mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2312832 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | OSSETE OKOYA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 septembre 2023, Mme A C, représentée par Me Ossete Okoya, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour sans délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante de la République du Congo née le 18 mai 1987 à Brazzaville, est entrée régulièrement en France le 18 décembre 2017, munie de son passeport en cours de validité revêtu d'un visa de court séjour de type C à entrées multiples valable du 17 décembre 2017 au 15 janvier 2018 pour une durée de trente jours qui lui avait été délivré le 14 décembre 2017 par l'autorité consulaire française à Pointe-Noire, ainsi qu'accompagnée de son fils, ressortissant congolais né le 8 décembre 2015 et muni d'un visa similaire. S'étant maintenue sur le territoire français à l'issue de la durée du séjour autorisé par ce visa, Mme B a, le 1er février 2023, sollicité du préfet de Maine-et-Loire la régularisation de sa situation de séjour par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 28 juillet 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire lui a refusé cette délivrance et a assorti ce refus d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Si la requérante se prévaut de son entrée régulière sur le territoire français le 18 décembre 2017, et ainsi d'une durée de présence de plus de cinq ans et demi à la date de l'arrêté attaqué, de sorte que cette durée n'est plus récente, elle n'est pas, toutefois, ancienne, alors que la requérante est âgée de 35 ans et qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français pendant plus de quatre ans avant de solliciter, pour la première fois, la délivrance d'un titre de séjour, à laquelle n'ouvre pas droit la simple durée de cette présence. Mme B est célibataire et, si son père, ressortissant congolais né en 1960, est établi en France où il est titulaire d'une carte de résident, il ne ressort pas du dossier qu'il serait à la charge de la requérante. La requérante est également la mère d'un deuxième enfant, née à Angers le 31 mars 2018. Néanmoins, cette enfant, dont le père est un ressortissant congolais né en 1964, est elle-même de nationalité congolaise. Le père de cette enfant, qui était titulaire d'un titre de séjour dont il n'a pas demandé le renouvellement, ne séjourne pas régulièrement en France. Résidant dans le département de la Gironde, il a fait l'objet d'une mesure de tutelle décidée le 20 octobre 2022 par la juge des contentieux de la protection statuant en qualité de juge des tutelles d'Arcachon, qui a désigné une association en qualité de tutrice. Ne ressortent pas du dossier des liens particuliers entretenus entre la requérante et le père de l'enfant née le 31 mars 2018, qui ne contribue pas effectivement à la garde, à l'entretien ou à l'éducation de cette enfant. La requérante n'est pas sans attaches personnelles en République du Congo, où elle a vécu pendant plus de trente ans, où est né son premier enfant, dont les deux enfants ont la nationalité congolaise et où résident sa mère et sa sœur. La cellule familiale qu'elle forme avec ses deux enfants, dont elle assure à titre habituel la garde, l'entretien et l'éducation, peut se reconstituer dans le pays d'origine. Il ne ressort pas du dossier que ces enfants, scolarisés l'un dans une école élémentaire à Angers et l'autre dans une école maternelle dans la même ville et qui peuvent accompagner leur mère, ne pourraient poursuivre leur scolarité en République du Congo. La circonstance que la requérante participe bénévolement aux activités d'associations ne caractérise pas une insertion intense et ancienne dans la société française. Il en résulte que Mme B ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus de régulariser sa situation de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvraient droit à la délivrance du titre de séjour qu'elle prévoit et que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur d'appréciation en la lui refusant. Pour les mêmes raisons, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de la requérante en France, et eu égard aux effets d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prescrit pas la délivrance de plein droit ou de droit d'un titre de séjour, ni ne prévoit que l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir se voit délivrer un titre de séjour, mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si cette admission répond à de telles considérations humanitaires ou se justifie au regard de tels motifs exceptionnels.
5. Il ne ressort pas du dossier que le préfet de Maine-et-Loire, qui a examiné la situation particulière de la requérante, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission exceptionnelle de Mme B au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires et ne se justifie pas non plus par des motifs exceptionnels.
6. Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. L'arrêté attaqué n'a pas pour effet de séparer les enfants de la requérante de cette dernière, dès lors, d'une part, que, de même nationalité qu'elle, ils peuvent l'accompagner en République du Congo et, d'autre part, que, titulaires sur ses enfants de l'autorité parentale, elle en assure à titre habituel la garde, l'entretien et l'éducation. Si la requérante et ses deux enfants sont hébergés à Angers chez leur père et grand-père, ce dernier, qui n'est pas titulaire de l'autorité parentale sur ses petits-enfants, n'en a pas la responsabilité habituelle de la garde, de l'entretien et de l'éducation. L'intérêt supérieur des enfants de la requérante ne commande pas une résidence habituelle en France avec leur grand-père. Ainsi qu'il a été dit, il n'existe pas de communauté de vie entre la requérante et le père de sa fille née à Angers le 31 mars 2018 et ne ressort du dossier aucune participation effective de ce père à la garde, l'entretien ou l'éducation de cette enfant. S'il est fait état de la situation de santé du fils aîné de la requérante, il ne ressort pas du dossier qu'à l'époque de l'arrêté attaqué, l'état de santé de cet enfant nécessiterait une prise en charge médicale. En outre, les enfants de la requérante peuvent poursuivre leur scolarité en République du Congo, où l'enseignement est dispensé dans la même langue qu'en France. Compte tenu de ces éléments, l'arrêté attaqué n'expose ces deux enfants à un risque particulier pour leur santé, leur sécurité, leur éducation. Dès lors, il n'en méconnaît pas l'intérêt supérieur et le moyen tiré de la méconnaissance du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, qui n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante. Dès lors, il ne peut être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'elle présente.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de la requérante ou à son bénéfice, la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Gilles Carson Ossete Okoya.
Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Bremont, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.
Le président-rapporteur,
A. DURUP DE BALEINE
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. THOMAS
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026