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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312944

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312944

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A (BESCOU & SABATIER)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2023, Mme F A D épouse C et M. B C, représentés par Me Sabatier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Erbil (Kurdistan Irakien) rejetant la demande de visa d'entrée et de long séjour présentée pour Mme F A D en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que par une décision du 16 septembre 2022, le préfet du Rhône a autorisé le regroupement familial ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la demanderesse de visa n'a pas présenté de faux documents de voyages ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que seul un motif d'ordre public peut être opposé en cas d'accord au regroupement familial ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 6 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fessard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant syrien, né le 5 avril 1989, a obtenu le 16 décembre 2022, une autorisation de regroupement familial, délivrée par le préfet du Rhône, afin de faire venir en France son épouse, Mme F A D, née le 1er janvier 1998. Mme F A D épouse C a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial auprès du Consulat général de France à Erbil, qui lui a été refusée par une décision du 15 mai 2023. Par la présente requête, Mme A D épouse C et M. C, demandent au tribunal d'annuler la décision implicite, née le 9 août 2023, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours formé contre la décision de l'autorité consulaire.

2. Aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. ". La commission doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par l'autorité consulaire tirés, d'une part, de ce que le document de voyage présenté par le demandeur est un faux et d'autre part, de ce que le regroupement familial relatif à la demande de visa a été refusé par l'autorité préfectorale.

3. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".

4. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le regroupement familial, autorisé par le préfet, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère authentique des actes d'état civil produits.

5. Si les requérants font valoir que le document de voyage présenté par Mme D épouse C à l'appui de sa demande de visa n'était pas un faux, ils n'ont versé à l'instance aucune pièce permettant de vérifier leur allégation. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur de fait en opposant ce motif. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à fonder la décision attaquée.

6. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, l'identité de la demanderesse de visa n'étant pas établie, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D épouse C et de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A D épouse C et M. B C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme E, première-conseillère,

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

A. FESSARD

La présidente,

V. POUPINEAU

La greffière,

A-L. LE GOUALLEC,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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