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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313737

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313737

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSTISI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 septembre 2023, Mme D A, épouse C, représentée par Me Stisi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours contre la décision du 3 mai 2023 de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) rejetant sa demande de visa de long séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français, ainsi que cette décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui faire délivrer ce visa, dès la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit au regard des articles 171-5, 180 et 194 du code civil, dès lors que son mariage, dont l'acte a été régulièrement retranscrit, ne peut présenter un caractère frauduleux ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation ;

- elles portent une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale, qu'elle tient des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'il a demandé aux autorités consulaires françaises à Dakar de délivrer le visa sollicité et qu'il transmettra au tribunal une copie de la vignette de ces visas dès leur délivrance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, épouse C, ressortissante sénégalaise, a sollicité un visa de long séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français auprès de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal), laquelle, par une décision du 3 mai 2023, a rejeté sa demande. Par une décision née le 2 août 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Mme A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait abrogé ou retiré la décision du 2 août 2023 par laquelle elle a refusé de délivrer à Mme A un visa de long séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Si le ministre indique, dans son mémoire en défense du 27 septembre 2024, avoir donné instruction à l'autorité consulaire de délivrer le visa sollicité par Mme A, une telle affirmation ne permet pas d'établir que le visa sollicité auraient été délivré à ce jour ni même qu'une décision ferme et définitive de délivrance de ce visa, dont la requérante pourrait se prévaloir, aurait été prise, le ministre de l'intérieur n'ayant par ailleurs communiqué aucune vignette de visa au tribunal. Par suite, la requête de Mme A ne peut être regardée comme privée d'objet à la date à laquelle le tribunal se prononce. En conséquence, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le ministre de l'intérieur doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'autorité consulaire :

3. En vertu des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision du 2 août 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est substituée à la décision consulaire. Il s'ensuit que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre cette décision du 2 août 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

4. Pour rejeter le recours préalable formé contre le refus de visa opposé à Mme A, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être regardée, ainsi qu'elle est réputée le faire en vertu des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme s'étant fondée sur les motifs opposés par ce refus consulaire tiré de ce que le projet d'installation en France de Mme A revêt un caractère frauduleux car il est sans rapport avec l'objet du visa de conjoint de ressortissant français qu'elle sollicite.

5. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une copie de leur acte de mariage établie le 28 mars 2023, que M. C et Mme A se sont unis le 10 mars 2020 à Dakar et que leur mariage a fait l'objet d'une retranscription dans les registres de l'état civil français le 20 juillet 2020. Pour établir que M. C a, à la suite de graves problèmes de santé qui l'ont contraint à être hospitalisé au mois de juin 2022 à Libourne (Gironde), quitté le Sénégal pour s'établir en France, la requérante produit, notamment, un certificat délivré le 12 mai 2023 par le consul général de France à Dakar, faisant état de ce que M. C est radié du registre des Français établis hors de France, des justificatifs de domicile établis le 7 mai 2023 par des fournisseurs d'eau et d'électricité pour une adresse en France au nom de Mme A, et une copie de sa carte électorale mentionnant une adresse en France et attestant qu'il y a voté à trois reprises en 2022. Sont, enfin, produites des photos montrant Mme A en compagnie de son époux et de sa belle-famille, ainsi que plusieurs attestations établies par des membres de la famille proche de son époux, qui confirment la nature maritale du lien qui les unit le souhait de M. C de la voir le rejoindre en France. Dans ces conditions, et alors que le caractère frauduleux du mariage de Mme A n'est pas établi, la commission de recours contre les refus de visa a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en se fondant sur le motif évoqué au point 4 pour refuser de lui délivrer le visa qu'elle a sollicité.

7. Il résulte de ce qui précède sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A, épouse C, est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A épouse C d'une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 2 août 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme A épouse C le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A épouse C la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A épouse C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le rapporteur,

Emmanuel BLa présidente,

Claire ChauvetLa greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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