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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312601

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312601

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312601
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantHARIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2023, Mme C B, épouse D, représentée par Me Harir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 5 mars 2023 de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de visiteur ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en droit et en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien de 1968, dès lors qu'elle s'est engagée à n'exercer aucune activité professionnelle et dispose de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de séjour ; elle bénéficie d'une assurance maladie pour la durée de son séjour en France ; elle justifie d'un hébergement fiable ;

- elle justifie de la nécessité de rendre visite à ses enfants en France, notamment à sa fille en situation de handicap;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 20 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2024.

Un mémoire en défense, produit par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, a été enregistré le 26 juillet 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, épouse D, ressortissante algérienne née le 31 octobre 1967, a sollicité un visa de long séjour en qualité de visiteur auprès de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie), laquelle, par une décision du 5 mars 2023, a rejeté sa demande. Par une décision du 22 juin 2023, dont Mme B demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, la décision attaquée énonce avec une précision suffisante les dispositions légales qui la fondent. Elle mentionne également les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme B. Elle satisfait, ainsi, aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait. Cette motivation suffisante révèle, en outre, que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est livrée à l'examen de la situation personnelle de la requérante.

3. En deuxième lieu, pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre de la décision consulaire dont elle a été saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, Mme B ne dispose pas de ressources propres pour financer son séjour, d'autre part, elle ne justifie pas d'une nécessité impérieuse de se rendre en France et, enfin, ses déclarations contradictoires attestent d'une volonté de détourner l'objet du visa à des fins migratoires.

4. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24 ".

5. Aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " a) les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent () un certificat valable un an portant la mention "visiteur" () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles () 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité et un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné des pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".

6. L'étranger désirant se rendre en France et qui sollicite un visa de long séjour en qualité de visiteur doit justifier de la nécessité dans laquelle il se trouve de résider en France pour un séjour de plus de trois mois. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où ce visa peut être refusé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises, saisies d'une telle demande, disposent, sous le contrôle par le juge de l'excès de pouvoir, d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, tel que le détournement de l'objet du visa, mais aussi sur toute considération d'intérêt général. Il en va notamment ainsi des visas sollicités en vue de bénéficier du certificat de résidence portant la mention " visiteur " prévu par le a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

7. Mme B soutient qu'elle a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de visiteur, pour rendre visite à sa fille et à son fils, résidant en France. Elle précise également que sa présence est nécessaire auprès de sa fille, qui présente un taux d'invalidité égal ou supérieur à 80 %, attribué par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Val de Marne le 12 avril 2018. Toutefois, elle n'établit ni être la tutrice légale de sa fille, ainsi qu'elle le soutient, ni que le handicap de sa fille l'empêcherait de lui rendre visite en Algérie. En outre, il ressort des pièces du dossier que cette dernière réside avec son frère, et n'est pas, dès lors, dans une situation d'isolement en France. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait sollicité, pour rejoindre sa fille en France, un visa entre le 12 avril 2018, date de la décision de la MDPH et le 8 février 2023, date de la demande de visa litigieuse. Par suite, et alors qu'elle peut solliciter des visas de court séjour lui permettant d'effectuer des séjours annuels de quatre-vingt-dix jours par période de cent-quatre-vingts jours, la requérante ne justifie pas de la nécessité de s'installer durablement en France et de bénéficier d'un visa de plus de trois mois. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, en opposant le motif tiré de l'absence de nécessité quant à l'installation en France de Mme B, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Il résulte de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

8. En troisième lieu, si la requérante fait valoir qu'elle s'est engagée à n'exercer aucune activité professionnelle, qu'elle bénéficie d'une assurance maladie pour la durée de son séjour en France et qu'elle justifie d'un hébergement fiable, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard aux motifs sur lesquels elle se fonde.

9. En quatrième et dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 7, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, épouse D, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La rapporteure,

Marina A

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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