jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2313491 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 semaines - 12ème chambre |
| Avocat requérant | GOUACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 septembre 2023 et 8 février 2024, Mme E A, représentée par Me Gouache, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours à compter du rétablissement des liaisons terriennes, maritimes ou aériennes, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) à titre subsidiaire, d'abroger cet arrêté ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est intervenue en méconnaissance de son droit d'être entendue ;
- elle méconnaît les articles 3-1 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant et les articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui refusant un délai de départ supérieur à 45 jours et la décision fixant le pays de destination sont illégales du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- si le tribunal rejetait sa demande d'annulation, le changement de circonstances de fait intervenu depuis l'édiction de l'arrêté litigieux justifie à tout le moins l'abrogation de cet arrêté.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Soreau, substituant Me Gouache, avocate de Mme A, en présence de cette dernière.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne, est entrée en France en 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 juin 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 17 novembre 2021. Sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'OFPRA par une décision du 24 mars 2022, confirmée par la CNDA par une décision du 23 août 2022. Par un arrêté du 3 mai 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays dont elle a la nationalité comme pays de destination. C'est l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. Par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer " tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration () " au nombre desquelles figurent les décisions portant obligation de quitter le territoire, les décisions fixant le délai de départ et les décisions fixant le pays de renvoi. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
3. La décision litigieuse vise les stipulations conventionnelles et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, en particulier les dispositions du 4° de l'article L. 611-1, et celles de L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne en outre de manière détaillée les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A sur lesquelles le préfet s'est fondé, notamment les éléments relatifs à sa vie privée et familiale, pour prononcer son éloignement. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en droit et en fait.
4. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, relatif au droit à une bonne administration : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si ces dispositions ne sont pas en
elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.
5. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant que celle-ci n'intervienne.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A a présenté une demande d'asile. Elle a ainsi été en mesure, tout au long de l'instruction de sa demande de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur les mesures envisagées en cas de rejet de sa demande avant que celles-ci n'interviennent. En outre, elle n'ignorait pas, qu'après la décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile, elle ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire national, sauf à solliciter un titre de séjour sur un autre fondement. Mme A qui savait dès lors qu'elle était dépourvue de tout titre l'autorisant à se maintenir sur le territoire national pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement, n'a pourtant signalé au préfet de la Loire-Atlantique aucun changement relatif à sa situation personnelle avant que celui-ci statue. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 16 de cette même convention : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. ".
8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle l'arrêté litigieux a été pris, Mme A était mère d'un enfant né en 2022 de son union avec M. F A, ressortissant guinéen, qui fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et n'a donc pas vocation à se maintenir sur le territoire français. Si la requérante a, postérieurement à l'édiction de cet arrêté, donné naissance à un second enfant, et si elle justifie du dépôt d'une demande d'asile au nom de ses deux enfants, qui permet à ces derniers de se maintenir sur le territoire français durant le temps nécessaire à l'examen de leur demande, cette circonstance est postérieure à la date d'édiction de l'arrêté litigieux, à laquelle s'apprécie la légalité de cet acte. Si la requérante évoque encore les craintes qu'elle éprouve quant aux mauvais traitements auxquels ces enfants, nés d'une union hors mariage, seraient susceptibles d'être exposés en cas de retour au Guinée, la décision litigieuse porte seulement obligation de quitter le territoire français, et n'a pas pour effet de renvoyer ses enfants dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3-1 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant, ainsi que, en tout état de cause, des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen relatif à la décision fixant un délai de départ volontaire :
9. Le présent jugement écarte les moyens dirigés contre la décision obligeant Mme A à quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire, doit en conséquence être écarté.
En ce qui concerne les moyens relatifs à la décision fixant le pays de destination :
10. Le présent jugement écarte les moyens dirigés contre la décision obligeant Mme A à quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit en conséquence être écarté.
11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué à l'article L. 513-2 du même code invoqué par la requérante : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
12. Si Mme A soutient qu'elle a dû fuir son pays pour échapper au mariage forcé auquel sa famille la destinait, et qu'elle a ensuite été victime, au cours de son parcours d'exil, de graves sévices, un homme l'ayant contrainte à se prostituer, elle n'apporte, à l'appui de ces déclarations aucun élément précis, autre que des éléments généraux sur la pratique des mariages forcés en Guinée, de nature à établir la réalité des risques qu'elle allègue, alors que sa demande de protection internationale a été définitivement rejetée et que sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable. Par suite, en désignant la Guinée au nombre des pays à destination desquels la requérante est susceptible d'être reconduite d'office, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays de destination.
En ce qui concerne les conclusions subsidiaires à fin d'abrogation :
14. Mme A, qui se prévaut d'une décision n°437141 du 19 novembre 2021 du Conseil d'Etat, demande à la Cour de procéder à l'abrogation de l'arrêté du 3 mai 2023 au motif d'un changement de circonstances intervenu depuis l'édiction de cet arrêté tenant à l'introduction, au nom de ses deux enfants mineurs, d'une demande d'asile. Toutefois, si le juge administratif peut, parallèlement à des conclusions d'annulation recevables, être saisi, à titre subsidiaire, de conclusions tendant à ce qu'il prononce l'abrogation d'un acte administratif au motif d'une illégalité résultant d'un changement de circonstances de droit ou de fait postérieur à son édiction, cette faculté n'est ouverte, selon les principes énoncés par la décision précitée du Conseil d'Etat, qu'à l'encontre des actes à caractère réglementaire. Les conclusions à fin d'abrogation présentées par Mme A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Maxime Gouache.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
La magistrate désignée,
V. D
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026