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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313232

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313232

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 septembre 2023 et le 30 août 2024, M. B A et Mme C A, représentés par Me Perrot, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juin 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours formé contre la décision du 28 décembre 2022 des autorités consulaires françaises à Conakry (Guinée) refusant de délivrer à Mme C A un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité, dans le délai sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au profit de Me Perrot, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision de la commission de recours est entachée d'une insuffisance de motivation en fait ;

- il n'est pas établi que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie dans une composition régulière ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que Mme A justifie de son identité et de son lien familial avec le réfugié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Paquelet-Duverger,

- et les observations de Me Perrot, représentant M. A et Mme A.

Une note en délibéré présentée pour les requérants a été enregistrée le 17 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, a été admis au statut de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 décembre 2020. Mme A a sollicité un visa de long séjour au titre de la réunification familiale auprès de l'ambassade de France à Conakry (Guinée), qui a rejeté sa demande. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision expresse du 21 juin 2023, dont les requérants demandent l'annulation, rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire.

2. En premier lieu, pour rejeter le recours de M. A, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a visé les articles L. 311-1 et L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a également motivé sa décision en précisant d'une part, que l'acte de naissance de Mme A a été transcrit suivant un jugement supplétif rendu le quinze mars 2021, postérieurement à l'obtention du statut de réfugié et qu'en dépit de ce jugement supplétif, l'acte de naissance de Mme A présente diverses anomalies qui lui ôtent tout caractère probant. La commission a ajouté d'autre part qu'en l'absence de production de pièces probantes susceptibles de justifier d'une possession d'état au sens de l'article 311-1 du code civil, le lien familial allégué avec M. B A n'était pas établi. Par suite, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. () " Aux termes de l'article D. 312-5 du même code : " Le président de la commission mentionnée à l'article D. 312-3 est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " La commission instituée à l'article D. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé siège à Nantes. () / Elle délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis. "

4. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a produit le procès-verbal de la séance du 21 juin 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France au cours de laquelle a été examiné le recours de M. et Mme A. Les requérants se bornent à soutenir qu'il n'est pas établi que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie dans une composition régulière, sans indiquer quelles conditions fixées par les dispositions précitées pour la composition de cette commission ont été précisément méconnues. Par suite, le moyen, qui n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue;()". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".

6. Il résulte de ces dispositions que, lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'une personne reconnue réfugiée ou bénéficiaire de la protection subsidiaire, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes d'état civil produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial de l'intéressé avec la personne réfugiée.

7. En outre, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

8. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux.

9. Pour justifier de l'identité de Mme A, les requérants produisent le jugement supplétif n° 8023/2021, rendu le 15 mars 2021 par le tribunal de première instance de Conakry (Guinée), ainsi qu'un extrait du registre de l'état civil attestant de la transcription le 9 avril 2021 dans un acte de naissance n° 4047, du jugement évoqué ci-dessus. La circonstance alléguée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer que ce jugement supplétif a été rendu après l'obtention par M. A du statut de réfugié ne suffit pas à établir le caractère frauduleux des documents ainsi produits. Par ailleurs, le ministre n'apporte aucune précision sur la nature des anomalies entachant l'acte de naissance de Mme A, qui lui ôterait tout caractère probant. Enfin, les requérants ont versé à l'instance une copie du passeport de Mme A, dont l'authenticité n'est pas contestée. Dans ces conditions, l'identité de Mme A doit être tenue pour établie.

10. M. et Mme A, ne contestent pas que le certificat de mariage religieux célébré le 28 avril 2019 ne permet pas de les faire regarder comme des époux. Ils soutiennent qu'ils ont tout au moins la qualité de concubins, au sens et pour l'application du 2° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour justifier de l'existence, avant la date d'introduction de la demande d'asile de M. A le 3 septembre 2020, d'une vie commune suffisamment stable et continue, les requérants produisent, outre le certificat de mariage religieux susmentionné, la fiche familiale de référence par laquelle M. A a déclaré ce mariage religieux à l'OFPRA, au moment du dépôt de sa demande d'asile , ainsi que des justificatifs d'envoi d'argent à Mme A à partir de juin 2021 et des captures d'écran d'une application de messagerie instantanée attestant de conversations régulières entre les intéressés, à partir du mois d'octobre 2019. Cependant ces éléments, postérieurs, pour l'essentiel, à la demande d'asile déposée par M. A, ne sont pas suffisants pour établir le caractère stable et continu de la vie commune des intéressés avant cette date. Dans ces circonstances, c'est par une exacte application des dispositions du 2° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la commission de recours a refusé de délivrer le visa sollicité. Il résulte de l'instruction qu'elle aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que ce seul motif.

11. En quatrième et dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, faute d'établissement par les requérants d'une vie commune suffisamment stable et continue, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et Mme C A, à Me Anne Perrot, et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Paquelet-Duverger, première conseillère,

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

S. PAQUELET-DUVERGERLa présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

A-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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