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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2312953

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2312953

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2312953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantZOUATCHAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 et 17 septembre 2023, Mme C, représentée par Me Zouatcham, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 août 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Bruxelles (Belgique) a refusé de lui délivrer un visa de long séjour pour études ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de 5 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision contestée porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation, en ce qu'elle l'empêche de poursuivre ses études en France, sa date de rentrée tardive étant fixée au 16 octobre 2023 ; de plus, elle n'a pas manqué de diligence ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation

* elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de la directive 2016/801 du 11 mai 2016 et de l'instruction ministérielle en assurant la transposition : elle remplit l'ensemble des conditions de délivrance du visa sollicité (inscription dans un établissement d'enseignement supérieur, ressources suffisantes, connaissance de la langue française), et seul un motif d'ordre public est susceptible de légalement fonder le refus litigieux, lequel n'est pas invoqué par l'administration ; elle a toujours assumé les frais liés à ses études en Europe avec le soutien de ses parents, depuis son arrivée en Belgique en 2015 ; il a été exigé qu'elle justifie de ressources d'un montant de 615 euros par mois et non de 633 euros comme l'invoque le ministre de l'intérieur et des outre-mer en défense ; l'administration ne peut ajouter cette condition ; en tout état de cause, son garant, dont le foyer perçoit des revenus annuels de 46 647 euros, est en mesure d'assumer l'ensemble des frais liés à son séjour en France ; la décision contestée méconnaît le principe d'autonomie des universités, l'article L. 612-3 du code de l'éducation et caractérise une discrimination prohibée ; elle a réalisé l'ensemble de sa scolarité en français et a obtenu ses diplômes dans cette langue ;

* elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a justifié de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de toute nature durant son séjour en France ; elle a produit au dossier une attestation de prise en charge financière de M. A, son garant qui a signé une attestation d'accueil selon laquelle il prendra en charge l'intégralité des frais de séjour, notamment en l'hébergeant et en mettant à sa disposition des ressources financières ; les ressources de l'intéressé sont suffisantes et stables pour assumer cet engagement ; de plus, elle a déjà réglé une partie de ses frais de scolarité soit 990 euros et le reliquat sera acquitté sous forme de 10 mensualités de 955 euros chacune ; en outre, sa formation étant en alternance, elle percevra également une rémunération ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'éducation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 ;

- l'instruction du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 septembre 2023 à 14h30 :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,

- les observations de Me Zouatcham, représentant Mme C,

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante camerounaise née le 29 septembre 1992, a été admise, au titre de l'année académique 2023-2024, en 1ère année de MSc, mention biotechnologies et management dispensée par l'établissement IONIS SCHOOL OF TECHNOLOGY à Ivry-sur-Seine. Par la présente requête, l'intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 29 août 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Bruxelles (Belgique) a refusé de lui délivrer un visa de long séjour pour études.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens invoqués par Mme C, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision 29 août 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Bruxelles (Belgique) a refusé de lui délivrer un visa de long séjour pour études.

4. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, de rejeter la requête de Mme C en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 17 octobre 2023.

La juge des référés,

O. Robert-NutteLe greffier,

J-F. Merceron

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2312953

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