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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314006

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314006

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 septembre 2023 et 28 février 2024, Mme B C, représentée par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est intervenue en méconnaissance de son droit d'être entendue ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, le préfet n'ayant pas tenu compte de sa demande d'un titre de séjour, reçue avant l'édiction de la décision litigieuse ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante tunisienne, déclare être entrée en France le 27 octobre 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 15 mars 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée le 28 juillet 2023 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 4 septembre 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite à l'issue de ce délai. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Il suit de là que le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. En particulier, il n'implique pas l'obligation, pour le préfet, d'entendre l'étranger spécifiquement au sujet de l'obligation de quitter le territoire français qu'il envisage de prendre après avoir statué sur le droit au séjour à l'issue d'une procédure ayant respecté son droit d'être entendu.

3. Par ailleurs, lorsqu'il ou elle présente une demande d'asile, l'étranger ou l'étrangère, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français sur ce fondement, ne peut ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il ou elle pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, dans ces conditions, lors du dépôt de sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il ou elle juge utiles. Il lui est également loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de présenter auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

4. Mme C soutient que le préfet de Maine-et-Loire a méconnu son droit d'être entendue en ne la mettant pas en mesure de confirmer la demande de titre de séjour qu'elle déclare avoir formée le 13 juillet 2023. Toutefois, l'existence d'une telle demande, contestée par le préfet de Maine-et-Loire, n'est pas corroborée par les pièces du dossier, la requérante ayant seulement produit un accusé de réception d'un courrier adressé par M. A D, son époux, à la préfecture de Maine-et-Loire, sans produire une copie de ce courrier, de sorte qu'il ne peut être considéré que ce courrier concernait la requérante. Mme C n'est donc pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait été prise en violation de son droit d'être entendue.

5. En deuxième lieu, Mme C n'établissant pas avoir adressé au préfet de Maine-et-Loire une demande d'admission exceptionnelle au séjour, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen en l'obligeant à quitter le territoire français sans se prononcer sur cette demande ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation. Il résulte de leurs termes mêmes que l'intérêt supérieur de l'enfant doit être apprécié en tant que tel, indépendamment de toutes autres considérations telles que, notamment, celles liées à l'ordre public.

7. Mme C fait valoir qu'elle vit en France avec son époux, M. A D, et leurs trois enfants. Toutefois, à la date à laquelle l'arrêté litigieux a été pris, M. A D faisait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, de sorte que le préfet de Maine-et-Loire a pu considérer que la cellule familiale pourrait se reconstituer dans un autre pays. Si la requérante indique que M. A D s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour le 21 février 2024, et que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre aurait ainsi pour conséquence de séparer les enfants d'un de leurs parents, cette circonstance est postérieure à la date à laquelle l'arrêté litigieux a été pris, à laquelle s'apprécie la légalité de cet acte. Par suite, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait intervenue en méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale, et de l'intérêt supérieur de ses enfants et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation familiale de la requérante doivent être écartés.

8. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut dès lors qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Denis Seguin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La magistrate désignée,

V. E

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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