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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313729

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313729

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 septembre 2023 et le 27 août 2024, Mme G F C, agissant en qualité de représentante légale de Laureine Mavangilua C et Ulrich Luzayamo C, et M. B F I, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre les décisions de l'autorité consulaire française à J (K Démocratique du Congo) refusant de délivrer à Laureine Mavangilua C, à Ulrich Luzayamo C, et à M. B F I, chacun un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer ces visas, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer les demandes de visa dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'identité des demandeurs de visa et leur lien familial avec le regroupant sont établis ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme F C et M. F I ne sont pas fondés.

Une note en délibéré, enregistrée, pour les requérants, le23 septembre 2024, n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. H,

- et les observations de Me Pavy, substituant Me Pollono, représentant Mme F C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme M C, ressortissante congolaise, a obtenu par décision du 29 janvier 2021 du préfet de la Loire une autorisation de regroupement familial au profit de M. B F I, né le 02 août 2004, de Laureine Mavangilua C née le 09 janvier 2007 et de Ulrich Luzayamo C né le 29 juillet 2008, de même nationalité, qu'elle présente comme ses enfants. Par trois décisions notifiées le 6 janvier 2023, l'autorité consulaire française à J (K démocratique du Congo) a rejeté les demandes de visa de long séjour présentées pour chacun d'eux au titre du regroupement familial. Par une décision implicite née le 6 avril 2023, puis par une décision expresse du 20 juillet 2023, dont Mme F C et M. B F I demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation entre le demandeur du visa et le membre de la famille qu'il projette de rejoindre sur le territoire français.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".

4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

5. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux et ou révélerait une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.

En ce qui concerne Laureine Mavangilua C et Ulrich Luzayamo C :

6. Pour justifier de l'identité et du lien de filiation allégués, les requérants ont produit, à l'appui des demandes de visas de Laureine Mavangilua C et Ulrich Luzayamo C, un jugement supplétif, n°1983/GMAK/II, rendu le 9 août 2016 par le tribunal pour enfants de J/E (K démocratique du Congo), deux des trois actes de naissance assurant la transcription de ce jugement, soit l'acte de naissance n° 230/020 du 16 juillet 2020 faisant état de ce que Laureine Mavangilua C est née le 9 janvier 2007 de Mme G F C et de M. A N C, et l'acte de naissance n° 217/020 du 16 juillet 2020 faisant état de ce que Ulrich Luzayango C est né le 29 juillet 2008 de Mme G F C et de M. A N O.

7. Si le ministre relève que ce jugement supplétif n°1983/GMK/II mentionne, en plus de Laureine Mavangilua C et Ulrich Luzayamo C, les noms d'autres enfants sans lien avec la requérante, il n'est pas contesté que cette incohérence, résultant d'une erreur matérielle, a conduit à ce qu'un jugement supplétif n°4300 du tribunal pour enfants de J/E du 1er décembre 2022, pris sur demande de Mme F C, annule les actes n°217/020, n°220/020 et n°230/020, et que de nouveaux actes de naissances, pris en transcription, ont été délivrés en 2023. Toutefois, les requérants ont encore produit deux jugements supplétifs n° RC 4378/I et n° RC 4377/I rendus le 10 janvier 2023 par le tribunal pour enfants de J/E, ainsi que deux actes de naissance assurant leur transcription, à savoir d'une part l'acte de naissance n° 079/053 du 11 février 2023 faisant état de ce que Laureine Mavangilua C est née le 9 janvier 2007 de Mme G F C et de M. A N O, et d'autre part, l'acte de naissance n° 090/023 du 22 février 2023 faisant état de ce que Ulrich Luzayamo C est né le 29 juillet 2008 de Mme G F C et de M. A N O. Si ces jugements contiennent des mentions concordantes avec le précédent du 1er décembre 2022, ils ne l'annulent pas. Dès lors, et en l'absence d'explications circonstanciées de la part des requérants, la coexistence de deux jugements supplétifs pour une même personne est de nature à faire naître un doute quant au caractère frauduleux de tels documents. Par suite, le lien de filiation de Laureine Mavangilua et Ulrich Luzayamo C à l'égard de F C ne peut être regardé comme établi. Par ailleurs, les autres pièces produites, soit les attestations de témoins établissant que la requérante souffre de l'absence de ses enfants, les justificatifs de transfert d'argent dont la plupart sont postérieurs à la décision attaquée ou ont été adressés à des personnes tierces, établissant, pour ceux qui sont lisibles, l'envoi à Laureine Mavangilua C de neuf virements entre le 9 décembre 2019 et le 7 juillet 2021 d'un montant moyen d'environ 75 euros, les captures d'écran de conversation par messagerie instantanée dont les participants ne sont pas identifiés, ne suffisent pas à établir le lien de filiation allégué par la possession d'état. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne M. B F I:

8. Pour justifier de l'identité et du lien de filiation allégués, les requérants ont produit, à l'appui de la demande de visa, un acte de naissance n°215/020 du 16 juillet 2020, faisant état de ce que M. B F I est né le 2 août 2004, de M. D I et de Mme G F C. Alors que les requérants soutiennent que cet acte aurait été dressé sur la base du jugement supplétif n° RC1982/GMK rendu par le tribunal pour enfants de E le 9 août 2016, ils ne le produisent pas et ne contestent pas qu'il n'a pas été produit à l'appui de la demande de visa. Ils produisent également un jugement supplétif, n°12163/G/XI, rendu le 12 janvier 2023 par le tribunal de paix de J/Pont Kasa-Vubu, ainsi que l'acte de naissance n° 867/2023 en assurant la transcription et la copie intégrale de cet acte qui établit la même filiation que celle dont fait état l'acte de naissance établi en 2020. Alors que le jugement supplétif n°12163/G/XI ne mentionne ni n'annule le jugement supplétif et l'acte de naissance de 2020, et que les requérants ne contestent pas que deux actes de naissance et deux jugements supplétifs ont ainsi pu temporairement coexister pour M. B F I, ils ne l'expliquent pas mais se bornent à produire, dans le cadre de la présente instance, un jugement supplétif n°9566/G/XI du 12 août 2023, par lequel le tribunal de paix de J a annulé l'acte de naissance précité n°215/020. Ces éléments sont de nature à faire naître un doute quant au caractère probant des documents produits. Par suite, le lien de filiation de B F I avec G F C ne peut être regardé comme établi. Par ailleurs, les autres pièces produites déjà évoquées au point 7, auxquelles ne s'ajoutent, concernant B F I, que des justificatifs de transfert d'argent postérieurs à la décision attaquée, à l'exception de deux d'entre eux du 28 février et du 18 mars 2023 pour un montant total de moins de 170 euros, ne suffisent pas à établir le lien de filiation allégué par la possession d'état. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

9. Compte tenu de tout ce qui a été dit précédemment, faute pour les requérants d'établir le lien de filiation entre la regroupante et les demandeurs, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F C et M. F I doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G F C et M. B F I est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C, à M. L I, et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le rapporteur,

Emmanuel HLa présidente,

Claire ChauvetLa greffière,

Anne Voisin

La K mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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