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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312858

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312858

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantCABINET ALEXIS TORDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Tordo, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 4 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 14 juin 2023 de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de parent étranger d'un enfant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il justifie remplir la condition de contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant ;

- elle méconnaît les articles L. 611-3, L. 631-1 et L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il remplit les conditions pour obtenir le visa d'entrée sur le territoire et que le refus d'entrée sur le territoire n'a pas pris en compte sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée pouvait également être fondée sur un autre motif, dont il demande la substitution, tiré de l'absence de lien de filiation avec l'enfant français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de parent étranger d'un enfant français auprès de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire). Par une décision du 14 juin 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 4 septembre 2023, dont il demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".

3. Les décisions des autorités consulaires portant refus d'une demande de visa doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même pour les décisions de rejet des recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions. Les dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent que si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision implicite, qui se substitue à la décision initiale, doit être regardée comme s'étant appropriée les motifs de la décision initiale. Si la décision consulaire est motivée, l'insuffisance de motivation de la décision implicite de rejet prise sur le recours préalable peut être utilement soulevée devant le juge, sans qu'une demande de communication de motifs ait été faite préalablement.

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision consulaire du 14 juin 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) a refusé à M. A la délivrance du visa demandé est motivée, d'une part, par la circonstance que M. A fait l'objet d'une mesure interdisant son retour sur le territoire français et d'autre part, par le fait qu'il représente un risque de menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la santé publique. Une telle motivation, qui comporte l'énoncé des considérations de fait qui servent de fondement à la décision, satisfait aux exigences légales de motivation. Par suite, la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, réputée s'être approprié les motifs de la décision consulaire, doit elle-même être regardée comme étant suffisamment motivée en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être écarté.

5. En deuxième lieu, si M. A soutient qu'il contribue de manière effective aux soins et à l'éducation de son enfant, cette circonstance, même à la supposée établie, est sans incidence sur la légalité de la décision de refus de visa contestée qui n'a pas été prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles fixent les conditions de délivrance des titres de séjour demandés par un parent étranger d'un enfant français mineur résidant en France. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces dispositions doit être écarté.

6. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 611-3, L. 631-1 et L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui régissent les obligations de quitter le territoire français, et non la délivrance d'un visa, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour () ". L'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Un étranger ne satisfait pas aux conditions d'entrée sur le territoire français lorsqu'il se trouve dans les situations suivantes : / 1° Sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public. / (). ".

8. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où ce visa peut être refusé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises, saisies d'une demande de visa de long séjour, disposent, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, tel que le détournement de l'objet du visa, mais aussi sur toute considération d'intérêt général. Il en va, notamment, ainsi des visas sollicités en qualité de parent d'enfant français.

9. M. A ne conteste pas avoir été condamné, le 2 avril 2020, par le tribunal correctionnel de Paris à la peine de 18 mois d'emprisonnement avec sursis pour agression sexuelle, ni avoir été interpellé le 7 janvier 2023 par les services de la police aux frontières de l'aéroport d'Orly et fait l'objet d'un refus d'entrée sur le territoire français, le même jour, pour " possession d'un document de voyage faux, falsifié ou altéré " et " pour possession d'un visa ou d'un permis de séjour faux, falsifié ou altéré " puis avoir été reconduit dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard à la nature, à la gravité et au caractère récent des faits commis par M. A, en estimant que sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public, la commission de recours n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif qui suffisait à lui seul à fonder la décision attaquée.

10. En dernier lieu, à supposer même que M. A, qui ne l'établit pas par les documents produits à l'appui du la requête, soit le père de l'enfant Kearan Anoma A, eu égard au motif de la décision attaquée et des éléments mentionnés au point précédent, la décision attaquée, qui n'a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale des requérants, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, elle ne méconnait ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la demande de substitution de motif sollicitée par le ministre, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIÈRE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. FOURNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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