vendredi 8 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2313935 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 septembre 2023, le 11 décembre 2023 et le 26 août 2024, M. D A, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentant des mineurs B H A C et E A, et M. F G, représentés par Me Regent, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 6 avril 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions de l'autorité consulaire française en république Centrafricaine refusant des visas d'entrée et de long séjour à M. F G et aux mineurs B H A C et E A au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Regent, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la décision attaquée n'a pas été prise à l'issue d'un examen particulier de leur situation, notamment dès lors qu'elle ne se prononce pas sur l'application du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans son application dès lors que l'identité et la filiation sont établis tant par les actes produits que par la possession d'état, qu'une délégation de l'autorité parentale a été produite et que le délai pour demander la réunification familiale est raisonnable ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les déclarations ne peuvent conduire à conclure à une tentative frauduleuse d'obtention du visa ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 juillet 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
M. D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ravaut,
- les observations de Me Sachot, substituant Me Regent, représentant M. A et M. A I.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, bénéficiaire de la protection subsidiaire par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 18 avril 2016, et M. A I, ressortissants centrafricains, demandent au tribunal d'annuler la décision en date du 6 avril 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions de l'autorité consulaire française en Centrafrique en date du 15 novembre 2022 refusant des visas de long séjour à M. F G et aux mineurs B H A C et E A au titre de la réunification familiale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire () ". Aux termes de l'article L. 434-3 du même code, rendu applicable par l'article L. 561-4 : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ". Aux termes L. 434-4 du même code, également rendu applicable par l'article L. 561-4 : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France ". Aux termes de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".
En ce qui concerne le refus opposé à M. F A :
3. La commission a rejeté le recours concernant M. F A I au motif qu'il avait produit deux jugements de délégation de l'autorité parentale et une autorisation de sortie du territoire sans produire une pièce d'identité de la mère alléguée.
4. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A I aurait produit plusieurs jugements de délégation de l'autorité parentale au profit de M. A, son père. D'autre part, les dispositions précitées n'imposent pas au demandeur de visa de joindre à la décision juridictionnelle de délégation de l'autorité parentale un justificatif d'identité du parent délégant. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, fonder sa décision sur de tels motifs.
En ce qui concerne le refus opposé aux mineurs B H A C et E A :
5. La commission, se fondant sur les dispositions des articles L. 311-1 et L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté le recours formé par M. A aux motifs, d'une part, que la production de deux actes de naissance pour chacun des enfants leur ôtait tout caractère probant et ne permettait pas de déterminer leur identité et leur filiation et, d'autre part, que les déclarations contradictoires concernant la filiation maternelle des enfants permettaient de conclure à une tentative frauduleuse d'obtention des visas.
6. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle comporte l'exposé de l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Ainsi, elle est suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.
7. En deuxième lieu, pour établir l'identité et de la filiation de E A, M. A a produit un premier acte de naissance en date du 11 septembre 2015 pris en transcription d'un jugement supplétif du tribunal de grande instance de Bangui n° 6577 du 2 septembre 2015 et un second acte du 24 août 2021 pris en transcription d'un jugement supplétif du tribunal de grande instance de Bangui n° 11824 en date du 16 août 2021. S'agissant de l'identité et de la filiation de B Foédé, il a produit également un premier acte de naissance daté du 11 septembre 2015 pris en transcription d'un jugement supplétif du tribunal de grande instance de Bangui n° 6578 du 2 septembre 2015 et un second acte du 24 août 2021 pris en transcription d'un jugement supplétif du tribunal de grande instance de Bangui n° 11823 du 16 août 2021. D'une part, M. A n'apporte aucune explication concernant l'existence de ces deux jugements supplétifs et actes de naissance, d'autant que les jugements successifs ont été rendus dans le même cadre, à savoir celui de la procédure prévue en cas d'absence de déclaration dans les délais légaux. D'autre part, s'il produit à l'instance deux jugements du tribunal de grande instance de Bangui, n° 1629 et n° 1774, en date des 5 et 15 avril 2024 procédant à l'annulation des actes transcrits le 24 août 2021, ces jugements n'ont pas annulé les jugements supplétifs du 16 août 2021 de sorte que E et B H disposent toujours de plusieurs jugements supplétifs d'acte de naissance. Enfin, bien que les actes soient concordants quant à la filiation paternelle, en se limitant à produire des preuves de transferts d'argent, M. A n'établit pas l'identité et la filiation des enfants par le mécanisme de la possession d'état. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a méconnu les dispositions précitées au point 2 et commis une erreur d'appréciation en considérant que les actes de naissance des enfants n'étaient pas probants et ne permettaient pas d'établir leur identité et leur filiation. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur ce motif.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait été prise sans avoir été précédée d'un examen particulier de la situation des demandeurs de visa.
9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Ainsi qu'il a été dit au point 7, l'identité et la filiation de B H A C et E A à l'égard de M. A ne ressort pas des documents d'état civil produits qui ne sont pas suffisamment probants. Par suite, M. A n'est pas fondé à se prévaloir des stipulations précitées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée en tant uniquement qu'elle refuse un visa de long séjour à M. F A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. F A I le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais du litige :
13. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D A, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date du 6 avril 2023 est annulée en tant qu'elle refuse un visa de long séjour à M. F A I.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité par M. F A I dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à M. F A I, à Me Aude Régent et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
M. Ravaut, conseiller,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.
Le rapporteur,
C. RAVAUT
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026