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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314060

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314060

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantLOUVEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 septembre 2023 sous le numéro 2314060, complétée par un mémoire le 26 septembre 2023, M. B E, représenté par Me Louvel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office à la frontière et lui a interdit le retour pour une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée ;

- il a besoin de soins médicaux, ce dont le préfet n'a pas tenu compte.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. C D a été désigné en qualité d'interprète pour prêter son concours au requérant lors de l'audience par ordonnance du 26 septembre 2023 et a prêté serment en application de l'article R. 776-23 du code de justice administrative.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mlle Wunderlich, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 614-1 à L. 614-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 septembre 2023 à 9h00, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :

- le rapport de Mlle Wunderlich, magistrate désignée,

- et les observations de Me Louvel, représentant M. E, qui soulève des moyens nouveaux tiré de la violation des articles 8 et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'intéressé n'ayant pas pu préparer sa défense dans les meilleures conditions possibles, et de M. E lui-même, assisté de l'interprète désigné par le tribunal,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

2. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire ans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

3. Aux termes de l'article L. 612-6 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 614-15 : " () lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ".

5. Le préfet de la Loire-Atlantique a, par arrêté du 18 septembre 2023, obligé M. B E, ressortissant algérien né le 22 octobre 1988 déclarant être entré pour la première fois en France en 2016, éloigné à destination de son pays d'origine le 8 novembre 2019 et revenu en France en septembre 2022, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel l'intéressé sera reconduit d'office à la frontière et lui a interdit le retour pour une durée de trois ans. M. E, détenu à la maison d'arrêt de Nantes, demande au magistrat désigné par le président du tribunal d'annuler cet arrêté.

6. En premier lieu, l'arrêté litigieux, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté contesté que son édiction n'aurait pas été précédée de l'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé, le préfet produisant au soutien de son mémoire en défense la fiche de renseignements complétée le 14 septembre 2023 par M. E.

7. En deuxième lieu, il est constant que M. E s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, n'a jamais sollicité la délivrance d'un tel titre et s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Ces circonstances suffisent à justifier légalement, en application des dispositions citées aux points 1 et 2 ci-dessus, l'obligation de quitter le territoire français sans délai et l'interdiction de retour édictées par le préfet de la Loire-Atlantique.

8. L'interdiction de retour sur le territoire français faite à M. E est fondée sur ce que l'intéressé déclare être entré irrégulièrement en France pour la première fois en 2016, a été éloigné le 8 novembre 2019, sa dernière entrée ne remontant qu'au mois de septembre 2022, est célibataire sans enfant à charge, ressources légales ni domicile fixe, ne justifie pas avoir d'attaches personnelles et familiales suffisamment intenses et stables en France et n'établit pas en être dépourvu dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fille et où il a vécu la majeure partie de sa vie et a toutes ses attaches culturelles et linguistiques, a déjà fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français les 27 octobre 2017 et 11 décembre 2018 auxquelles il n'a pas déféré volontairement, enfin, qu'il constitue une menace à l'ordre public en ce qu'il est défavorablement connu des services de police et a été condamné à plusieurs reprises. Si M. E soutient que la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 612-10, citées au point 3, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à trois ans la durée de cette interdiction au vu des éléments énoncés au point 8.

9. En troisième lieu, M. E ne démontre pas, en se bornant à faire état, sans plus de précision ni justification, des soins médicaux, débutés lors de son incarcération, dont il aurait besoin, que son état de santé ferait obstacle à son éloignement en application du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, si M. E fait valoir la présence en France de son frère, atteint de troubles psychiatriques, il est constant que M. A E a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai édictée le 1er août 2023 par le préfet de la Loire-Atlantique dont il a vainement demandé l'annulation au tribunal administratif de Rennes. S'il se prévaut par ailleurs d'une relation avec une ressortissante française, il est constant qu'il est marié avec un ressortissante algérienne, résidant en Algérie, dont il a une fille née en 2021 et que ses parents et frères et sœurs résident eux-aussi dans ce pays. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

11. En cinquième et dernier lieu, M. E ne peut utilement faire valoir, pour contester la légalité de l'arrêté litigieux, de ce qu'il n'a pas pu " préparer sa défense dans les meilleures conditions possibles " au regard des délais impartis au tribunal pour statuer, résultant de l'article L. 614-15, cité au point 4, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni invoquer la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Louvel.

Fait à Nantes, le 27 septembre 2023.

La magistrate désignée,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

M.-C. MINARD

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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