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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313107

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313107

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantCRABIERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 septembre, 5 octobre et

11 décembre 2023, M. D C, agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal E A, représenté par Me Crabières, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision née le 26 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 26 mai 2023 de l'ambassade de France au Cameroun refusant de délivrer à B A un visa de long séjour en qualité d'enfant de ressortissant français a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 994,80 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que les documents d'état civil produits sont conformes au droit local, la naissance E A ayant été déclarée en mairie dans le délai prévu par la loi camerounaise ;

- elle méconnaît le droit de son fils allégué à l'instruction, principe garanti par le préambule de la constitution du 27 octobre 1946 ainsi que par la déclaration universelle des droits de l'homme, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- son fils allégué, qui se trouve éloigné de sa famille, se trouve dans un état de détresse psychologique pouvant être assimilé à un syndrome dépressif ;

- la mesure d'expertise sollicitée présente un caractère utile, dès lors que la réalisation d'un test génétique permettra d'établir qu'il est bien le père E A.

Par une ordonnance du 10 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 juillet 2024.

Des mémoires, produits pour le requérant, ont été enregistrés les 4 et 13 septembre 2024 et n'ont pas été communiqués.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 :

- le rapport de M. Templier, conseiller ;

- et les observations de Me Crabières, avocate du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant français, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'enfant de ressortissant français au profit de son fils allégué,

B A, ressortissant camerounais, auprès de l'ambassade de France au Cameroun, laquelle a rejeté cette demande par une décision du 26 mai 2023. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité par une décision née le 26 août 2023, dont le requérant demande l'annulation au tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ". Il ressort des dispositions précitées que la décision en litige doit être regardée comme étant fondée sur le même motif que la décision consulaire à laquelle elle s'est substituée, tiré de ce que le document d'état civil présenté en vue d'établir la filiation du demandeur n'était pas conforme au droit local.

3. Les autorités diplomatiques ou consulaires chargées de l'examen des demandes de visa ne peuvent refuser la délivrance d'un visa de long séjour au descendant de moins de

vingt-et-un ans d'un ressortissant français que pour un motif d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation allégué ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.

4. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

5. Pour justifier de l'identité du demandeur de visa ainsi que du lien de filiation allégué, le requérant produit une copie d'acte de naissance n° 1496/2014 dressé le 28 avril 2014 par le centre d'état civil de la commune de Yaoundé V, cette copie ayant été certifiée conforme à l'original le 21 juin 2023, une attestation d'existence à la souche du même acte de naissance n° 1496/2014 ainsi qu'une copie légalisée et certifiée conforme le 21 juin 2023, ainsi qu'un document portant " reconnaissance d'enfants nés hors mariage par déclaration de naissance ", ces documents faisant état de la naissance E A le 10 mars 2014 et de son lien de filiation avec M. C. Il ressort des pièces du dossier que les mentions de ces différents documents concordent entre elles. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne remet pas en cause le caractère probant de ces documents et ne démontre pas en quoi ces pièces ne seraient pas conformes au droit camerounais. Dans ces conditions, l'identité E A ainsi que son lien de filiation avec

M. C doivent être considérés comme établis. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'ordonner la mesure d'expertise génétique sollicitée et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à B A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à l'intéressé le visa sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. (). ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

9. Il résulte de l'instruction que M. C ne justifie d'aucune réclamation indemnitaire préalable dont il aurait saisi l'administration, avant ou depuis l'introduction de sa requête. Dans ces conditions, le contentieux n'est pas lié et les conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. C au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 26 août 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à B A le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. TEMPLIER

La présidente,

M. LE BARBIER

Le greffier,

A. CORTET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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