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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313673

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313673

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2023 sous le numéro 2313673, Mme F B, représentée par la SAS d'avocats Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 19 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 18 mai 2023 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'enfant étranger de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer le visa qu'elle a sollicité, à défaut, de faire procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les documents présentés pour établir son lien de filiation avec M. A B, ressortissant français, sont conformes au droit local ; sa présence sur le territoire national ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne peut être fondée sur les dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les informations qu'elle a communiquées pour justifier l'objet et les conditions de son séjour étaient complètes et fiables ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2023 sous le numéro 2313681, M. D B, représenté par la SAS d'avocats Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 19 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 18 mai 2023 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'enfant étranger de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer le visa qu'il a sollicité, à défaut, de faire procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les documents présentés pour établir son lien de filiation avec M. A B, ressortissant français, sont conformes au droit local ; sa présence sur le territoire national ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne peut être fondée sur les dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les informations qu'il a communiquées pour justifier l'objet et les conditions de son séjour étaient complètes et fiables.

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

III. Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2023 sous le numéro 2313683, M. C B, représenté par la SAS d'avocats Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 19 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 18 mai 2023 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'enfant étranger de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer le visa qu'il a sollicité, à défaut, de faire procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les documents présentés pour établir son lien de filiation avec M. A B, ressortissant français, sont conformes au droit local ; sa présence sur le territoire national ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne peut être fondée sur les dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les informations qu'il a communiquées pour justifier l'objet et les conditions de son séjour étaient complètes et fiables ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F B, ressortissante malienne née le 18 mars 2004, ainsi que M. D B et M. C B, de même nationalité nés le 6 octobre 2004, ont sollicité des visas de long séjour en qualité d'enfant d'un ressortissant français auprès de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) laquelle a rejeté leurs demandes par des décisions du 18 mai 2023. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, le 19 août 2023, rejeté les recours formés contre ces décisions consulaires, puis, le 12 octobre 2023, recommandé au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer lesdits visas. Par une décision du 1er février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a pas suivi cette recommandation et a refusé de délivrer ces visas au motif qu'il n'est établi ni qu'un lien de filiation unirait les intéressés avec M. A B, ressortissant français, ni que celui-ci aurait contribué ou contribuerait effectivement à leur entretien et à leur éducation, leur apporterait un soutien affectif et communiquerait régulièrement avec eux.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2313673, 2313681 et 2313683 sont dirigées contre la même décision et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, le moyen dirigé contre la seule décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, tiré de son insuffisante motivation, doit être écarté comme inopérant. Il est, en tout état de cause, non fondé.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des demandeurs de visas.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé de dix-huit à vingt et un ans, ou qu'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, ou qu'il est à la charge de ses parents, l'enfant étranger d'un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. / Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ".

6. S'il appartient en principe aux autorités consulaires françaises de délivrer aux enfants de ressortissants français les visas qu'ils sollicitent afin de mener une vie familiale normale, elles peuvent toutefois opposer un refus à une telle demande pour des motifs d'ordre public, au nombre desquels figure le défaut de valeur probante des documents d'état civil destinés à établir le lien de filiation allégué ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.

7. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

8. Pour justifier de leur lien de filiation avec M. A B, leur père allégué, de nationalité française, les requérants produisent, chacun en ce qui le concerne, des extraits d'acte de naissance faisant état de leur lien de filiation avec lui, enregistrés, s'agissant de Mme F B, sous le numéro 61 et indiquant qu'elle est née le 18 mars 2004 et, s'agissant de M. D B et M. C B, sous les numéros 260 et 259 et indiquant qu'ils sont nés le 6 octobre 2004. Ils produisent également leurs passeports. Toutefois, le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir que si les copies littérales des actes de naissance des requérants, dressées le 12 décembre 2022 et produites à l'appui de leurs demandes de visas, mentionnent que M. A B a déclaré leur naissance, celles transmises à l'autorité consulaire suite à la levée d'acte, dressées le 22 mars 2023, mentionnent comme déclarant de naissance, non pas M. A B mais, en ce qui concerne Mme F B, Dioncounda Sissoko, et en ce qui concerne M. D B et M. C B, Djénéba B. Ces incohérences et anomalies sont de nature à démontrer le caractère frauduleux des documents produits. Par suite, le lien de filiation entre M. A B et les requérants ne peut être regardé comme établi. Dans ces conditions, et alors, au demeurant, que M. A B ne les a pas déclarés lors de sa demande de naturalisation, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le ministre de l'intérieur et des outre-mer aurait entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation. Il résulte de l'instruction que le ministre aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

9. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, faute d'établissement de leur identité et de leur lien de filiation avec M. A B, Mme B et MM. B ne sauraient utilement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B et MM. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction et de celles qu'ils ont présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2313673, 2313681 et 2313683 de Mme B et MM. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, à M. D B, à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La présidente rapporteure,

Claire E

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

Marina AndréLa greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2313673, 2313681, 2313683

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