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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313157

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313157

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 septembre 2023 et le 11 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Pollono, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 21 juillet 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire au séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros hors taxes à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen sérieux de sa situation personnelle ; la décision se prononce uniquement sur l'accès au traitement dans son pays d'origine sans rechercher si les deux premières conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont remplies ;

- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et l'intégration n'est pas suffisamment motivé et est erroné puisqu'il ne mentionne pas la durée de son traitement ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle bénéficie désormais d'un traitement anti-VIH plus complet depuis 2021, l'EVIPLERA(r) contenant de la rilpivirine en plus des deux molécules anciennement prescrites (l'emtricitabine et le ténofovir) ; le traitement n'est pas disponible au Nigéria ; elle ne pourra en outre avoir accès à d'autres traitements du fait de leur coût ; la budésonide (SYMBACORT(r)) n'est pas disponible au Nigéria ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle est sortie d'un réseau de traite et de proxénétisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Pavy, substituant Me Pollono, représentant Mme A en présence de cette dernière.

Une note en délibéré produite pour Mme A et enregistrée le 14 mars 2024 n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante nigériane née en novembre 1987, déclare être entrée irrégulièrement en France en 2013. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 23 juillet 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 2 mai 2019. Par la suite, Mme A a bénéficié à compter de juin 2019 d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, puis d'une carte pluriannuelle de séjour valable jusqu'au 4 novembre 2022. Elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de son titre de séjour en raison de son état de santé sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 21 juillet 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions du 21 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

3. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour demandé par Mme A en raison de son état de santé, le préfet de la Loire-Atlantique produit à l'appui de ses écritures en défense, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et l'intégration (OFII) du 13 janvier 2023 au terme duquel si la requérante présente un état de santé nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut néanmoins bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque. Le préfet de la Loire-Atlantique s'est également fondé sur une fiche dite " MedCOI " de 2020 relatif au Nigéria, qu'il produit, laquelle indique que le traitement de la requérante est commercialisé dans son pays d'origine.

4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A est atteinte du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), infection qui a déjà généré des complications, et nécessitant un traitement à vie par EVIPLERA(r), médicament qui lui est prescrit depuis août 2021, son traitement ayant évolué plusieurs fois depuis son entrée en France avant que soit trouvé le médicament permettant une bonne réponse. Si le préfet défendeur produit une fiche " MedCOI " de 2020 dont il ressortirait que ce médicament serait disponible dans le pays d'origine de la requérante, ce document indique la disponibilité de ce médicament par renvoi à une note non sourcée. Par ailleurs, et surtout, il apparaît que la liste des médicaments essentiels au Nigéria de la même année, également produite par le préfet de la Loire-Atlantique en défense, ne mentionne ni l'EVIPLERA(r), ni deux des substances actives le composant, l'emtricitabine et la rilpivinine, l'EVIPLERA(r) se composant d'emtricitabine, de rilpivirine et de ténofovir disoproxil. Par ailleurs, la requérante produit également une fiche MedCOI de 2022 relative au Nigéria, postérieure à celle produite par le préfet défendeur et plus contemporaine du refus de séjour contesté, qui n'évoque ni l'EVIPLERA(r), ni la rilpivinine comme étant disponibles dans son pays d'origine.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il ressort des pièces du dossier que doit être accueilli le moyen tiré de ce que le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant que Mme A pourrait bénéficier effectivement d'un traitement médical approprié à son état de santé dans son pays d'origine.

6. Il en résulte que Mme A est fondée à demander l'annulation du refus de séjour du 21 juillet 2023. L'annulation de cette décision entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de munir l'intéressée d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocate peut donc se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pollono renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 21 juillet 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé le renouvellement du titre de séjour de Mme A, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " à Mme A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pollono renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Pollono.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

em

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