mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2313858 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | MAVOUNGOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2023, M. B C, représenté par Me Mavoungou, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Oran (Algérie) du 1er juillet 2022 lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de conjoint de française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle ne procède pas d'un examen particulier de la situation du demandeur ;
- elle procède d'une appréciation manifestement erronée de son intention matrimoniale au regard de la sincérité et de l'effectivité des liens qui le lient à Mme A, son épouse alléguée, et de leur projet de vie commune, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés, et que la décision pouvait être légalement fondée sur un autre motif, tiré de ce que la présence du requérant en France représenterait une menace pour l'ordre public.
Par ordonnance du 30 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 14 août 2024.
Le requérant a produit un mémoire en réplique, enregistré le 22 août 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juin 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien, marié le 18 janvier 2022 à Oran (Algérie) avec Mme E A, ressortissante française, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de conjoint de française auprès de l'autorité consulaire française à Oran. Par une décision du 1er juillet 2022, cette autorité a refusé de lui délivrer le visa demandé. Par une décision du 6 juillet 2023, dont M. C demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré du caractère complaisant du mariage, contracté par M. C et Mme A à des fins étrangères à l'institution matrimoniale, dans le seul but de faciliter l'établissement du demandeur en France, révélé par l'absence de projet concret de vie commune et de justificatifs établissant la participation de M. C aux charges du mariage, alors par ailleurs que l'intéressé s'était maintenu irrégulièrement en France lors d'un précédent séjour.
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article L.312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ".
4. Il appartient en principe à l'autorité consulaire de délivrer au conjoint étranger d'une ressortissante française dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.
5. Pour établir le caractère complaisant du mariage de M. C et Mme A, qui aurait été contracté à des fins étrangères à l'institution matrimoniale, dans le seul but de faciliter l'établissement en France du demandeur de visa, le ministre fait valoir d'une part, que rien ne permet de démontrer la réalité de la vie commune avant le mariage et le maintien d'un lien affectif entre les époux après leur mariage, et d'autre part, qu'il n'est pas justifié que M. C, allocataire de la Caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales, participe aux charges du mariage. Toutefois, le requérant produit à l'appui de sa requête les témoignages des fils de Mme A exposant de manière circonstanciée son implication dans leur vie de famille, ainsi que des photographies du couple, des copies d'échanges sur une messagerie instantanée et des attestations de proches. Il est par ailleurs constant que M. C, qui ne dispose pas d'emploi ni, conséquemment, de revenus professionnels, ne peut justifier participer aux charges du ménage au-delà des prestations familiales dont bénéficie le couple. En outre, les seules circonstances, opposées par le ministre, tenant à ce que l'union du demandeur avec Mme A constitue le troisième mariage de cette dernière, qu'il est entré irrégulièrement en France en 2018 après avoir vécu irrégulièrement en Espagne pendant cinq ans et qu'il a fait l'objet en 2019 d'un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ne sont pas de nature, par elles-mêmes, à révéler le caractère complaisant et frauduleux du mariage qu'il appartient à l'administration d'établir par un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants. Ainsi, en opposant le motif tiré du caractère complaisant du mariage contracté par M. C et Mme A à des fins étrangères à l'institution matrimoniale pour refuser de délivrer à M. C le visa demandé, la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
6. Toutefois l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Dans son mémoire en défense, communiqué au requérant, le ministre de l'intérieur et des outre-mer se prévaut, pour justifier du bien-fondé de la décision attaquée, de la menace à l'ordre public que représenterait la présence du requérant en France.
8. Si le ministre fait valoir, pour demander au tribunal de procéder à la substitution du motif énoncé au point 7, que le requérant fait l'objet d'un signalement sur le système d'information Schengen (" SIS ") pour des faits de trafic de stupéfiant, il ne justifie ni de la réalité ni du motif de ce signalement. Il en résulte que la substitution de motif demandée par le ministre ne peut être accueillie
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 6 juillet 2023 de la commission de recours doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa d'entrée et de long séjour en France demandé par M. D, dans un délai de deux mois suivant sa notification.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 6 juillet 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France à M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Mavoungou et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Roncière, première conseillère,
M. Revéreau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
Le rapporteur,
P. REVÉREAU
Le président,
P. BESSE
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026