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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313901

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313901

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantSINGH

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée, sous le n° 2313901, le 20 septembre 2023, Mme E C et Mme G A H, représentées par Me Singh, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 24 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 2 août 2023 de l'autorité consulaire française à Kinshasa (République démocratique du Congo) refusant à Mme G A H la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France demandé au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement aux requérantes de la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie dans une composition régulière ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle procède d'un défaut d'examen de leur situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation tant au regard des documents produits que des éléments de possession d'état dont il est justifié, qui établissent la filiation avec la demandeuse de visa ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par ordonnance du 12 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juillet 2024.

Le ministre de l'intérieur a produit un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

II - Par une requête enregistrée, sous le n° 2313902, le 20 septembre 2023, Mme E C et Mme D A, représentées par Me Singh, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 24 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 2 août 2023 de l'autorité consulaire française à Kinshasa (République démocratique du Congo) refusant à Mme D A la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France demandé au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement aux requérantes de la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie dans une composition régulière ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle procède d'un défaut d'examen de leur situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation tant au regard des documents produits que des éléments de possession d'état dont il est justifié, qui établissent la filiation avec la demandeuse de visa ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par ordonnance du 12 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juillet 2024.

Le ministre de l'intérieur a produit un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

III - Par une requête enregistrée, sous le n° 2313903, le 20 septembre 2023, Mme E C agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de l'enfant mineur B F, représentée par Me Singh, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 24 juillet 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 2 août 2023 de l'autorité consulaire française à Kinshasa (République démocratique du Congo) refusant à l'enfant B F la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France demandé au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la requérante de la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie dans une composition régulière ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle procède d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'enfant B ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation tant au regard des documents produits que des éléments de possession d'état dont il est justifié, qui établissent la filiation avec la demandeuse de visa ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 434-3 et L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le père de la demandeuse de visa est décédé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par ordonnance du 12 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juillet 2024.

Le ministre de l'intérieur a produit un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Mme C a adressé un courrier électronique et des pièces complémentaires, enregistrés le 5 septembre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, qui n'ont pas été communiqués.

Par décision du 27 mai 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a refusé d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Roncière,

- les observations de Mme Massiou, rapporteure publique,

- et les observations de Me Singh, représentant les requérantes.

Des pièces ont été produites pour les requérantes dans le cadre du délibéré le

24 septembre 2024, qui n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante centrafricaine, s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du 26 juillet 2022 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Mme G A H, Mme D A et l'enfant B F, ses filles alléguées, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Kinshasa (République démocratique du Congo), en qualité de membres de la famille d'une bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par des décisions du 2 août 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision implicite née le 24 juillet 2023, dont les requérantes demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2313901, 2313902 et 231303 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. Aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".

4. Les décisions des autorités consulaires portant refus d'une demande de visa doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même pour les décisions de rejet des recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions. Les dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent que si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision implicite, qui se substitue à la décision initiale, doit être regardée comme s'étant appropriée les motifs de la décision initiale. Si la décision consulaire est motivée, l'insuffisance de motivation de la décision implicite de rejet prise sur le recours préalable peut être utilement soulevée devant le juge, sans qu'une demande de communication de motifs ait été faite préalablement.

5. Il ressort des pièces des dossiers que les décisions du 2 août 2023 par lesquelles l'autorité consulaire française à Kinshasa (République démocratique du Congo) a refusé respectivement à Mme G A H, à Mme D A et à l'enfant B F la délivrance des visas demandés est motivée, en premier lieu, en ce qui concerne Mme G A H et Mme D A, d'une part, par la circonstance que les intéressées étaient âgées de plus de 19 ans le jour où elles ont déposé leurs demandes de visas et d'autre part, par l'absence de justification de leurs identités et de leur situation familiale, et en second lieu, pour ce qui concerne l'enfant B F, d'une part, par le fait que les documents produits ne permettent pas d'établir le lien de filiation exclusif avec Mme C, ou que son père est décédé ou déchu de l'autorité parentale, ou qu'elle aurait été confiée à sa mère alléguée au titre de l'autorité parentale en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère, et d'autre part, par l'absence de justification de son identité et de sa situation familiale.

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale ()3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise par ailleurs que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. (). ".

7. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.

En ce qui concerne l'enfant B F :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".

9. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

10. D'autre part, aux termes des articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, rendus applicables à la procédure de réunification familiale par l'article L. 561-4 de ce code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ", et que : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que, pour justifier de l'identité de l'enfant B F et de son lien de filiation l'unissant à Mme C, cette dernière a produit à l'appui de la demande de visa de B un acte de naissance mentionnant le lien de filiation avec la réunifiante. Les mentions de cet acte de naissance correspondent aux informations renseignées par Mme C lors de l'établissement de sa fiche familiale de référence auprès de l'OFPRA. Dans ces conditions, et alors que le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire dans le cadre de l'instruction, n'apporte pas d'éléments de nature à justifier que le document d'état civil ainsi présenté ne serait pas conforme au droit local ou serait inauthentique, et que le lien de filiation avec la réunifiante ne serait pas établi, Mme C est fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation.

12. Par ailleurs, Mme C a produit à l'appui de la demande de visa une copie intégrale d'acte de décès du père de B, établi le 21 décembre 2017 par l'officier d'état civil de la commune d'Agen (France), dont l'authenticité n'est pas contestée par l'administration. Dès lors, en opposant que le dossier de demande de visa ne comportait pas l'acte de décès du père de B, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne Mme D A et Mme G A H :

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Il ressort des pièces des dossiers que, pour justifier de l'identité de Mme D A et Mme G A H et du lien de filiation les unissant à Mme C, les requérantes ont chacune produit à l'appui de leur demande de visas leurs actes de naissance, établis sur la base de deux jugements de reconstitution de naissance rendus le 22 février 2021, certes non produits à l'instance, mais mentionnant leur lien de filiation avec la réunifiante et dont les mentions correspondent aux informations renseignées par Mme C lors de l'établissement de sa fiche familiale de référence auprès de l'OFPRA.

15. Par ailleurs, s'il est constant que Mme D A et Mme G A H, nées respectivement le 23 novembre 2001 et le 6 juin 2003, étaient, à la date de leurs demandes de visas, âgées de plus de 19 ans, elles soutiennent, sans être contredites, qu'elles ont toujours vécu avec leur demi-sœur B, qu'elles n'ont plus de relation avec leur père depuis 2007, qu'elles sont célibataires sans enfant et se retrouveraient, en cas de refus de délivrance des visas qu'elles ont sollicités, en situation de jeunes adultes isolés dans leur pays d'accueil. Par suite, en refusant de délivrer à Mme D A et Mme G A H des visas d'entrée et de long séjour, la commission de recours a, dans les circonstances particulières de l'espèce, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.

16. Il résulte de tout de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérantes sont fondées à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à Mme D A, à Mme G A H et à l'enfant B F les visas d'entrée et de long séjour demandés dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née le 24 juillet 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à Mme D A, à Mme G A H et à l'enfant B F les visas demandés dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme globale de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, Mme G A H, Mme D A, au ministre de l'intérieur et à Me Singh.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Moreno, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIÈRE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2313901, 2313902 et 2313903

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