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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312933

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312933

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312933
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2023, M. D B, représenté par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, et l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est injustifiée ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est injustifiée et disproportionnée, et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision l'assignant à résidence méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation, tant dans son principe, que dans ses modalités.

Par un mémoire en défense, enregistré les 22 novembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant guinéen, est entré irrégulièrement en France en 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 19 novembre 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 5 janvier 2019. Il a été interpellé le 4 septembre 2023 par les services de police dans le cadre de la constatation d'une infraction. Par un arrêté du 24 septembre 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant douze mois. Par un second arrêté du 24 septembre 2023, cette même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Si M. B fait valoir la relation de concubinage qu'il a nouée en France avec Mme A, ressortissante guinéenne, et la naissance en décembre 2022 de son fils C, la seule production de l'acte de naissance de ce dernier ne saurait être regardée comme étant de nature à établir la continuité de la relation avec Mme A à la date à laquelle la décision litigieuse a été prise, ni même l'existence de toute relation avec cet enfant. En outre, Mme A, qui a sollicité l'asile en France, faisait l'objet, à la date à laquelle la décision litigieuse a été prise, d'une décision de transfert aux autorités espagnoles et n'avait donc pas vocation à se maintenir sur le territoire français. Le requérant, dont la durée de présence en France s'explique principalement par son maintien irrégulier sur le territoire français postérieurement au rejet de sa demande d'asile, n'établit pas avoir noué d'autres attaches personnelles en France, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision refusant à M. B un délai de départ volontaire :

4. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ;

3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code, le risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, lorsque " () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement au rejet de sa demande d'asile en 2019, M. B s'est maintenu sur le territoire français en dépit de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite. Dans ces circonstances, le requérant n'établit pas que c'est à tort que le préfet de Maine-et-Loire a décidé de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision interdisant à M. B le retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

7. Ainsi qu'il a été précédemment dit, le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français postérieurement au rejet de sa demande d'asile, en dépit de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite, et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, et ne justifie pas d'attaches personnelles en France. Dans ces circonstances, et alors même que la présence du requérant ne représenterait pas de menace pour l'ordre public le préfet de Maine-et-Loire a pu valablement prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, dont la durée de douze mois n'apparaît pas disproportionnée. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant doit, pour les mêmes motifs, être écarté.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

8. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". L'article R. 733-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

9. M. B, dont la demande d'asile a été rejetée, n'apporte dans la présente instance aucun élément de nature à établir le bien-fondé des persécutions qu'il déclare craindre en cas de retour en Guinée, de sorte qu'il n'établit pas que c'est à tort que le préfet de Maine-et-Loire a considéré que son éloignement demeurait une perspective raisonnable. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour doit dès lors être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'assignation à résidence de M. B, qui lui permet de se déplacer dans le département, serait inadaptée ou disproportionnée, ni que l'obligation de se présenter deux fois par semaine à la gendarmerie serait excessive, le requérant ne justifiant d'aucune contrainte particulière qui l'empêcherait de satisfaire à cette obligation ni d'aucun élément de nature à démontrer le caractère excessif de la mesure de pointage, durant le temps nécessaire à la mise à exécution de la décision d'éloignement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELON

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILIN

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

mc

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