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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313833

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313833

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 septembre 2023 et 3 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Cans, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 29 juin 2022 de l'autorité consulaire française à Annaba et Constantine (Algérie) refusant de lui délivrer un visa dit " de retour " en France a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité, dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il ne peut être considéré qu'il a séjourné plus de trois années consécutives hors de France au cours des dix dernières années, son séjour en Algérie étant uniquement dû à l'impossibilité de regagner la France du fait de la fermeture des frontières franco-algériennes durant la pandémie de covid-19 ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 7 bis-c et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dès lors qu'il est éligible à la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence valable dix ans, de sorte que la commission de recours était tenue de faire délivrer le visa sollicité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 21 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Templier, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a sollicité la délivrance d'un visa dit " de retour " en France auprès de l'autorité consulaire française à Annaba et Constantine (Algérie), laquelle a rejeté sa demande par une décision du 29 juin 2022. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité par une décision du 12 octobre 2022, dont le requérant demande l'annulation au tribunal.

2. Pour refuser de délivrer le visa sollicité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que M. B ne justifie plus d'un droit au séjour en France dès lors que, titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 8 août 2020, celui-ci a séjourné plus de trois ans consécutifs hors de France au cours des dix dernières années.

3. En premier lieu, il n'est pas contesté par M. B que, à la date de la décision attaquée, il séjournait hors de France depuis plus de trois ans, la circonstance, à la supposer établie, que ce séjour de plus de trois ans hors de France ne serait dû qu'à la fermeture des frontières durant la pandémie de covid 19, étant sans incidence à cet égard.

4. En deuxième lieu, la délivrance des visas dit " de retour " par les autorités consulaires résulte d'une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d'un titre de séjour.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 7) bis c) de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 modifié : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. (). Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () ; c) Au ressortissant algérien titulaire d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle servie par un organisme français et dont le taux d'incapacité permanente est égal ou supérieur à 20 p.100 ainsi qu'aux ayants droit d'un ressortissant algérien, bénéficiaire d'une rente de décès pour accident de travail ou maladie professionnelle versée par un organisme français ". Aux termes des stipulations de l'article 9 de cet accord : " (). Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, titulaire d'un certificat de résidence valable du 9 août 2010 au 8 août 2020, s'est rendu en Algérie le 15 mai 2019 et n'a sollicité la délivrance de visas de retour en France qu'à compter du mois de novembre 2021, soit après l'expiration de la validité de son titre de séjour. Si l'intéressé affirme qu'il a été contraint de rester en Algérie en raison de la crise sanitaire liée à la covid-19, il n'établit pas avoir effectué des démarches pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour préalablement ou concomitamment à la survenance de cet évènement et avant l'expiration de la validité de ce titre de séjour. Dès lors, M. B ne justifiait pas, à la date de sa dernière demande de délivrance d'un visa le 14 juin 2022, disposer d'un droit au séjour en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait méconnu les stipulations des articles 7) bis c) et 9 de l'accord

franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié en refusant de délivrer le visa sollicité.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si M. B, âgé de soixante-dix-sept ans à la date de la décision attaquée, soutient être entré en France en 1960 et y avoir travaillé durant l'ensemble de sa carrière professionnelle, il ne démontre pas l'intensité, la stabilité ainsi que la continuité des liens affectifs qui l'uniraient à ses proches présents sur le territoire français en se bornant à produire un avis d'échéance de loyer daté du 22 juin 2022 pour un appartement situé à Grenoble (Isère), un document portant notification de révision d'une rente d'incapacité permanente ou encore des attestations de témoins, et alors au demeurant qu'il ressort des pièces du dossier qu'il n'est entré sur le territoire français qu'en 1990. Par ailleurs, si le requérant allègue suivre en France un traitement médical pour des pathologies chroniques, la seule production d'un certificat médical daté du 14 décembre 2021 ne permet pas d'établir que des soins équivalents ne pourraient lui être prodigués en Algérie. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Cans.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. TEMPLIER

La présidente,

M. LE BARBIER

Le greffier,

A. CORTET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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