniers peuvent être accompagnés, le cas échéant, par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective.

6. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, pour rejeter le recours des jeunes G A et H D, s'est fondée sur le motif, non contesté par les requérants, tiré de ce que le lien de famille allégué avec la réunifiante ne correspondait pas à l'un des cas permettant d'obtenir un visa au titre de la procédure de réunification familiale en application de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des termes de cette décision ni des pièces du dossier que l'administration se serait crue en situation de compétence liée pour refuser aux intéressés les visas de long séjour sollicités.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les jeunes G A et H D, qui sont nés en Côte d'Ivoire et y ont toujours vécu, ne disposeraient d'aucune attache familiale dans ce pays, ni même, alors que les requérants ne fournissent aucune précision sur leurs conditions de vie, qu'ils seraient dans une situation de précarité ou de vulnérabilité particulière. Par ailleurs, si les requérants font valoir que les deux parents des enfants vivent en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils auraient maintenu un lien avec G A et H D depuis leur départ en France. De surcroit, ces derniers sont éligibles à la procédure de regroupement familial. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle est contraire à l'intérêt supérieur des enfants protégé par les stipulations du paragraphe 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle des intéressés.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B et M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par Mme B.

Article 2 : La requête de Mme B et de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et M. I E, à Me Pronost et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Ravaut, conseiller

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

A. FESSARD

La présidente,

V. POUPINEAU

Le greffier

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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