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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313125

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313125

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantHUGON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 9 septembre 2023 et le 24 mars 2024, M. A G, M. M et Mme C B, ces derniers agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants des jeunes J, E et F G, représentés par Me Hugon, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Ankara (Turquie) rejetant les demandes de visas d'entrée et de long séjour présentées pour M. M, Mme C B et pour les jeunes J, E et F G au titre de la procédure de réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de Me Hugon, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée méconnaît les articles 9 et 11 de la directive 2003/86/CE relative au regroupement familial ainsi que l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que M. G est un mineur non marié qui a le droit d'être rejoint par ses parents et ses frères et sœur mineurs au titre de la procédure de réunification familiale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que les éléments versés au débat établissent l'identité et le lien de filiation des demandeurs de visa et le réunifiant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 janvier 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

M. A G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mai 2024 :

- le rapport de Mme Fessard, rapporteure,

- les observations de Me Le Floch, substituant Me Hugon, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. A G, ressortissant afghan né le 21 mars 2004, s'est vu reconnaitre le statut de réfugié par une décision en date du 14 février 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il déclare être le fils de M. K G et de Mme C B et le frère de J, E G et F G. Ces derniers ont sollicité auprès de l'ambassade de France à Ankara des visas de long séjour en qualité de membres de famille de réfugié qui ont été refusés par l'autorité consulaire française. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision implicite, dont les requérants demandent l'annulation, rejeté le recours formé contre ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort du mémoire en défense du ministre de l'intérieur que, pour rejeter le recours du requérant, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'identité et le lien de filiation des demandeurs de visas avec le réunifiant ne sont pas établis.

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et suivants du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale () 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; () Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective.". Aux termes des dispositions de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ". Il résulte de ces dispositions que les ascendants directs d'un enfant mineur non marié réfugié en France ou bénéficiaire de la protection subsidiaire peuvent demander à le rejoindre au titre de la réunification familiale. Ces mêmes dispositions prévoient que ces derniers peuvent être accompagnés, le cas échéant, par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective.

4. Le premier alinéa de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

5. Pour établir leurs liens familiaux, les requérants versent au débat l'acte de naissance de M. A G, établi par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, duquel il ressort qu'il est né le 21 mars 2004 à Arabay de l'union de M. K G et de Mme L, les actes de naissances de M. K G, né le 1er août 1976 et de Mme L, née le 1er août 1980 ainsi que ceux de Fardin, Mahnaz et Abolfazl G et le formulaire de demande d'asile de M. A G dans lequel il est précisé que ses parents sont M. K G et Mme L et que ses frères et sœurs sont Fardin, Mahmae et Abolfazl G.

6. Toutefois, le ministre de l'intérieur fait valoir que l'identité de la mère du réunifiant, Mme C B, diverge selon les actes produits. A cet égard, il ressort des pièces produites qu'elle est dénommée, sur son titre de séjour turc, Mme C B alors que sur les certificats de naissance et l'acte de mariage délivrés par les autorités afghanes, elle se nomme Mme I ou L. Les requérants soutiennent que le prénom C qui figure sur la copie du titre de séjour turc est le surnom public de l'intéressée et renvoient à cet égard à un document du département fédéral de justice et police de la Confédération suisse, en date du 19 mars 2019, expliquant les conceptions et usages en Afghanistan et notamment l'usage d'un surnom public par les femmes en lieu et place de leur nom. Si les divergences relevées sur les actes produits ne permettent pas de les regarder comme réguliers, compte tenu des déclarations constantes de M. G et des explications apportées sur les discordances relevées, alors que les autres discordances peuvent s'expliquer par des variantes dans la transcription des prénoms afghans, les requérants doivent être regardés comme établissant, par les éléments de possession d'état, les identités des demandeurs de visas et les liens familiaux revendiqués. Dans ces conditions, ils sont fondés à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas sollicités dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Si M. A G a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il est dépourvu de qualité lui donnant intérêt à agir contre la décision refusant la délivrance d'un visa d'entrée en France à ses parents majeurs et à ses frère et sœur mineurs dont il n'est pas le représentant légal. Les conclusions accessoires tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de refus de visa opposée par l'autorité consulaire à Ankara est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A G, à M. K G et Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

La rapporteure,

A. FESSARD

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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