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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313433

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313433

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGOUEDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Gouedo, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 août 2023 par lesquelles le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle puisque le préfet n'a pas examiné les deux volets de l'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle peut bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions à la fois en raison de l'ancienneté de son séjour en France, de son intégration par des cours de français et des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante russe née en avril 1960, déclare être entrée en France en juillet 2014. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 29 avril 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 août 2016. Sa demande de réexamen a également été rejetée à la suite d'une décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 novembre 2016. A la suite de ce rejet, une obligation de quitter le territoire a été adoptée le 30 décembre 2016 par la préfète de la Sarthe. Par un jugement n° 1700730 du 15 juin 2017, le tribunal administratif de Nantes a annulé l'arrêté en date du 30 décembre 2016 et a enjoint à la préfète de la Sarthe de réexaminer la situation de la requérante. Au cours du réexamen de sa situation, par un courrier du 1er février 2017, Mme B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, laquelle demande a été rejetée par un arrêté du 4 octobre 2017 comportant également une obligation de quitter le territoire. Elle a, par la suite, sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raison médicale. Sa demande de titre a été refusée par une décision du 4 mai 2018. En octobre 2019, Mme B a, ensuite, de nouveau, sollicité du préfet de la Sarthe une admission exceptionnelle au séjour. Sa demande a, une nouvelle fois, été refusée par une décision du 19 novembre 2020, assortie d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français. Son recours contre ces décisions a été rejeté par un jugement n° 2013674 du tribunal administratif de Nantes du 8 février 2022. En mai 2022, elle a, une nouvelle fois, sollicité auprès du préfet de la Sarthe son admission exceptionnelle au séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 17 août 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions du 17 août 2023.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Le refus de séjour attaqué du 17 août 2023 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus du séjour n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En second lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. Il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 17 août 2023 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Sarthe n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de Mme B avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. En outre, la requérante, qui n'a pas travaillé sur le territoire français et ne fait pas état de démarches pour occuper un emploi, n'établit pas avoir présenté, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent, une demande d'admission exceptionnelle au séjour en vue de la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " salarié " ou mention " travailleur temporaire ". Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à invoquer l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet de la Sarthe en n'examinant pas sa demande d'admission exceptionnelle au séjour en dehors de la délivrance d'une carte de séjour " vie privée et familiale ".

6. Il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur ", répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il résulte, en outre, de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. Mme B, veuve et sans enfant sur le territoire français, se prévaut de sa durée de présence en France, depuis neuf ans à la date de la décision attaquée, sans pour autant l'établir. Elle n'a séjourné régulièrement en France qu'en qualité de demandeure d'asile alors que sa demande de réexamen a été rejetée à la suite de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 novembre 2016. Elle s'est ensuite soustraite à l'exécution de deux obligations de quitter le territoire français du 4 octobre 2017 et du 19 novembre 2020. Si la requérante se prévaut d'avoir ses centres d'intérêts en France, elle ne démontre pas y avoir développé de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses. En outre, si elle verse au débat des attestations de suivi de cours de français, celles-ci sont insuffisantes pour établir qu'elle s'est socialement intégrée sur le territoire français. De plus, elle ne justifie pas avoir travaillé sur le territoire ou effectué des démarches en vue d'une telle intégration professionnelle. Par ailleurs, la simple production d'un certificat médical établi par un médecin psychiatre en 2017 faisant état notamment d'un syndrome de stress post-traumatique, ne permet pas d'établir, eu égard notamment à son ancienneté, que le défaut de prise en charge et le retour dans son pays d'origine pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de la requérante. Par ailleurs, elle ne démontre pas non plus ne plus disposer d'aucune attache privée ou familiale avec son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-quatre ans. Enfin si Mme B invoque, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, les risques encourus en cas de retour en Russie, elle n'apporte à l'appui de ses allégations que son propre récit et la reprise de celui-ci en 2017 par un médecin psychiatre, alors en outre que tant sa demande d'asile que sa demande de réexamen ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme B. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays d'éloignement :

8. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait l'obligation de quitter le territoire français du 17 août 2023 doit être écarté.

9. En deuxième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

10. Ainsi qu'il a été dit au point 7 du jugement, si Mme B produit un certificat médical établi par un médecin psychiatre faisant état, de manière détaillée, de la gravité de la pathologie psychiatrique de l'intéressée, atteinte d'un syndrome post-traumatique, d'un état dépressif sur lesquels se greffent des handicaps physiques importants, et relevant qu'une absence de prise en charge spécialisée serait de nature à entrainer une décompensation psychique d'une extrême gravité, ce certificat médical est daté du 30 décembre 2017. Mme B ne produit aucun document médical plus récent. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressée, dont une précédente demande de titre de séjour en raison de son état de santé a été rejetée par une décision du 4 mai 2018, ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En dernier lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Mme B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. A supposer que la requérante ait entendu soulever ce moyen à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement, ainsi qu'il a été dit au point 7 du jugement, la requérante n'apporte à l'appui de ses allégations que son propre récit et la reprise de celui-ci en 2017 par un médecin psychiatre, alors en outre que tant sa demande d'asile que sa demande de réexamen ont été rejetées respectivement à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 août 2016 et par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 novembre 2016.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Sarthe et à Me Gouedo.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

cc

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