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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313304

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313304

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantKHATIFYIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Khatifyian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que cette décision a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen complet de sa situation personnelle en ce notamment en ce que sa demande de titre de séjour n'a été examinée que sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît de ce fait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 11 mars 1986, déclare être entré en France le 1er janvier 2015. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 18 janvier 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 21 octobre 2018. La demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par la suite par M. A a été rejetée par un arrêté du 26 septembre 2017 portant en outre obligation de quitter le territoire français, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 27 décembre 2017 et un arrêt de la cour d'appel de Nantes du 24 avril 2018. M. A s'est toutefois maintenu sur le territoire français et a de nouveau sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 9 août 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. / Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

3. L'arrêté attaqué vise les éléments de droit dont il fait application et notamment les articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait état des considérations de fait qui en justifient l'adoption en mentionnant les conditions du séjour en France de M. A, ses attaches en France et au Pakistan et sa situation professionnelle sur le territoire. Le refus de séjour du 9 août 2023 est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Si le requérant reproche au préfet de n'avoir examiné sa demande de titre qu'au regard des dispositions de l'article L.435- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans examiner son droit au séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du même code, il ressort des termes de la demande de titre formulée par le requérant, produite en défense, que cette demande ne se fondait que sur les dispositions de l'article L.435-1, l'autorité préfectorale, saisie d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'étant pas tenue, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Ainsi, M. A n'était pas fondé à soutenir que le préfet aurait, en rejetant sa demande de titre de séjour, entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle. Enfin, compte tenu du caractère suffisamment motivé de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français du même jour doit être écarté en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de même que le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 31 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer, " tous arrêtés () relevant des attributions de l'Etat " à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées contenues dans l'arrêté. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. A est entré en France en 2015 et y réside de façon continue depuis huit ans à la date de la décision attaquée. Il est célibataire et sans enfants. S'il entend faire valoir l'ancienneté de son séjour, la présence de son frère et de ses neveux en France, ainsi que son insertion dans la vie active depuis décembre 2020, ces éléments sont insuffisants à caractériser la réalité, l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans et où résident sa mère et un autre de ses frères. Il en résulte que le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale telle que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Ces dispositions, qui ne prévoient ni ne prescrivent la délivrance d'un titre de plein droit, ni que l'étranger justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels est en droit de se voir délivrer un titre de séjour, laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. A ne justifie pas de motifs exceptionnels lui permettant de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant le mention " vie privée et familiale ". Par ailleurs, si le requérant produit un contrat de travail à temps plein pour la société Mode Montparnasse en tant qu'employé polyvalent à Angers ainsi que des bulletins de paie pour la période allant de décembre 2020 à novembre 2022, il ressort des pièces du dossier que le requérant exerçait cette activité de façon irrégulière, en l'absence d'autorisation de travail. En outre, bien que le requérant justifie avoir pris des cours de français de 2017 à 2019, il ressort de son évaluation de français du 15 mars 2023 que son niveau linguistique en français est très insuffisant. Eu égard à ces circonstances, M. A ne justifie pas de motifs exceptionnels lui permettant de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". La situation du requérant ne révélant par ailleurs aucune considération humanitaire de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas, en rejetant sa demande, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que les moyens tirés de ce que le préfet de Maine-et-Loire aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. A et, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. L'illégalité des décisions refusant de délivrer au requérant un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. L'illégalité des décisions refusant de délivrer au requérant un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Khatifyian.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELONL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILIN

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

pg

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