lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2313478 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BRODIN & HELLOCO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2023, M. J E, représenté par Me Helloco, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 12 juin 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions du 14 mars 2023 de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de délivrer à Mme I G et aux jeunes A, L, D C, K et B E des visas de long séjour au titre du regroupement familial, ainsi que ces décisions consulaires ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ces visas dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au profit de son conseil, au titre de l'aide juridictionnelle, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, à défaut sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'auteur des décisions consulaires n'avait pas compétence pour les prendre ;
- les décisions attaquées ne sont pas motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation, dès lors que les documents d'état civil présentés pour établir l'identité des demandeurs de visa et leur lien de filiation avec lui sont authentiques ; l'identité des demandeurs de visa et leur lien de filiation avec lui sont établis par la possession d'état ;
- il est porté une atteinte disproportionnée à leur droit de mener une vie privée et familiale normale, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est méconnu.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une décision du 3 avril 2024, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 25%.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme André a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. J E, ressortissant sénégalais né le 17 mars 1966, a obtenu par décision du 5 octobre 2021 du préfet de l'Orne, une autorisation de regroupement familial au profit de Mme I G et des enfants A, L, D C, K et B E, de même nationalité, qu'il présente comme son épouse et ses enfants, et qui ont, à ce titre, sollicité des visas de long séjour auprès de l'autorité consulaire à Dakar (Sénégal). Cette autorité a, par des décisions du 14 mars 2023, rejeté ces demandes. Par une décision implicite née le 12 juin 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre ces décisions consulaires. M. E demande l'annulation de la décision de la commission de recours et des décisions consulaires.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions consulaires du 14 mars 2023 :
2. En vertu des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui instituent un recours administratif préalable obligatoire, la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est substituée aux décisions du 14 mars 2023 de l'autorité consulaire française à Dakar. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
3. Pour rejeter le recours préalable formé contre les refus de visas en litige, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée, ainsi qu'elle est réputée le faire en vertu des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le motif opposé par ces refus consulaires tiré de ce que les documents présentés en vue d'établir l'état civil des intéressés comportent des éléments permettant de conclure qu'ils ne sont pas authentiques.
4. D'une part, dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation entre le demandeur du visa et le membre de la famille qu'il projette de rejoindre sur le territoire français.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil, dans sa version en vigueur à compter du 4 août 2021 : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".
6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
7. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux ou révélerait une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
En ce qui concerne Mme I G :
8. Pour justifier de l'identité de Mme G et de son lien matrimonial avec lui, M. E a produit, outre, un extrait du registre des actes de naissance de l'année 1979, dressé le 8 mars 2023 par un officier d'état civil de la commune de Thiaroye sur Mer (Sénégal), portant sur l'acte de naissance n° 653, faisant état de ce que Mme G est née le 23 novembre 1979, un extrait d'acte de mariage précisant qu'ils se sont mariés le 10 janvier 2015 à Mbour (Sénégal). Les mentions figurant dans ces deux documents sont concordantes. Par suite, et en l'absence de mémoire en défense, l'identité de Mme G, ainsi que le lien matrimonial qui l'unit à M. E doivent être regardés comme établis. Dès lors, ce dernier est fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en rejetant son recours formé contre le refus de visa opposé à son épouse pour le motif énoncé au point 3.
En ce qui concerne K, D C et L E :
9. Pour justifier de l'identité des enfants K, L et D C E, et de leur lien de filiation avec M. E, ont été produits des extraits du registre des actes de naissance de l'année 2009, dressés les 28 mars 2013, 29 mars 2013 et 26 décembre 2018, par des officiers d'état civil de la commune de Mbour, concernant les actes de naissance n°4347 à 4349, faisant état de ce qu'ils sont nés le 27 août 2009, à Mbour, de l'union de M. E et de Mme G. Par suite, et alors que, comme dit précédemment, le ministre de l'intérieur n'a pas produit de mémoire en défense, l'identité de K, L et D C E et le lien de filiation qui les unit à M. E doivent être regardés comme établis. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a également entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en rejetant le recours formé pour ces trois enfants par M. E.
En ce qui concerne A et B E :
10. Pour justifier de l'identité des jeunes A et B E et de leur lien de filiation avec M. E, ont été produits deux extraits du registre des actes de naissance des années 2006 et 2012, portant sur les actes de naissance 6831 et 4783, établis par un officier de la commune de Mbour les 12 décembre 2019 et 28 mars 2013, faisant état de ce que les jeunes A et B sont nés respectivement les 21 septembre 2006 et 26 août 2012 de l'union de M. J E et de Mme H F. La seule mention de ces deux enfants dans le livret de famille de M. E et de Mme G n'est pas de nature à ôter toute valeur probante à ces actes de naissance. Par suite, l'identité A et B E et leur lien de filiation avec le requérant peuvent être regardés comme établis. Il s'ensuit que c'est à tort que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a opposé le motif rappelé au point 3 pour refuser de délivrer des visas à ces deux enfants.
11. Il résulte de ce qui précède que M. E est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas sollicités à Mme G, ainsi qu'à K, D C et L E. Toutefois, en l'absence de jugement de délégation de l'autorité parentale exclusive au profit de M. E à l'égard A et B E, il implique seulement qu'il soit procédé au réexamen des demandes les concernant. Par suite, il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans un délai de deux mois suivant la notification de ce jugement, de faire délivrer des visas de long séjour à Mme G, K, D C et L E et de procéder au réexamen des demandes de visas présentées pour A et B E. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 25%. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à verser à Me Helloco, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, née le 12 juin 2023, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de délivrer à Mme G et aux jeunes K, D C et L E des visas de long séjour et de procéder au réexamen des demandes de visas présentées pour A et B E.
Article 3 : L'Etat versera à Me Helloco la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. J E, à Me Helloco et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Claire Chauvet, présidente,
Mme Marina André, première conseillère,
M. Emmanuel Bernard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La rapporteure,
Marina André
La présidente,
Claire Chauvet
La greffière,
Anne Voisin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026