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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312806

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312806

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312806
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantGOUILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le numéro 2312806, par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 septembre 2023 et 12 avril 2024, M. A B, représenté par Me Gouillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son avocate au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen dès lors que le préfet a examiné sa demande au regard des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il avait fondé sa demande sur les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il entrait dans le champ des bénéficiaires de plein droit d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2024.

II. Sous le numéro 2405574, par une requête enregistrée le 12 avril 2024, M. A B, représenté par Me Gouillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le préfet de la Sarthe a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son avocate au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation.

- les modalités de contrôle du respect de la mesure d'assignation à résidence arrêtées par le préfet sont disproportionnées au regard de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Cordrie, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cordrie, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 2 septembre 1991, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ainsi que l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le préfet de la Sarthe a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-7 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu organiser une procédure spéciale afin que le juge administratif statue rapidement sur la légalité des mesures relatives à l'éloignement des étrangers, hors la décision refusant le séjour, lorsque ces derniers sont assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 de ce code. Dès lors, il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour dont il pourrait être saisi, ni sur les conclusions à fin d'injonction dont elles sont, le cas échéant, assorties. Il s'ensuit qu'il y a lieu en l'espèce de renvoyer devant une formation collégiale du tribunal les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 25 avril 2023 en tant qu'il refuse de délivrer un titre de séjour à M. B et les conclusions à fin d'injonction dont elles sont assorties.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

3. M. B soulève l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour. Il fait valoir que le préfet de la Sarthe a examiné sa demande au regard des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code. En défense, le préfet n'a apporté aucune contestation à cette allégation et n'a pas répondu au moyen tiré de ce que cette méprise sur le fondement de la demande de M. B entacherait la décision de refus de titre de séjour d'un défaut d'examen. Il doit donc être tenu pour établi que le préfet se trouvait saisi d'une demande présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or il ressort des termes de l'arrêté du 25 avril 2023 qu'il s'est estimé saisi d'une demande fondée sur l'article L. 423-1 du même code. Dès lors, le refus de titre de séjour opposé à M. B est entaché d'une erreur de droit tenant au défaut d'examen de sa demande au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2312806 ni les moyens de la requête n° 2405570, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2023 en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et qu'il fixe le pays de destination, ainsi que, par voie de conséquence, celle de l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. En application de ces dispositions, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de la Sarthe de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de sa notification et de munir ce dernier d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gouillon d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'examen des conclusions de la requête n° 2312806 de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Sarthe du 25 avril 2023 en tant qu'il porte refus de titre de séjour et des conclusions à fin d'injonction y afférentes est renvoyé à une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Sarthe du 25 avril 2023 est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination.

Article 3 : L'arrêté du préfet de la Sarthe du 10 avril 2024 portant assignation à résidence est annulé.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour pour la durée de ce réexamen.

Article 5 : L'Etat versera à Me Gouillon, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gouillon et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le magistrat désigné,

A. CORDRIE

La greffière,

M.-C. MINARDLa République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

2, 2405574

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