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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312887

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312887

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312887
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 août 2023 et le 29 février 2024, Mme B A, représentée par Me Leudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de procéder au réexamen de sa demande de titre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant ses documents d'état civil et méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et de droit concernant la régularité de son entrée en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le motif erroné tiré du caractère apocryphe des actes d'état civil produits par le requérant, surabondant, peut être neutralisé ;

-aucun des autres moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Allio-Rousseau, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Leudet, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 9 juillet 1969, déclare être entrée en France le 29 décembre 2018, sous couvert d'un visa de court séjour portant la mention " famille de français " délivré par les autorités françaises et valable du 24 décembre 2018 au 23 mars 2019. Elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en sa qualité de conjointe d'un ressortissant français. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 17 novembre 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour vie privée et familiale à Mme A en qualité de conjointe d'un ressortissant français, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé qu'elle ne justifiait pas, d'une part, de la régularité de son entrée en France faute de produire le récépissé prévu par les dispositions de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, d'une communauté de vie réelle et sérieuse avec son époux, et enfin, que, compte tenu des anomalies relevées sur son extrait d'acte de naissance par la cellule documentaire et identité de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Nantes le 8 juin 2022, son état civil et son identité étaient incertains.

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. D'autre part, l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité. " Aux termes de l'article R. 621-2 de ce même code : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. Les modalités d'application du présent article, et notamment les mentions de la déclaration et son lieu de souscription, sont fixées par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'immigration. ". Aux termes de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. () ". Aux termes de l'article R. 621-3 du même code : " La production du récépissé mentionné au premier alinéa de l'article R. 621-2 permet à l'étranger soumis à l'obligation de déclaration de justifier, à toute réquisition d'une autorité compétente, qu'il a satisfait à cette obligation. ".

5. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées que celles-ci ne s'appliquent qu'aux étrangers entrés en France et venus d'un autre Etat signataire de l'accord de Schengen. Tel n'est pas le cas de Mme A, qui est entrée le 29 décembre 2018 sur le territoire français sous couvert d'un visa court séjour délivré par les autorités françaises valable du 24 décembre 2018 au 23 mars 2019, après avoir réalisé uniquement une escale à l'aéroport de Bruxelles comme en attestent le tampon apposé sur son passeport et ses documents de voyage. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la requérante doit être regardée comme étant entrée au sein de l'espace Schengen par la France durant la validité de son visa de court séjour de sorte qu'elle n'était pas tenue de souscrire la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée par l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le motif de refus opposé par le préfet, tiré de ce que l'intéressée ne serait pas entrée régulièrement en France faute d'avoir produit le récépissé de sa déclaration d'entrée, manque en fait.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est mariée avec M. C le 15 mai 2021 à Rezé (Loire-Atlantique). Elle démontre, contrairement à ce que soutient le préfet, qu'il existe une communauté de vie effective avec son époux au moins depuis octobre 2020 au regard notamment des factures, des multiples attestations et photographies produites. En conséquence, le motif tiré d'une absence de vie commune et effective de six mois en France à la date de la décision attaquée manque en fait.

7. En troisième lieu, et ainsi que le souligne le préfet de la Loire-Atlantique dans son mémoire en défense, compte tenu du caractère surabondant du motif tiré du caractère apocryphe des actes d'état civil produits, qui au demeurant n'est pas établi, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que la décision du préfet de la Loire-Atlantique du 17 novembre 2022 refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A doit être annulée de même que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer le titre de séjour sollicité à Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans que le prononcé d'une astreinte soit nécessaire.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leudet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 novembre 2022 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à Mme A le titre de séjour qu'elle a sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Leudet, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Leudet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Leudet.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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