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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312733

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312733

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantWOZNIAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2023, M. A C, représenté par Me Wozniak, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2023 par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence pour une durée indéterminée n'excédant pas six mois, et l'a obligé à se présenter trois fois par semaine au commissariat central du Mans afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision ;

sur la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article R. 231-4 du code de la sécurité intérieure en s'abstenant de saisir les services compétents placés sous l'autorité du ministre de l'intérieur ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article R. 231-6 du code de la sécurité intérieure et commis une erreur manifeste d'appréciation ; il n'entre dans aucun des critères justifiant l'inscription dans le système d'information Schengen ;

s'agissant de la décision l'assignant à résidence :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'il ne présente pas de risque de se soustraire à son obligation d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la "décision" de signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen, l'autorité administrative se bornant à informer l'intéressé d'un tel signalement, et une telle information ne constituant pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 1er novembre 1995, déclare être entré en France en 2021. Il a été interpellé par les services de police le 31 août 2023 pour des faits de recel de vol. Par la suite, le préfet de la Sarthe a, le 31 août 2023, édicté un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Sarthe a également édicté un arrêté assignant M. C à résidence pour une durée n'excédant pas six mois, et l'obligeant à se présenter trois fois par semaine au commissariat central du Mans afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet. M. C demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 311-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait état des conditions d'entrée et la durée du séjour de M. C en France ainsi que de sa situation personnelle sur le territoire. La décision attaquée mentionne ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les circonstances de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C réside en France depuis 2021, soit depuis deux ans à la date à laquelle la décision attaquée a été prise. S'il soutient que la décision attaquée le prive d'opportunités personnelles et professionnelles, il n'assortit cette argumentation d'aucun élément précis de nature l'étayer. S'il produit par ailleurs une attestation de Mme B, ressortissante française, évoquant la relation sentimentale qu'elle a nouée avec le requérant et le projet du couple de vivre ensemble, cette attestation très peu circonstanciée ne saurait être regardée comme étant de nature à établir la continuité de la relation avec Mme B à la date à laquelle la décision litigieuse a été prise, ni même l'existence de cette relation. En outre, le requérant n'établit pas avoir noué d'autres attaches personnelles en France, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de M. C, le préfet n'a pas, en obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

4. En premier lieu, la décision fixant le pays dont M. C a la nationalité comme pays de destination comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est ainsi suffisamment motivée en droit comme en fait.

5. En second lieu, il ne ressort, ni des termes de l'arrêté contesté, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à l'examen de la situation personnelle de M. C avant de fixer le pays de destination. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant.

Sur la légalité du signalement aux fins de non admission dans le système d'informations Schengen :

6. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ".

7. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Dès lors, les conclusions dirigées contre le signalement de M. C au système d'information Schengen doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an :

8. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait dépourvue de base légale.

9. En second lieu, il ne ressort, ni des termes de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ni des pièces du dossier que son édiction n'aurait pas été précédée de l'examen de la situation personnelle de M. C. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la légalité de la décision assignant le requérant à résidence pour une durée n'excédant pas six mois :

10. En premier lieu, l'arrêté assignant à résidence M. C pour une durée n'excédant pas six mois vise l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constitue la base légale, et indique les circonstances propres à la situation personnelle de l'intéressé notamment l'impossibilité pour lui, en l'état, de regagner son pays d'origine, au vu desquelles le préfet a estimé qu'il y avait lieu de l'assigner à résidence sur le fondement de ces dispositions. L'arrêté contesté est, ainsi, suffisamment motivé.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article R. 733-1 du même code dispose en outre que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles

L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

12. L'assignation à résidence, qui est une mesure alternative au placement en rétention dans des locaux administratifs ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, a pour but de permettre à l'administration de s'assurer de la personne obligée à quitter le territoire français, de vérifier qu'elle prend des dispositions en vue de son départ, de prévenir le risque de fuite, comme de permettre, le cas échéant, l'exécution forcée de cette mesure d'éloignement. M. C, qui est dépourvu de documents de voyage et qui, de ce fait, ne peut quitter immédiatement le territoire français, et ne conteste pas que sa situation relève ainsi du champ d'application du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, se borne à faire valoir, pour contester l'assignation prononcée à son égard, qu'il ne présente aucun risque de se soustraire à la mesure d'éloignement, et qu'il justifie de garanties de représentation. Une telle argumentation, au demeurant non étayée, est sans incidence sur la possibilité de prononcer une assignation à résidence, mesure qui n'est pas subordonnée à la démonstration, par l'autorité préfectorale, d'un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet doit ainsi être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Sarthe et à Me Wozniak.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELON

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILIN

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

mc

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