mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2313144 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | HUGON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 septembre 2023, suivie de la production d'un mémoire le 19 septembre 2023 et des pièces complémentaires le 20 septembre 2023, M. F B, M. A E B, Mme C B, agissant en leur nom et celui de l'enfant Sahil, et M. D B, représentés par Me Hugon, demandent au juge des référés :
1°) d'admettre M. F B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, née le 20 juillet 2023, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions par lesquelles l'autorité consulaire française à Islamabad a refusé de délivrer des visas de long séjour à M. A E B, à Mme C B, à M. D B et à l'enfant Sahil B, au titre de la réunification familiale ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, " de délivrer " aux intéressés les visas sollicités, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, " de suspendre les refus des visas long séjour aux quatre membres de la famille B dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir sous astreinte de 200 euros par jour de retard " ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à leur conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Ils soutiennent dans le dernier état de leurs écritures que :
- la condition d'urgence est satisfaite ; elle est présumée s'agissant de décisions portant refus de visas à un membre de la famille d'un réfugié, et l'est en tout état de cause par la persécution de cette famille en Afghanistan par les talibans, due à leur appartenance à l'ethnie Hazâra.
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle méconnait les dispositions des articles 9 à 11 de la directive 2003/86/CE relative au regroupement familial ;
* elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
* elle méconnait les dispositions des articles L. 561-2, R. 561-1 et R. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; les liens familiaux sont largement établis par la production de documents d'état civil et d'identité ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la situation des intéressés alors même que la réunification familiale est un droit accordé au bénéficiaire de la protection subsidiaire ;
* dans ce dossier, où se cumulent la crise sanitaire, le gel des visa, la fermeture du service des visas de l'ambassade de France à Islamabad, la durée d'instruction de près de deux années et demi, le tribunal pourra considérer que manifestement, il y a là des circonstances particulières, qui justifient que M. B n'ait pas été en mesure de déposer une demande de réunification familiale dans les trois mois qui ont suivi la décision de l'OFPRA, si tant est que ce délai lui soit opposable en droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie en l'absence de doute sur la légalité de la décision.
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : les demandes de visa n'ont été déposées que le 28 décembre 2022. M. F B n'était ainsi plus mineur à cette date.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive (CE) 2003/86 du Conseil du 22 septembre 2003 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 12 avril 2018 A et S (C-550/16) ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 septembre 2023 à 10h00 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Breton, substituant Me Hugon, avocate des requérants, qui complète les conclusions initiales en demandant au juge des référés d'ordonner au ministre de procéder au réexamen de la situation des demandeurs de visas ;
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F B, ressortissant afghan né le 13 juillet 2001, a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire le 25 juillet 2019. Les requérants demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision, née le 20 juillet 2023, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions par lesquelles l'autorité consulaire française à Islamabad a refusé de délivrer des visas de long séjour à M. A E B, à Mme C B, présentés comme son père et sa mère, à M. D B et à l'enfant Sahil B, présentés comme ses frères, au titre de la réunification familiale.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. F B le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
5. D'autres part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite " et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
6. En l'espèce, M. F B, qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance à son arrivée en France le 31 août 2017, vit séparé des demandeurs de visa depuis plus de cinq années. Il résulte en outre de l'instruction que les intéressés appartiennent à l'ethnie Hazâra, laquelle fait l'objet de persécutions en Afghanistan de la part des talibans. La condition d'urgence impartie par l'article L. 521-1 précité, qui n'est au demeurant pas sérieusement contestée en défense, doit dès lors être regardée comme remplie. Alors même que le ministre ne remet pas davantage en cause les liens familiaux qui unissent M. F B avec les demandeurs de visas, ses parents et frères, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Dans ces conditions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de ladite décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Au regard de ses motifs, l'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visas de M. A E B, de Mme C B, de l'enfant Sahil et de M. D B. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de procéder à ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin de l'assortir de l'astreinte sollicitée.
Sur les frais d'instance :
8. Il résulte du point 2 de la présente ordonnance que M. F B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Hugon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hugon d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : M. F B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa de long séjour de M. A E B, de Mme C B, de l'enfant Sahil et de M. D B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 800 euros à Me Hugon en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F B, à M. A E B, à Mme C B, à M. D B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Hugon.
Fait à Nantes, le 26 septembre 2023.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
Le greffier,
J-F. MERCERONLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026