vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2313919 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 septembre 2023, M. D E et Mme B A, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants des enfants mineurs F et G E, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) rejetant la demande de visa d'entrée et de long séjour présentée pour les enfants F et G E ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer les demandes de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros hors taxes au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à leur profit en application des dispositions de ce dernier article.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation de l'identité et du lien familial tant au regard de l'état civil que de la possession d'état ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration n'a pas examiné la situation des intéressés au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et s'est estimée en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des articles 7 et 33 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du paragraphe 1 des articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 16 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 décembre 2023.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ravaut, rapporteur,
- les observations de Me Pavy, substituant Me Pollono, représentant M. E et Mme A.
Une note en délibéré présentée pour M. E et Mme A a été enregistrée le 3 octobre 2024 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. E et Mme A, ressortissants ivoiriens, demandent au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née le 3 juillet 2022 du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Abidjan en date du 29 mars 2022 refusant un visa de long séjour aux enfants F et G E au titre de la réunification familiale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Si le demandeur a été averti par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, dans le cas où l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet de son recours, celui-ci serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision de refus de visa contestée, la décision implicite de la commission doit être regardée comme s'étant effectivement approprié ces motifs. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre la décision de refus de visa opposée à M. E et Mme A comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié les motifs opposés par l'autorité consulaire française à Abidjan, à savoir que le lien familial ne permet pas de bénéficier des dispositions relatives à la réunification familiale, que le dossier ne comporte pas la preuve que les enfants ont été déclarés lors de la demande d'asile, que les actes d'état civil produits présentent un caractère frauduleux et que les déclarations conduisent à conclure à une tentative frauduleuse d'obtention des visas.
3. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs, mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
5. D'une part, les visas en litige ont été sollicités pour les enfants F et G E, dont l'identité et le lien de filiation avec M. D E et Mme B A sont établis par des extraits du registre des actes de l'état civil de la république de Côte d'Ivoire délivrés les 17 juin 2020 et 29 mai 2020, dont les mentions et le caractère probant, non démenti par les pièces du dossier, ne sont pas remis en cause par le ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit d'observations. Ces enfants sont les frère et sœur de Férima E, qui est la seule à bénéficier, en France, du statut de réfugié depuis une décision de l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides en date du 8 octobre 2020. En outre, leurs parents, M. E et Mme A, résident en France sous couvert d'une carte de résident valable dix ans. Par suite, ils ne sont pas éligibles au bénéfice de la procédure de réunification familiale en application de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. E et Mme A ont été contraints de fuir leur pays pour la France afin de protéger l'enfant Ferima E d'une excision dont venait d'être victime F. Le couple, qui n'a pas pu quitter la Côte d'Ivoire avec l'ensemble des enfants, les a confiés à la famille de Mme A. En dépit de cette séparation, les requérants contribuent à l'entretien et à l'éducation de leurs enfants en effectuant des versements réguliers d'argent et ont conservé des liens affectifs avec eux. Leur troisième fils M. C E a, en outre, rejoint la France et y a déposé une demande d'asile. Enfin, il ressort des déclarations de M. E, de Mme A et de M. C E lors de sa demande d'asile ainsi que des témoignages des grands-parents maternels des enfants, que ces derniers ont fait l'objet de menaces de la part de la famille de M. E en raison de son opposition à la pratique de l'excision et de son départ de la Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, l'intérêt supérieur des enfants F et G E est de vivre en France auprès de leurs parents et de leur sœur Férima Dagnono. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir qu'en refusant de leur délivrer les visas sollicités, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a méconnu les stipulations précitées.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E et Mme A sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer aux enfants F et G E les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
9. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pollono renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 3 juillet 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. H, à Mme B A, à Me Pollono et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Paquelet-Duverger, première conseillère,
M. Ravaut, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le rapporteur,
C. RAVAUT
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026