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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313577

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313577

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantDOUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 septembre 2023 et le 16 janvier 2024, M. H et Mme B F, agissant en leur nom propre et en leur qualité de représentants légaux des enfants G C F, A F et G I F, représentés par Me Douard, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 5 novembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 27 juillet 2023 de l'autorité consulaire française à Téhéran (République islamique d'Iran) refusant de leur délivrer des visas de long séjour en vue de demander l'asile en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ces visas dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision consulaire a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Heng,

- et les observations de Me Douard, représentant M. F et Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. M. E F, Mme B F, et les enfants G C F, A F et G I F, ressortissants afghans résidant en Iran, ont présenté des demandes de visa de long séjour auprès de l'autorité consulaire française en Iran afin de solliciter l'asile en France. Par une décision du 27 juillet 2023, cette autorité a refusé de leur délivrer les visas sollicités. Par une décision implicite née le 5 novembre 2023 puis par une décision expresse du 22 novembre 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. M. F et Mme F doivent être regardés comme demandant l'annulation de la décision implicite du 27 juillet 2023.

Sur l'objet du litige :

2. D'une part, si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite née le 5 novembre 2023 par laquelle la commission de recours a rejeté le recours contre la décision du 27 juillet 2023 de l'autorité consulaire française à Téhéran doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 22 novembre 2023 par laquelle la commission a confirmé ce refus.

4. D'autre part, dès lors que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est substituée à la décision consulaire, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté comme inopérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. En l'espèce, la décision attaquée renvoie à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, pour confirmer les refus de visa opposés à M. H, son épouse et leurs enfants, elle énonce que " la catégorie de visa sollicité dont l'objet est de permettre le dépôt d'une demande d'asile en France ne rentre pas dans le champ d'application du ceseda ". Une telle motivation permet aux destinataires de la décision d'en contester utilement la légalité. Dès lors, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 22 novembre 2023 satisfait à l'exigence de motivation qui résulte des dispositions citées au point précédent.

7. En second lieu, la circonstance que le visa sollicité en vue de déposer une demande d'asile en France ne soit pas prévu par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne fait pas obstacle, à elle seule, à ce qu'une telle demande soit examinée par les autorités françaises. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le motif rappelé au point 6 est entaché d'une erreur de droit.

8. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. Le ministre de l'intérieur fait valoir dans son mémoire en défense, communiqué aux requérants, que leur situation personnelle et celle de leurs enfants, qui résident en Iran sous couvert d'un titre de séjour valable jusqu'en février 2024, ne justifie pas le bénéfice d'une mesure de faveur telle que la délivrance de visas en vue de solliciter l'asile en France. Le ministre de l'intérieur doit être regardé comme demandant implicitement une substitution de motif.

10. Aux termes du quatrième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 auquel se réfère celui de la Constitution du 4 octobre 1958 : " Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République ". Si le droit constitutionnel d'asile a pour corollaire le droit de solliciter en France la qualité de réfugié, les garanties attachées à ce droit reconnu aux étrangers se trouvant sur le territoire de la République n'emportent pas de droit à la délivrance d'un visa en vue de déposer une demande d'asile en France ou pour y demander le bénéfice de la qualité de réfugié ou de la protection subsidiaire.

11. Si les requérants se prévalent de leur appartenance à la communauté chiite hazâra et de leur proximité avec les valeurs occidentales pour justifier de risques de persécutions et de traitements inhumains ou dégradants auxquels ils seraient exposés en cas de retour en Afghanistan, il n'est ni établi ni même allégué qu'ils feraient l'objet de menaces directes en Iran où ils résident depuis 2019. S'il ressort des pièces du dossier que le visa étudiant iranien dont dispose M. F expire le 16 février 2024, ce qui l'expose, avec sa famille, à un risque d'expulsion pour l'Afghanistan, cette circonstance ne justifie pas à elle seule la délivrance d'un visa dans le but de solliciter l'asile en France, mesure qui constitue une faveur au bénéfice de laquelle les intéressés ne peuvent faire valoir aucun droit. Le motif invoqué par le ministre est, ainsi, de nature à fonder légalement la décision attaquée. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motifs demandée par le ministre, laquelle ne prive les requérants d'aucune garantie.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que de celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F et de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, à Mme B F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

La rapporteure,

H. HENGLa présidente,

C. CHAUVETLa greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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