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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314050

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314050

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantLE GALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 septembre et 21 décembre 2023, Mme D J, agissant en qualité de représentante légale de Mathieu E Matondo, et Mme I E B, représentées par Me Le Gall, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre les décisions du 16 mai 2023 de l'autorité consulaire française à H (République Démocratique du Congo) refusant de délivrer à Mathieu E Matondo et à Mme E B des visas de long séjour au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ces visas, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer les demandes de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elles soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'identité des demandeurs de visa et leur lien familial avec la regroupante sont établis ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme J a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D J, épouse G, ressortissante congolaise, a obtenu par décision du 30 avril 2021 du préfet de l'Isère une autorisation de regroupement familial au profit de Mathieu E Matondo et Mme I E B, ressortissants congolais, respectivement nés le 3 juin 2006 et le 14 décembre 2004, qu'elle présente comme ses enfants. L'autorité consulaire française à H (République Démocratique du Congo) a rejeté les demandes de visa de long séjour présentées au titre du regroupement familial. Par une décision implicite née le 22 juillet 2023, puis par une décision expresse du 26 octobre 2023 dont Mme J et Mme E B demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

2. Pour rejeter le recours formé contre les décisions consulaires refusant de délivrer les visas sollicités, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a considéré que la production de deux actes de naissance pour chacun des demandeurs de visa, au demeurant non légalisés, ne permettait d'établir ni leur identité ni leur lien avec Mme D J.

3. D'une part, dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation entre le demandeur du visa et le membre de la famille qu'il projette de rejoindre sur le territoire français.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".

5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux et ou révélerait une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.

7. Pour justifier, concernant Mme I E B, de l'identité et du lien de filiation allégués, les requérantes ont produit le jugement supplétif n° RC 3620/II du tribunal pour enfants de H/A rendu le 15 avril 2021, ainsi que l'acte de naissance n° 3100/2021 en assurant la transcription et faisant état de ce que l'intéressée est née le 24 décembre 2004, à Lubumbashi (République démocratique du Congo), de l'union de M. E C et de Mme D J. Pour justifier, concernant Mathieu E Matondo, de l'identité et du lien de filiation allégués, les requérantes ont produit le jugement supplétif n° RC 3621/II du tribunal pour enfants de H/A rendu le 15 avril 2021, ainsi que l'acte de naissance n° 3189/2021 en assurant la transcription et faisant état de ce qu'il est né le 3 juin 2006, à Lubumbashi (République démocratique du Congo), de l'union de M. E C et de Mme D J. En premier lieu, il ressort des écritures des requérantes que les actes de naissance des demandeurs de visa produits à l'appui de la demande de regroupement familial diffèrent de ceux présentés à l'appui des demandes de visa. Après avoir affirmé que la commission aurait dû se prononcer au regard des pièces dont elle disposait et que la co-existence d'actes ne peut, en conséquence, être opposée, les intéressées indiquent, sans plus de précision, que les jugements supplétifs rendus le 15 avril 2021 ont été sollicités suite à la perte des actes de naissance produits devant l'autorité préfectorale. Toutefois, outre qu'elles ne produisent, ni ne se prévalent de jugements annulant les actes de naissances initialement dressés, il ressort des motifs des deux jugements établis le 15 avril 2021 que c'était par méconnaissance des règles de déclaration de naissance, que Mme J n'avait pas déclaré ses enfants dans les délais impartis et que sa requête visait à leur permettre de disposer d'actes de naissance. Dès lors, les requérantes, qui ne donnent aucun élément circonstancié sur la perte des premiers actes de naissance et apportent des explications sur la nécessité d'établir des jugements supplétifs contradictoires avec les éléments mêmes desdits jugements, ne peuvent être regardées comme apportant des explications à la coexistence de deux actes de naissance pour chacun des demandeurs de visa. En second lieu, si les requérantes entendent établir de manière subsidiaire le lien familial par la possession d'état, en indiquant notamment être en contact de façon très régulière avec les deux demandeurs de visas, la seule production d'un historique de transferts de fond, dont le plus ancien remonte au mois de janvier 2022, n'y suffit pas, alors qu'il est soutenu que Mme J est entrée sur le territoire français le 5 novembre 2009 et y vit depuis lors. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu se fonder sur le motif rappeler au point 2 pour refuser de délivrer les visas en litige.

8. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, faute pour la requérante d'établir son lien de filiation avec les demandeurs de visa, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D J et Mme I E B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme J et Mme E B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D J, Mme I E B, au ministre de l'intérieur, ainsi qu'à Me Le Gall.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le rapporteur,

Emmanuel FLa présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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