vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2312942 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BRODIN & HELLOCO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2023, Mme I C épouse H, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante des enfants mineurs F B, G D et E B, représentée par Me Helloco, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions de rejet nées du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) rejetant les demandes de visa d'entrée et de long séjour présentées pour les jeunes F B, G D et E B en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial, ensemble les décisions consulaires ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de leur situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions consulaires ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées en fait ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors que les documents d'état civil produits sont authentiques et établissent les identités et les liens de filiation de ses enfants ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 6 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fessard, rapporteure,
- et les observations de Me Leroy, substituant Me Helloco, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante sénégalaise, née 11 novembre 1985, a obtenu le 5 octobre 2021, une autorisation de regroupement familial délivrée par le préfet de l'Orne, afin de faire venir en France F B, né le 29 avril 2009, G D, née le 20 octobre 2012 et E B, née le 24 novembre 2005, qu'elle présente comme ses enfants. Ils ont sollicité la délivrance de visas de long séjour en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial auprès du Consulat général de France à Dakar, qui a rejeté leurs demandes. Par sa requête, Mme C demande au tribunal d'annuler les décisions implicites, nées le 7 avril 2023, pour Mme E B, et le 23 mai 2023 pour F B et G D, par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre les décisions de l'autorité consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions consulaires :
2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision prise par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, dont la saisine préalable à un recours contentieux est obligatoire à peine d'irrecevabilité de celui-ci, se substitue à la décision prise par l'autorité consulaire ou diplomatique sur la demande de visa. Il s'ensuit que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre les décisions implicites de rejet de la commission de recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
3. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de l'autorité consulaire, qui constitue un vice propre de cette décision, à laquelle s'est substituée la décision implicite de la commission de recours, doit être écarté comme inopérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. ". La commission doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par les autorités consulaires et tiré de ce que les documents d'état civil présentés par les demandeurs en vue d'établir leur état civil comportent des éléments permettant de conclure qu'ils ne sont pas authentiques. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".
6. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le regroupement familial, autorisé par le préfet, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère authentique des actes d'état civil produits.
7. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".
8. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
S'agissant de F et E B :
9. Pour établir l'identité des jeunes E et F et leur lien de filiation à son égard, Mme C produit les copies littérales des actes de naissance n° 4969 et n° 2551 établis par le centre d'état civil de Mbour selon lesquelles E et F B, nés respectivement le 24 novembre 2005 et le 29 avril 2009, sont issus de l'union de Mamadou B et de I C, dont la date de naissance et la profession sont également précisées. Ces mentions sont corroborées par les extraits d'acte de naissance, les cartes nationales d'identité et les passeports des intéressés également versés au débat. Ces éléments établissent l'identité et le lien de filiation des demandeurs de visa à l'égard de Mme C. Le ministre de l'intérieur, auquel la requête a été communiquée, n'apporte aucune précision sur les raisons qui ont conduit la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France à considérer que les documents d'état civil produits pour E et F B n'étaient pas authentiques. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le motif opposé par la commission de recours est entaché d'erreur d'appréciation.
S'agissant G D :
10. Lorsqu'un acte d'état civil étranger assure la publicité d'une décision de justice, il devient indissociable de celle-ci. Sa force probante est donc conditionnée à l'existence d'une décision de justice dépourvue de caractère frauduleux et respectueuse de la régularité internationale.
11. Pour établir l'identité de la jeune G à l'appui de sa demande de visa, Mme C se prévaut d'une copie littérale d'acte de naissance n° 6241, selon laquelle elle est née le 20 octobre 2012 de l'union de M. A L D et de I C. Cet acte mentionne également qu'il a été dressé le 3 novembre 2016 dans les registres d'acte de naissance de la commune de Mbour sur la base d'un jugement d'autorisation n° 4446 du 19 septembre 2016 rendu par le tribunal d'instance de Mbour. Toutefois, la requérante n'a pas versé au débat ce jugement d'autorisation. Par suite, et conformément au point 9, l'acte de naissance produit ne peut être regardé comme probant, alors même que ses mentions sont concordantes avec celles des autres pièces versées à l'instance. Enfin, si la requérante produit le certificat de scolarité et l'autorisation parentale établie par M. A K D le 2 mai 2017 au profit de Mme C, ces éléments ne sont toutefois pas suffisants pour établir le lien de filiation par le mécanisme de la possession d'état. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
12. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, l'identité et le lien de filiation entre G D et la regroupante n'étant pas établi, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant doivent être écartés
13. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation des décisions attaquées en tant qu'elles concernent E et F.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités, au profit de E B, et F B, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions implicites de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France nées le 7 avril 2023 et le 23 juillet 2023 sont annulées en tant qu'elles concernent E B, et F B.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités pour E B, et F B, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 000 euros (mille euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme I C et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme J, première-conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
A. FESSARD
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
A-L. LE GOUALLEC,
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026