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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313311

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313311

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 septembre 2023 et le 22 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) du 7 septembre 2023 rejetant sa demande de visa d'entrée et de long séjour pour un motif d'études ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les signataires de la décision consulaire et de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'avaient pas compétence pour ce faire ;

- les décisions sont insuffisamment motivées en fait et en droit ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de risque de détournement de l'objet du visa sollicité ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant ses ressources ;

- elle porte atteinte à son droit à l'éducation garanti par le préambule de la Constitution et les dispositions de l'article L. 111-1, 4 du code de l'éducation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision peut être fondée sur l'absence de ressources permettant à Mme A de subvenir à l'ensemble des frais pendant la durée de son séjour ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Ravaut a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise, demande au tribunal d'annuler la décision de l'autorité consulaire française à Yaoundé en date du 7 septembre 2023 lui refusant un visa de long séjour pour études.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. Le sous-directeur des visas, au sein de la direction générale des étrangers en France du ministère de l'intérieur, est chargé d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de court séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de l'une ou l'autre de ces autorités, selon la nature du visa sollicité, est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions qu'en raison des pouvoirs ainsi conférés à la commission, les décisions par lesquelles elle rejette, implicitement ou expressément, les recours introduits devant elle se substituent à celles des autorités diplomatiques ou consulaires. Les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante doivent, par conséquent, être regardées comme uniquement dirigées contre la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de refus de l'autorité consulaire à Yaoundé. Il s'en suit que les moyens dirigés contre la décision de l'autorité consulaire doivent être écartés comme inopérants.

3. En premier lieu, si Mme A soutient que le signataire de la décision attaquée n'avait pas compétence pour ce faire, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est implicite. Par conséquent ce moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En second lieu, en application des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision, qui se substitue à la décision initiale, doit être regardée comme s'étant appropriée les motifs de la décision initiale. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant appropriée le motif opposé, et fondé sur les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables ainsi que la directive n° 2016/801 du 11 mai 2016, par l'autorité consulaire française à Yaoundé, à savoir qu'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que l'intéressée séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles elle a sollicité un visa de long séjour. Par suite, cette décision est suffisamment motivée, en fait et en droit, au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle () ". La directive 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair, prévoit, à son article 20 que l'administration, peut rejeter la demande, selon le f) du 2, " s'il possède des preuves ou des motifs sérieux et objectifs pour établir que l'auteur de la demande souhaite séjourner sur son territoire à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande son admission ".

6. En outre, l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 dispose dans son point 2.1, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études " : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France ". Dans son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire ", cette même instruction indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui est née le 1er juillet 1995, a obtenu une licence en histoire des relations internationales au sein de l'université de Yaoundé au Cameroun en 2015/2016. Depuis cette date, il est attesté qu'elle travaille au sein de " la mutuelle des banquiers de la nouvelle génération " à Yaoundé en qualité d'assistante administrative. Si Mme A a été admise en " MS1 Management et stratégie d'entreprise " au sein de l'école " EUCLEA " pour l'année universitaire 2023/2024, elle explique cette réorientation par sa volonté de progresser au sein de l'entreprise qui l'emploie et que ses études précédentes permettent d'appréhender la gestion d'entreprise sous un autre angle. Toutefois, en dépit de ses explications, la reprise d'étude et la réorientation après un parcours universitaire et professionnel sans lien direct avec la formation à laquelle elle a été admise ne permettent pas de considérer que son projet présente un caractère cohérent et sérieux. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la commission a pu rejeter son recours au motif que des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettaient d'établir qu'elle avait pour but de séjourner en France à d'autres fins que celles pour lesquelles elle avait sollicité un visa de long séjour.

8. En quatrième lieu, et en tout état de cause, le droit à l'éducation, tel qu'il est notamment protégé par les dispositions de l'article 14 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'alinéa 13 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, ne saurait conférer un droit à tout ressortissant étranger souhaitant venir étudier en France à obtenir un visa à cette fin. Par suite, Mme A, qui ne conteste pas pouvoir suivre une formation équivalente dans son pays, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît ces dispositions.

9. Enfin, en cinquième et dernier lieu, si Mme A invoque la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle ne peut, eu égard à l'objet du visa demandé, utilement s'en prévaloir.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de motifs sollicitée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

11. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Ravaut, conseiller,

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le rapporteur,

C. RAVAUT

La présidente,

V. POUPINEAU

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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