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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2313997

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2313997

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2313997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantGUERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2023, M. C D, représenté par Me Guérin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence négative ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait au regard de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale en ce que le préfet ne vise aucun texte permettant d'établir les infractions qu'il lui reproche et ne matérialise pas les faits ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain, est entré en France, selon ses dires, au mois de juillet 2023. Il a été interpellé le 31 août 2023 pour des faits de vol par effraction, puis le 19 septembre 2023 pour des faits de recel de vol et détention de produits psychotropes. Par un arrêté du 20 septembre 2023 pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays dont il a la nationalité comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. C'est l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté :

2. Par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme B A, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

4. La décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait au vu desquelles elle a été prise, en précisant en particulier pourquoi la situation de M. D, qui ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, ni d'un titre de séjour en cours de validité, entre dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article L.611-1. Elle examine par ailleurs la situation personnelle et familiale du requérant, en relevant que celui-ci est célibataire et sans enfant, et est sans domicile fixe ni ressources légales. Cette décision répond ainsi aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. Il ressort des explications données en défense que les autorités espagnoles, consultées par l'autorité préfectorale pour la comparaison d'empreintes du requérant, ont indiqué que sa véritable identité était M. D, né le 5 janvier 2005 au Maroc, qui était donc majeur à la date à laquelle la décision litigieuse a été prise. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu l'étendue de sa compétence en décidant de l'obliger à quitter le territoire français. Pour les mêmes raisons, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du défaut d'examen de la situation du requérant, de l'erreur de fait et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

6. La décision portant obligation de quitter le territoire français ne se fonde pas sur les infractions qu'aurait commises M. D, mais sur la circonstance qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans titre de séjour en cours de validité. Le requérant ne peut, dès lors, utilement soutenir que la décision litigieuse serait dépourvue de base légale, faute de préciser les infractions qui lui sont reprochées, cette décision exposant au demeurant les motifs pour lesquels le requérant a été interpellé à deux reprises par la police les 31 août et 19 septembre 2023.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Selon ses propres déclarations, M. D n'était présent en France que depuis deux mois à la date à laquelle la décision litigieuse a été prise. Il est célibataire et sans enfant, et ne justifie d'aucune attache familiale ou personnelle sur le territoire français. Par suite, et alors même que le requérant déclare qu'il n'a plus de famille au Maroc, où ses deux parents seraient décédés, le préfet n'a pas, en l'obligeant à quitter le territoire français, porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit donc être écarté. Le requérant n'établit pas davantage que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

10. M. D ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français et n'a engagé aucune démarche pour solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Lors de son audition par les services de police, il a déclaré être sans domicile et dépourvu de pièces d'identité, et a déclaré une fausse identité. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, décider de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire.

11. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés respectivement aux points 5 et 8 du présent jugement.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". En outre, l'article L. 613-2 de ce code dispose : " () les décisions d'interdiction de retour () sont motivées. ".

13. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

14. La décision litigieuse vise l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que M. D a été interpellé le 19 septembre 2023 pour des faits de recel de vol, qu'il a déclaré être en France en juillet 2023, qu'il ne justifie pas avoir d'attaches personnelles anciennes, intenses et stables dans ce pays, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et indique que, dans ces conditions, il est possible de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois qui n'apparaît pas disproportionnée. Cette décision est ainsi, au regard des exigences rappelées au point précédent, suffisamment motivée en droit comme en fait, le préfet n'étant pas tenu, en l'absence de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle décision, de le préciser.

15. Eu égard à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. D exposés au point 18, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par ailleurs, et alors que l'arrêté litigieux énonce le motif pour lequel le requérant a été interpellé le 19 septembre 2023, et précise en outre que des faits de vol avec destruction ou dégradation commis le 31 août 2023 lui sont reprochés, M. D n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait dépourvue de base légale. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être également écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

16. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ".

17. La décision litigieuse vise les dispositions de l'article L.612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. D, qui n'a pas effectué de démarches pour solliciter le statut de réfugié et ne fait pas état de risques en cas de retour dans son pays d'origine, n'établit pas que sa vie ou sa liberté y seraient menacées ni qu'il y serait exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle est ainsi suffisamment motivée. Cette motivation permet par ailleurs de constater que le préfet de la Loire-Atlantique a bien procédé à un examen complet de la situation du requérant.

18. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés respectivement aux points 5 et 8 du présent jugement.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Anne-Carole Guérin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La magistrate désignée,

V. E

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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