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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313458

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313458

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantBREILLAT- DIEUMEGARD- MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2023, Mme C A et M. D E A, représentés par la Scp d'avocats " Breillat, Dieumegard, Masson ", demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 27 juillet 2022 de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) refusant à M. E A la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'enfant étranger de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande de délivrance de visa, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est signée d'une autorité incompétente ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de recours s'est réunie dans une composition régulière ;

- cette même décision est insuffisamment motivée ;

- elle ne procède pas d'un examen particulier de la situation de M. E A ;

- elle procède d'une appréciation erronée de la qualité d'enfant étranger majeur de ressortissant français du demandeur ;

- ladite décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés et que la décision attaquée pouvait légalement être fondée sur un autre motif tiré du risque de détournement de l'objet du visa.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E A, ressortissant camerounais né le 10 juin 1989, a sollicité auprès de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'enfant étranger majeur de ressortissant français. Par une décision du 27 juillet 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision du 5 juillet 2023, dont Mme A et M. E A demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée n'a pas été prise par M. Alain Ferré, président suppléant de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France régulièrement reconduit dans les fonctions de second suppléant du président de la commission pour une durée de trois ans à compter du 28 juin 2022, mais par la commission de recours elle-même lors de sa séance du 5 juillet 2023. Par suite, et alors que M. B s'est borné, en sa qualité de président suppléant, à signer le courrier de notification de cette décision adressée au conseil des requérants, ces derniers ne peuvent utilement soutenir que la décision a été signée par une autorité incompétente.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le président de la commission [de recours] est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2019 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " [La commission] délibère valablement lorsque le président et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, lors de la séance du 5 juillet 2023 au cours de laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a examiné le recours dirigé contre la décision consulaire de refus de délivrance d'un visa à M. E A, celle-ci s'est réunie en présence de son président suppléant et de trois de ses membres. Par suite, le quorum étant atteint, le moyen tiré de la composition irrégulière de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée, outre sur les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle vise expressément, sur le motif tiré de ce que M. E A n'établit pas être à la charge d'un ressortissant français, dès lors qu'il ne justifie pas ne disposer d'aucune ressource au Cameroun, ni que sa mère pourvoit à ses besoins par des virements bancaires réguliers et consistants. La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France comporte ainsi, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants. Par suite, ce moyen sera écarté.

7. En cinquième lieu, si M. E A allègue ne disposer d'aucune ressource au Cameroun à l'effet de subvenir à ses besoins de la vie courante dans des conditions décentes, il ne l'établit pas, alors au demeurant qu'il indique y avoir créé une société coopérative de gestion du bois à son nom. Par ailleurs, Mme A et son époux, de nationalité française, qui ne justifient pas avoir déclaré le demandeur en qualité d'enfant à charge, ainsi que cela ressort de l'avis d'imposition 2023 sur les revenus de l'année 2022 versé au dossier, on disposé la même année de 13 445 euros de revenus, seule Mme A justifiant être en situation d'emploi. Dans ces conditions, la qualité de descendant à charge de ressortissant français de M. E A ne peut être regardée comme étant établie. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours a pu rejeter le recours dirigé contre la décision consulaire pour ce motif.

8. En dernier lieu, M. E A, âgé de 33 ans à la date de la décision litigieuse, a toujours vécu au Cameroun, pays dans lequel il ne justifie pas être isolé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait empêché de solliciter la délivrance de visas d'entrée et de court séjour en France afin de rendre visite à sa mère et son père adoptif. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la substitution de motif demandée par le ministre, que la requête de Mme A et M. E A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A et M. E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. D E A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. REVÉREAULe président,

P. BESSE

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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